Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
3. Le devenir : le Reste
En exposant cette analyse précédente autour de mon processus de formation, j’ai tenté de comprendre ce qui m’animait. Pourquoi ne pas s’arrêter ? Quel est le sens de l’éducation tout au long de la vie pour moi ? En me posant différentes questions sur mon passé, j’ai ressenti qu’il était temps de prendre place dans l’avenir. C'est-à-dire de définir au travers de ce processus quelles possibilités s’offraient à moi tant sur l’aspect professionnel et personnel. J’ai découvert ainsi la difficulté de me projeter, de penser le possible, car l’impossible semblait percer davantage et arrêter net toutes idées. C’est en travaillant avec Remi Hess, que j’ai perçu dans sa faculté d’oser imposer une multitude d’idées que je me suis autorisée à les décrire ici, car le rêve doit se transformer en nécessité, et devenir le possible.
En effet, Henri Lefebvre le dit : « Les limites du possible sont celles que l’homme et la société s’imposent. La bataille entre le nécessaire et la contingence s’effectue dans la décision des possibles. Lorsque le possible est une nécessité, elle devient réelle et se détermine comme un fait. Si elle est contingente, elle se transforme en une éventualité, une possibilité non déterminée. La contingence est l’arbitraire, la liberté, la création (H. Lefebvre, 1980a, p. 241) ».
Poser le reste, c’est aussi se construire un nouveau mythe. Il prend toute son importance car c’est devenir maître de mon devenir. Cette réflexion me permet de le définir comme non écrit et ainsi ma destinée m’appartient. C’est aller vers le possible, c’est me déterminer dans une voie nouvelle. Ainsi dans l’analyse de mon cheminement passé, je découvre une volonté de trouver l’indépendance qui se résout principalement par l’aspect financier au départ. Par la suite, cette recherche d’indépendance s’accomplira par mon avancée dans les études universitaires et la recherche. Le désir de toujours en savoir plus me permet de gagner ma liberté, et de satisfaire ma volonté de réussite. J’entends alors, davantage la révolte qui gronde en moi lorsque mes idées n’entrent plus en congruence avec ma conception de la vie pour me construire dans une pensée positive.
Dans ma description de ma double présence au monde (enseignante, étudiante), j’ai cette difficulté à expliquer le moment principal. Quelle est la fonction qui domine l’autre ? Suis-je d’abord enseignante ? Et mon être étudiante ne serait alors qu’une étape pour comprendre ce métier d’enseignante ; ou bien, suis-je étudiante et mon métier est une étape, non une finalité dans mon parcours de formation ? Après réflexion due à l’analyse de cette histoire de vie en formation, je ressens comme une évidence que ces deux fonctions sont complémentaires. Je ne suis pas l’une sans l’autre. Être étudiante est une fonction de tout un chacun car la nature de l’homme me conduit comme d’autres à un apprentissage constant tant au niveau des savoir-faire que des savoir-être.
Je me retrouve en cette fin de master à m’interroger sur mon avenir. Pourtant j’aurais pensé être fixée dans ma quarante-deuxième année. La sagesse me détermine de plus en plus. La place du rêve prend son importance. Il y a des personnes qui peuvent poser leurs idées même si elles sont utopiques et d’autres qui se freinent car être instituant est une posture difficile à tenir constamment. Mais pourtant, n’est-ce pas là le premier pas vers les possibles : se voir dans toutes formes de destinée pour ensuite poser des stratégies et faire le tri pour aller uniquement vers des directions portant la personne vers son épanouissement. Il faut penser pour agir. « Tout ce que nous sommes est le résultat de ce que nous avons pensé », nous dit Bouddha. Cette vérité se vérifie lorsque je retrace mon projet de vie. Hier, je pensais être enseignante et je le suis devenue, ce qui signifie que le passé prend place dans l’avenir. Est-ce que je vais poursuivre en doctorat ? Ce qui m’interroge aujourd’hui c’est de déterminer l’objet de la recherche, ou bien seulement d’en prendre la décision et poursuivre cette aventure vers la connaissance. Au niveau professionnel, faut-il que je change d’institution ou de travail ? Il est vrai que certaine pratique de mon lycée m’enferme dans un univers qui n’entre pas toujours en résonnance avec mes choix. Cette impression d’obligation trop forte à suivre a tendance à me frustrer. Aujourd’hui, je tente de poser de nouveaux jalons et de penser à des stratégies sûres pour me conduire vers une autre voie.
Sandrine Deulceux
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