Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
1.2 Son enfance : naissance d’une contradiction
Les hasards sont constitutifs d’une vie, mais les conjonctures la déterminent. Dès son enfance, Henri Lefebvre est confronté à la contradiction. Par exemple : son père, d’origine Bretonne et Picarde, se marie avec une femme du Béarn. La situation créée par son père comme homme libertin et joueur, l’oblige à trouver une femme ayant une dot, pour se constituer un autre avenir. Sa mère étant une fervente catholique, accepte d’épouser cet homme, pourquoi ? Là, je n’ai pas réellement de réponse, mais supposons qu’à cette époque, au XIXe siècle, la conjoncture détermine que l’âge avancé de sa mère l’oblige à prendre un époux. La marieuse pourrait confirmer ce fait, d’autant plus qu’Henri Lefebvre précise qu’il s’aperçoit que le mariage de ses parents n’est pas un mariage d’amour. Ces deux personnes opposées dans leur manière de vivre sont toujours en totale contradiction. Ce qui pousse H. Lefebvre, dès son jeune âge, à détester l’hérésie du comportement de sa mère et à vouloir se rapprocher des origines de son père. Pourtant, il reconnaît le don que chacun de ses parents lui a fait : il ressemble à son père car il lui a transmit un corps trapu et robuste. De sa mère il a le visage long et ibérique des personnes du pays basques. Son père l’attire beaucoup par son côté charmeur et pour sa bravoure. Il va à l’encontre de la dévotion que sa mère porte à Dieu. Bien qu’Henri Lefebvre souhaitait ressembler à son père, il reconnaît avoir reçu du côté maternel les qualités d’une farouche fierté, et une ténacité implacable.
Sa mère avait des ambitions professionnelles pour lui. Elle souhaitait qu’il devienne professeur de droit. Et comme son père avait fait du droit, ils étaient d’accord sur cet avenir. Mais les désirs d’Henri Lefebvre sont autres. Lors de ses vacances, qu’il passe chaque été à Saint-Pabu en Bretagne, il décide qu’il sera constructeur de navire. Il avoue ce désir à ses parents, qui finissent par accepter son intégration à l’école polytechnique pour devenir ingénieur en génie maritime. La fin de l’histoire est déjà connue. Il deviendra philosophe et sociologue. Inutile de séparer ces deux champs car ils ont forgé Henri Lefebvre dans une personnalité tendant vers une totalité. « Chaque moment, totalité partielle, reflète ou rétracte une totalité (la praxis globale) y compris les rapports dialectiques de la société avec elle-même et les rapports de l’homme social avec la nature (en lui et autour de lui) chaque moment perçoit les autres s’en distingue de par la modalité de l’aperception (H. Lefebvre, 19594, p. 642) ».
Sandrine Deulceux
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