Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Bilan et posture en situation d’autoformation
Je pense être une enseignante dans l’âme et avoir enfin trouvé là, ma voie. Ce métier me permet de m’épanouir professionnellement. Pourtant, lorsque je me projette dans l’avenir, j’ai l’impression que cette posture d’enseignante ne peut me suffire. J’envisage de nouvelles alternatives pour m’ouvrir vers d’autres champs. Il m’apparaît que l’expérience acquise pendant les cinq années d’exercice de ce métier ne manque pas à m’assurer une réelle connaissance de la pédagogie. Cependant, ma pratique actuelle me semble correspondre à une forme de bricolage, car je dévalue ma pratique, que je considère incomplète sans l’obtention d’un savoir théorique qui pourrait me confirmer en tant que pédagogue. Au cours de cette période, ma soeur réussit son concours à l’école de cadres d’infirmières. Je me projette à mon tour vers cette éventualité d’une reprise d’études en suivant une formation. Ainsi, à l’époque cette première thèse me semble vérifiée, car je tente à m’intégrer davantage dans le corps enseignant.
Dans cette recherche sur l’éducation tout au long de la vie, il me semble indispensable de découvrir une nouvelle forme de scolarisation des enfants et d’apprendre aux plus jeunes le sens de l’autoformation : apprendre à apprendre. C’est les guider vers une autogestion de leur formation. « Il s’agira pour lui ou elle de savoir apprendre, seul ou dans un collectif, savoir localiser les ressources, les choisir et les évaluer. Mais plus encore, il lui faudra prendre l’initiative de sa propre formation (article de J. Fedman, coord. H. Bézille-Lesquoy et B. Courtois, 2006, p. 38) ». On aboutit ainsi « à une sorte d’autogestion de sa propre existence. Il s’agit de créer les conditions chez les individus d’une ouverture d’esprit leur donnant les moyens de se mettre en position d’apprendre tout au long de la vie (article de P. Landry, coord. H. Bézille et B. Courtois, 2006, p. 106)». Il y a donc un parallèle très intéressant entre autogestion et autoformation. L’autogestion, en laissant une part d’autonomie et de liberté dans les apprentissages de l’apprenant, favorise son autoformation. L’autogestion est ainsi un processus d’autoformation. On peut alors parler d’un travailleur du savoir émancipé. Mettre en place un dispositif de formation autogestionnaire visant une autoformation éducative est une réponse possible aux nombreux problèmes que rencontre l’enseignement aujourd’hui. Modifier le rapport au savoir (62) aiderait les jeunes et les adultes à se responsabiliser dans leur propre formation.
J’entreprends de nouvelles pratiques afin de modifier le sens de ma posture. J’admets déjà, à l’époque, que l’enseignement ne peut être effectué par la force ou la contrainte. C’est une question d’envie et de volonté. En effet, cette démarche d’autoformation, visant à faire de l’apprenant un sujet social autonome, aura des répercutions et des effets durables, après sa scolarisation, pour sa vie future. Il faut bien comprendre que les savoirs sont en constante évolution et que l’école ne peut donc pas délivrer un savoir définitif. De plus, on sait que « l’homme est un être inachevé et qu’il ne peut se réaliser qu’au prix d’un apprentissage constant (E. Faure, 1972, p.163) ». L’être humain ne cesse alors d’entrer dans la vie. C’est à chacun d’apprendre dans toutes les situations de la vie et durant toute sa vie. «Qu’il en soit conscient ou non, l’être humain ne cesse de s’instruire et de se former tout au long de sa vie (E. Faure, 1972, p. 162) ». Si l’autoformation est acquise tôt, chacun sera ainsi entraîné et paré, à l’âge adulte, pour faire face à une société plus complexe et changeante qu’autrefois. Il saura s’adapter ainsi tout au long de sa vie. Être capable de prendre des décisions rapidement, d’être réactif, de faire preuve d’autonomie et d’initiative est devenu maintenant indispensable. L’autogestion à travers l’autoformation assure ainsi une cohérence entre l’éducation de l’enfant et celle de l’adulte.
