Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Remi Hess
Profession de foi
Expérimentons Paris 8 !
Et si nous arrêtions de rendre impossible le possible ? Et si nous prenions la mesure du possible ? Et si nous nous mettions à expérimenter Paris 8, selon une logique de coopération, plutôt que selon la logique de la concurrence ?
Si vous me faites confiance, je m’engage à développer notre université dans le sens d’une remise en cause de la LRU, qui est à l’origine de toutes les dérives antidémocratiques qui aboutissent à un chaos, tant sur le plan du fonctionnement de l’université, de la recherche que de la pédagogie. Je veux rompre avec une politique déconnectée de la réalité pédagogique et scientifique, inefficace et dispendieuse, au détriment des missions fondamentales de l’université, qui sont de former des étudiants et des chercheurs, et de produire des recherches novatrices et de qualité.
Pour cela, je vous propose de refonder notre pratique quotidienne en relation avec les principes à l’origine de notre fondation : une université ouverte aux étudiants, aussi bien Français qu’étrangers, aussi bien en formation initiale qu’en cours d’emploi.
Trois principes dirigeront notre action : la liberté, l’égalité et la fraternité.
La liberté
Nous devons pouvoir nous exprimer, pouvoir faire connaître nos points de vue, fussent-ils divergents, à l’ensemble de la communauté universitaire. Aujourd’hui, l’université est devenue cryptique. Les élus sont interdits de communication transversale. Il faut retrouver l’agorisme, permettant à tous de connaître les points de vue de chacun. Il faut créer des dispositifs d’échange, redonner du pouvoir aux conseils. La gouvernance doit s’appuyer sur la réflexion et les décisions collectives, mettre en œuvre une démocratie réellement participative. Il faut permettre l’implication de celles et ceux qui veulent innover, tant sur le plan de la recherche que de la pédagogie.
La contradiction est un moteur de progrès. Nous ne sommes pas en temps de guerre, où l’on oblige à être ou ami ou ennemi. Il faut arrêter de fusiller ceux qui ne sont pas dans la ligne, qui émettent des doutes sur telle ou telle orientation. Il faut sortir de cette logique d’exclusion de toute dialectique, contraire à l’esprit critique qui fonde notre statut de chercheurs. Il faut revenir à une pensée complexe, qui seule peut valoriser la différence, parce qu’elle constitue une richesse collective. La gestion actuelle est trop manichéenne. Il faut revenir à la pensée qui explore les possibles, qui aide à rendre possible ce qui nous apparaît aujourd’hui impossible. L’avenir s’écrit avec les impossibles d’hier.
L’égalité
Remettons en cause la logique élitiste des pôles d’excellence, conçue comme la lutte des uns contre les autres, le partage d’un gâteau confisqué. Des « ilots de richesse dans un océan de misère » sont le propre des sociétés sous-développées. Nous revendiquons la qualité pour tous, l’excellence, à condition qu’elle serve de levier à toute l’université. Il n’y a pas qu’un seul mode d’être universitaire. Si l’on veut aider les étudiants et les enseignants qui travaillent dans des secteurs de pointe, il faut aussi développer une pédagogie d’aide à la pédagogie du plus grand nombre. Les scores faibles de la France dans les enquêtes internationales viennent du fait d’un surinvestissement des « élites ». Le développement passe par une élévation du niveau moyen. La chute des effectifs étudiants doit être arrêtée. Il faut revenir à une université pour tous. L’université doit améliorer ses performances dans des secteurs qui ont été sous-estimés ces dernières années. L’enseignement à distance permet aux étudiants étrangers qui n’ont plus accès à l’université du fait de la politique restrictive en matière de visa de faire des études à Paris 8. Beaucoup de salariés profitent aussi de cette forme de travail. Actuellement, ces étudiants représentent un quart de nos effectifs. Ils ne sont pas considérés comme ils le mériteraient. C’est un secteur à développer, tant sur le plan de l’offre de formation que sur une réflexion concernant la pédagogie spécifique qu’exige l’enseignement à distance.
L’aide à la réussite demande non seulement des moyens, mais aussi des idées pour créer de nouveaux outils. Il faut susciter dans l’université la création de ces nouveaux outils, améliorer l’enseignement et la professionnalisation, si nous voulons relancer l’attractivité de nos cursus et conduire nos étudiants à la réussite
La fraternité
Le statut d’universitaire est une identité forte qui doit permettre la coopération. La logique de concurrence exacerbe nos différences. Elle joue dans le sens d’une rivalité destructrice entre les chercheurs, les enseignants, les étudiants, les administratifs. Il faut retrouver les valeurs d’une recherche coopérative, du travail en équipe, d’une valorisation des différences pour enrichir la complémentarité. Notre université a une tradition d’interdisciplinarité, d’articulation entre la théorie et la pratique. La concurrence peut avoir de bons côtés à condition qu’elle opère comme une émulation collective : en faire un absolu a pour effet de détruire le tissu humain nécessaire à la coopération. Il faut revaloriser les formes de coopérations entre les métiers qui font l’université.
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En définitive, la LRU a eu pour effet de nous faire régresser du temps des métiers, du temps de l’Esprit, au temps des soldats. C’est contre-productif. La concurrence des labos, des chercheurs, des professeurs a pour effet de laisser le plus grand nombre de nos étudiants sur le chemin. Elle a pour effet de marginaliser des compétences, tant scientifiques qu’administratives, dont l’université a le plus grand besoin. Changeons d’objectifs ! Pensons autrement ! Développons une politique de fraternité ! Développons une fierté nouvelle d’être membres d’une communauté riche en histoire et en projets.
Avant, on venait à Paris 8 pour faire ce que l’on ne pouvait pas faire ailleurs. Aujourd’hui, on va ailleurs faire ce que l’on ne peut plus faire à Paris 8. Il faut arrêter de prendre aux pauvres pour donner aux riches. Il n’est pas normal qu’il y ait des écarts de traitement entre les formations favorites et celles qui, bien qu’elles répondent à une demande sociale importante, parce qu’elles ne sont pas aimées, voient leurs moyens disparaître, leurs conditions de travail étouffées. Repensons la dialectique centre et périphérie à l’intérieur même de notre université ! La turpitude des uns profite rarement aux autres : elle conduit souvent au déclin généralisé.
Je m’engage à créer des dispositifs de transparence, permettant à tous de s’exprimer et d’être entendus. Je veux permettre à chacun d’articuler sa pratique sur une politique d’ensemble, qui aille dans le sens de la coopération. Et je m’engage à mettre en œuvre les principes de gestion définis dans le programme Expérimenter Paris 8
D’ici octobre, il s’agira de faire un point détaillé sur les dysfonctions que la LRU a provoquées dans notre établissement pour aider l’Etat à refonder une vraie politique universitaire, allant dans le sens d’un développement durable au service de tous.
Dès sa création, Paris 8 a bénéficié d’une reconnaissance internationale. Travaillons notre différence, retrouvons notre style, pour reconquérir l’estime que le mondial nous accordait du fait de nos coopérations internationales, de notre effort pour travailler en relation avec les autres acteurs de la vie intellectuelle, sociale et économique
Remi Hess, le 29 juin 2012