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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 32

II. Le journal : outil de construction de la réflexion

 

Dans cette recherche et dans ce chapitre concernant l’explicitation de ma méthodologie de travail, il me semble important de présenter la place prise par le journal comme outil de construction de ma réflexion et d’apprentissage de l’écriture. Aujourd’hui, il est devenu un passage obligatoire et quotidien. Il est gage de ma mémoire et de mes démarches de recherche.

 

J’ai débuté mes premiers journaux en licence. En 2007, j’ai consacré une partie de mon temps à écrire mes réflexions, mes doutes et mes certitudes dans différents petits cahiers (chacun était en lien avec un livre). En licence, mon journal fut au départ un journal de lecture : j’y « collais » de nombreuses citations qui exprimaient des idées en résonnances avec les miennes, car j’avais des difficultés pour m’exprimer à l’écrit. J’ai vite compris son utilité, car il me fallait trouver un support pour garder trace de ces réflexions soudaines et volatiles. N’étant pas habituée au travail universitaire, je remarquais aussi que la prise de notes m’aidait dans l’acquisition de ce nouveau savoir. Ainsi, par ce travail d’écriture, j’ai eu l’impression de m’approprier davantage et plus rapidement les connaissances.

 

Depuis, mes premières années d’école, les enseignants et ma mère m’ont toujours reproché, de ne pas connaître suffisamment le français. Le journal est un merveilleux outil d’apprentissage de l’écriture, tant à la fois pour l’orthographe, que la grammaire et l’expression : les progrès sont fulgurants. Bien que j’ai toujours aimé écrire, je me suis freinée : aliénée par le discours ambiant, je me disais ne pas en avoir les capacités.

 

Le journal me demande d’être régulière, et il devient ainsi le meilleur des cours de français. J’ai appris à me relire et surtout à prendre un certain plaisir à le faire : c’est ainsi que j’ai découvert la transformation qui s’effectue en laissant reposer les textes. En distinguant le moment de l’écriture et celui de la relecture, je découvrais que je prenais une certaine distance, capable de corriger et de reprendre mes textes plus sereinement, de les améliorer.

 

Écrire mon journal m’a permis de dépasser la phase d’inquiétude, d’entrer dans une écriture impliquée. Parler de soi, commencer par « je », m’a laissé l’avantage de pouvoir enfin m’exprimer. Mais ce n’est pas si simple. En effet, il faut toujours faire la part entre ses déterminismes, et percevoir les différentes possibilités qui contredisent nos premières affirmations.

 

Pourtant, « il s’agit de le considérer comme un échantillon qui va permettre la réflexion puis le débat avec soi et avec les autres. L’objectif étant la recherche de sens. Produire du sens, c’est décrypter l’expérience pour la rendre cohérente (article de A-C. Cormery, coord. K. Illiade et R. Hess, 2009, p. 41) ». Le journal garde la trace et nous permet lors de la relecture de voir la progression. Ainsi, « c’est un moyen d’analyser l’implication du chercheur ou du praticien dans la recherche dans la pratique professionnelle. C’est aussi une nouvelle forme d’intervention (R. Hess, K. Illiade, 2009, p. 34) ».

 

Cette forme d’écriture est une activité structurante : lors des trois dernières années, j’ai réalisé plusieurs journaux de lecture et de recherche. J’ai tenté l’expérience de découvrir par moi-même la forme la plus adaptée de celui-ci, en le transformant, suivant les problèmes rencontrés. Ces journaux font fonction « de briques », dans lesquelles je puise une bonne part d’éléments constituant mes réflexions pour cette recherche.

 

Ainsi, lors du cours d’analyse institutionnelle, au premier semestre de la licence, j’écrivais un premier journal d’une trentaine de pages, décrivant mes lectures et leur imprégnation. Au second semestre, rassurée par cette première expérience, je me suis lancée dans une seconde aventure. Et, je répondais ainsi à la commande institutionnelle d’écrire un journal unique pour quatre cours. Dès le début, j’ai scindé ce journal en parties, le créant comme un journal des moments. J’ai ressenti le besoin de travailler, dans chacun d’eux, des thèmes bien précis. Mon journal quotidien s’est transformé en une forme de journal de recherche, sans le savoir (42). Je travaillais des chapitres en inscrivant la date du jour. Les dates ne se suivaient pas, puisque tout dépendait du thème sur lequel je travaillais. Je pourrais aujourd’hui reprendre le mouvement de ma pensée, au jour le jour, si je regroupais mes dates, par ordre chronologique. Cette organisation a été d’autant plus facilitée que j’avais décidé d’écrire ce nouveau journal directement à l’aide de l’outil informatique.

 

Forte de cette réussite en licence (mon journal comptait plus de 200 pages), j’ai poursuivi mon engagement dans l’écriture diaire, en modifiant à nouveau la structure de celui-ci, le transformant en journal total. Je tentais une nouvelle expérience. Mon objectif était de trouver la forme idéale : éliminer cet aspect discontinu du journal précédent d’une part et d’autre part améliorer sa praticité, sa consistance, la saisie du cheminement, en favorisant une certaine souplesse quant à son utilisation. Ainsi, j’ai présenté un journal de plus de 300 pages. En mars 2009, j’écrivais dans ce journal une réflexion sur sa nécessité, dans l’introduction :

 

« Ce journal est un outil de travail. Il me permet d’élaborer ma recherche sur les différents domaines étudiés. Il est un recueil des passages de mes lectures et des réflexions spontanées. Souvent, je me sens un peu coupable de prendre cet ensemble de textes sans les retravailler davantage, mais finalement, pourquoi ? Car, j’ai l’impression de piller les idées d’autres auteurs ! Pourtant, la réalité de ce travail, c’est l’aide que chacun m’apporte dans cette recherche.

 

Je pense que ce journal est à mon image. Il est en mouvement, il se transforme au gré de tel auteur, qui me dirige vers ses idées. Je le façonne et le présente à ma manière : un journal du journal, un sommaire, des chapitres, tout en gardant la trace du moment de l’écriture. Il est une mémoire, un outil de travail. Il permet de réunir plusieurs auteurs dans un même document, je les mets en parallèle, je les analyse, et je trouve enfin comment nourrir mes réflexions et m’auteuriser. Enfin, je crois !

 

Ma pensée mûrit et se pose. C’est un journal de lectures et de recherche à la fois, car j’ai choisi de travailler sur Henri Lefebvre et sur son oeuvre. Mon objectif est de le situer dans un continuum de penseurs.

 

Lors de la relecture, je découvre l’ensemble du travail de la veille. C’est le début d’une autre étape, le moment « privilégié ». La prise de distance et la relecture sont à mon sens les phases les plus importantes dans le travail d’écriture de la note de recherche. La relecture m’indique les points clés, c’est une phase constructive. Le journal est un outil de synthèse de mes lectures, les auteurs entrent plus facilement en discussion, je ressens une mise en mouvement, un processus, une évolution, et je pense autrement… ».

 

(42) En écrivant le journal actuel de master 2, j’ai réutilisé la forme de celui de master 1, finalement, celui-ci correspondait davantage à mes besoins par son mode d’organisation.

 

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

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