Il faut donc dès l’école promouvoir cette autoformation car sinon, « que deviendra l’élève s’il n’apprend pas à s’autoformer lui-même ? (J. Dumazedier, 2002, p. 64) ». Et puis, il ne faut pas se leurrer, le bon élève est celui qui a déjà introduit une part d’autoformation dans ses apprentissages. « Il n’existe pas d’éducation instituée sans une part d’autodidaxie (C. Verrier, 1999, pp. 4-5)». Il y a donc dans l’autogestion une part d’autoformation et dans toute autoformation, une part d’autogestion.
Je pense que l’autoformation est un principe de base pour atteindre cet objectif de libre acquisition de connaissances pour que l’élève devienne ce qu’il peut être lui-même. On trouve déjà chez Ivan Illich cette même idée. « Quiconque désire s’instruire sait ce dont il a besoin : il recherche des informations et, lorsqu’il s’essaie à les utiliser, il souhaite parfois disposer des conseils et des critiques d’autrui. Quant aux informations, où les trouvera-t-il, sinon dans des livres, des objets matériels ? Parfois, elles lui seront fournies par d’autres personnes. Un véritable système éducatif n’impose rien à celui qui s’instruit, mais lui permet d’avoir accès à ce dont il a besoin (I. Illich, 1971, p. 132)». Il faut donc mettre en place un dispositif où l’enseigné a un rôle plus important à jouer.
Dans ce dispositif, est-ce que l’enseignant disparaît ? «L’apprenant peut-il tout apprendre sans être enseigné ? (article de P. Landry, coord. H. Bézille-Lesquoy et B. Courtois, 2006, p. 106) ». L’enseignant n’a plus la même posture, il devient guide et non détenteur d’un savoir total. Il donne la possibilité aux apprenants de découvrir d’autres connaissances et donc de mutualiser ses propres trouvailles. Pascal Galvani a développé l’hypothèse suivante : « la relation symbolique qui s’établit entre la personne et son environnement oriente et donne son sens au processus vital d’actualisation d’une forme personnelle : l’autoformation (P. Galvani, 1997, p. 2) ». Ce rapport passionné au savoir n’est pas toujours spontané ou inné, tout dépend de l’âge de l’apprenant et de son niveau d’apprentissage. L’enseignant ou l’accompagnateur a toujours un rôle à jouer. L’enseignant est là pour aider, guider, conseiller et accompagner le sujet vers une autonomie de l’existence. L’accompagnement en autoformation permet un apprentissage réflexif et transformateur. Comme Joffre Dumazedier le signale, «faut-il aujourd’hui ne plus avoir l’air d’un professeur pour être mieux entendu dans sa classe et être capable de respecter et de préparer ses élèves à l’autoformation librement choisie ? (J. Dumazedier, 2002, p. 89) ». En effet, par mon expérience, ayant mainte fois testé différentes postures d’enseignante, celle qui me réussit le mieux est d’apparaître comme une accompagnatrice et de laisser aux étudiants la possibilité de gagner leur autonomie pour apprendre davantage. Je constate simplement que le fait de donner plus de liberté dans la participation au savoir accroit souvent les possibilités de l’autoapprentissage.
La contrainte de cette pédagogie est d’avoir, au départ, des jeunes ou des adultes capables d’un minimum d’autonomie et désireux d’apprendre. Pourtant, pour les adultes, cet état de fait est différent car c’est toujours par un choix personnel que l’adulte entre en formation. Effectivement dans une formation extérieure à l’institution scolaire, les adultes sont demandeurs d’une telle formation et sont donc très motivés pour la plupart. Ils ont ce désir et cette volonté intrinsèque qui fait souvent défaut aux élèves, à qui l’institution demande d’emmagasiner des savoirs « sans intérêt » qu’ils n’ont pas choisi ou qui ne sont pas en relation avec leur vécu.
(62) La notion de rapport au savoir est défini par J. Beillerot comme «un processus par lequel un sujet, à partir de savoirs acquis, produit de nouveaux savoirs singuliers lui permettant de penser, de transformer et de sentir le monde naturel et social », (H. Bézille et B. Courtois, 2006, p. 111) ou par B. Charlot comme «rapport au monde, à l’autre et à soi-même d’un sujet confronté à la nécessité d’apprendre (B. Charlot, 1997², p. 93) ».
Sandrine Deulceux
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