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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 28

2.1.3.3. L’intuition comme producteur des possibles

Le terme intuition existe depuis 1542, en latin intuitio de intueri « regarder attentivement ». Ce terme provient de la famille étymologique du verbe « tuer » (36). En latin, on trouve les sens comme « le regard attentif ou la protection ». Ainsi l’intuition permet la connaissance immédiate, elle se base sur l’expérience empirique, plus que sur un raisonnement. C’est comme un sentiment vague, qui semble être une possibilité, mais qui n’existe pas réellement. En se basant sur cet ensemble de fait, l’intuition se découvre comme porteuse de possibles. C’est « celui d'une pensée anticipatrice qui devance les preuves, ou d'une compréhension profonde qui va de l'apparence vers la réalité des choses. [...] c’est entre l'appréhension sensible et l'intellection pure (N. Mouloud, 2004) » (37).

« L'intuition est « anticipatrice », et elle est «pénétrante». Elle nous donne le sens d'une situation avant que les éléments de celle-ci ne soient entièrement explorés ou scrutés. Précisément, la « psychologie de la forme » a mis en valeur cette part de la vue organisatrice, de l'insight, qui permet la résolution des problèmes pratiques ou théoriques. Mais, d'une autre manière, l'intuition va à l'essentiel et fait le passage du phénomène à l'être des choses. On retrouvera cette caractérisation de l'intuition dans de nombreuses doctrines, soit ontologiques, soit phénoménologiques, de la connaissance » (N. Mouloud, 2004).

 

La question qui se pose est en rapport à la relation empiriste de l’intuition. Elle se construit à partir de l’expérience. Elle se pense dans l'expérience et dans son rapport au monde car « l’expérience sensible signale ou annonce l'idée, dont la noèsis (38) prend possession, et dont la déduction développe les implications (N. Mouloud, 2004) ».

 

Cependant, en prenant en compte l’homme dans la société, l’homme s’induit des forces de la société dans laquelle il évolue. Et le risque provient de l’aliénation qui « a dépouillé la vie de tout ce qui autrefois, dans sa faiblesse primitive, lui conférait joie et sagesse. La science, la puissance ont été acquises, mais au prix de quels sacrifices ? (de telle sorte que l'idée même du sacrifice de l'homme a été « essentielle » au cours du progrès de l'homme !). L'humain, dépouillé et projeté hors de lui-même, a été et reste livré à des forces qui cependant viennent de lui et ne sont que lui-même - déchiré et opposé à lui-même (H. Lefebvre, 1947²b, 264) ». Ce qui pose les limites de l’intuition en tant que facteur de production des possibles, car la pensée humaine aliénée fait souvent l’erreur de croire en son intuition aliénée, elle aussi.

 

Ces forces conductrices sont de tout ordre, la société traditionnelle est divisée en différents systèmes adaptés à la vie de l’homme et à son combat contre la nature. Toutefois, le danger de l’aliénation est présent dans chaque système de la société : « économique (division du travail ; propriété « privée » ; formation des fétiches économiques : argent, marchandise, capital) ; sociale (formation des classes) ; politique (formation de l'État) ; idéologique (religions, métaphysiques, morales). Elle a été également philosophique : l'homme primitif, simple, au niveau de la nature, s'est scindé en sujet et objet, forme et contenu, nature et pouvoir, réalité et possibilité, vérité et illusion, communauté et individualité, corps et conscience (« âme », « esprit »). À travers ses illusions idéologiques, la philosophie a exprimé confusément cette situation de l'homme : déchirement et dépassement, processus dialectique, subjectivité et objectivité progressivement conquises. La philosophie et son vocabulaire spéculatif (métaphysique) ont fait partie de l'aliénation humaine (H. Lefebvre, 1947²b, p. 264) ».

 

Si l’intuition n’est pas pure. L’intuition reste productive de possible. Cependant, c’est dans son altération, qu’il est utile de prendre en compte l’aliénation. « L’homme ne s'est développé qu'à travers l'aliénation ; l’histoire de la vérité ne se sépare pas de l'histoire des erreurs. De telle sorte que la philosophie, dans la mesure où elle se sépare de la métaphysique extérieure à l'humain, ne peut être condamnée en bloc, mais se « dépasse » et devient aujourd'hui si dénonciatrice de l'aliénation, l'accusatrice de l'inhumain (H. Lefebvre, 1947²b, p. 265)».

 

Ainsi, l’homme s’aliène, son intuition est compromise, elle est édictée inconsciemment par la conscience collective. Le possible est donc aliéné aussi. Pourtant, le possible garde sa réalité, car c’est une utopie que de penser que l’intuition peut-être pure. « Voilà bien longtemps que la pensée vers l'avant est annoncée et demande à être entendue. Mais les lâches trouvent toujours une échappatoire et les menteurs restent dans les généralités. Ils se retranchent derrière leurs belles phrases redondantes ou tortueuses et vous échappent alors même qu'ils sont pris sur le fait (Ernst Bloch, 1976, p. 300) ».

 

L’intuition émerge de la conscience de l’homme. On peut exprimer cette conscience humaine par une forme intrinsèque, qui serait la conscience privée et une conscience extrinsèque dépendante du collectif. L’une et l’autre s’influencent continuellement et conduisent à modifier le sens de l’intuition de l’homme. Ernest Bloch a inspiré Henri Lefebvre par ses écrits et le livre en trois tomes du Principe espérance.

 

(36) Le verbe est issu du latin tutare ou tutari « vieller sur, garder, défendre, se protéger contre ».

 

(37)

http://www.universalis.fr/corpus2- encyclopedie/117/12171/K100191/encyclopedie/INTUITION.htm#03010000

 

(consulté le 02/05/2009)

 

(38) En philosophie, La noèse ou noésis en grec exprime l’acte de la pensée en phénoménologie.

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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