Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
1.1.4. Henri Lefebvre
La prise de conscience des possibilités de la dialectique débute pour Henri Lefebvre par sa rencontre avec André Breton qui lui demande de lire l’oeuvre d’Hegel. Puis, son adhésion au Parti communisme en 1928, le conduit à se plonger dans les ouvrages de Marx. Il se dit marxiste car il tente non pas d’appliquer cette conception comme système, mais davantage comme une philosophie du monde en devenir. Henri Lefebvre a vécu deux guerres, l’une en tant qu’adolescent et la suivante dans la résistance. Son besoin à la fin de cette guerre, est de changer la vie ! La communauté de référence prend alors tout son sens. S’affilier permet de se donner de la force et du courage pour dire l’implicite dans l’explicite. L’école de référence facilite l’émergence de nouvelles idées et offre des apports qui complètent ou questionnent les allants-de-soi.
Cette description biographique présente Henri Lefebvre et son rapport à la dialectique. Comme ses prédécesseurs, Henri Lefebvre adapte le sens de la dialectique à ses recherches. Ses objectifs sont de développer et de démontrer la contradiction de l’homme dans la société. Son analyse se base sur la situation de l’homme technocrate, le cybernanthrope, l’homme unidimensionnel caractérisée par une spécialisation poussée. Son objectif est de dépasser ce processus de division par l’approche de l’Homme total comme homme multidimensionnel.
Dans cette visée, il applique les trois moments de la dialectique d’Hegel, il prolonge le sens de Marx par le dépassement, et déclare l’apogée lorsque l’homme atteindra le statut d’Homme total. Par contre, il découvre le résidu, comme élément disparate. Le résidu ne s’intègre dans aucune catégorie prévue par la normalité, n’adhère à aucun système, c’est un contre modèle. C’est une forme en mutation, l’avant-garde révélatrice de la transformation qui suit son cours, car l’objet porte en lui les éléments de ce qui l’a précédé et apporte avec lui les éléments qui le transformera.
Le matérialisme historique et dialectique est la base de toute réflexion. Henri Lefebvre suit la méthode de son maître. Elle se traduit au travers de ses recherches par un procédé nommé régressif progressif qui étudie l’objet en le considérant dans son contexte, se révélant dans une époque donnée et dans une société définie. La société se comprend dans son ensemble car les causes et leurs effets s’entremêlent avec d’autres causes et d’autres effets. Tous les phénomènes de changement appartiennent à une globalité. La société est en perpétuel mouvement. Le désir de l’homme le conduit vers la connaissance comme moyen d’atteindre davantage de liberté. Elle exprime que tout déterminisme engendre une forme de dogmatisme, qui n’est pas une fin en soi.
Ainsi, chaque évolution permet de graviter vers une nouvelle forme qui apporte son lot de contradiction. Le mouvement crée la régénération du semblable qui est pourtant différent de l’ancien et apporte de nouvelles contradictions à dépasser de nouveau. Ainsi, dans son livre : La conscience mystifiée, Henri Lefebvre démontre par son exemple son processus :
« Au cours du développement par exemple celui d’un corps vivant - l’état atteint un moment donné n’est pas brutalement supprimé par la vie. Certes, il disparaît, mais il reste quelque chose de lui dans les « moments » ultérieurs. L’enfant se retrouve dans l’adolescent, celui-ci dans l’homme. L’essentiel est gardé et emporté dans le mouvement, élevé au niveau supérieur. Chaque moment est à la fois condition, cause, antécédents, élément, aspect des moments ultérieurs et supérieurs du développement. Il reste présent et enveloppé - dépassé mais contenu, Les conflits et heurts internes ou externes, à un moment d’un être, l’empêchent de se stabiliser et provoquent le mouvement qui oblige à se développer, à dépasser ce moment. Les conflits disparaissent en étant résolus. Leur unité le moment reste enveloppée dans le devenir (H. Lefebvre, 19363, p. 36) ».
Contrairement à Hegel, Henri Lefebvre ne spécule pas. Il se projette dans l’avenir stratégiquement. Il propose le possible, et réfléchi dans un programme concret qui se détermine par l’analyse de la contradiction. Ainsi, les possibles existent et Henri Lefebvre prend la décision de les réaliser. La dernière phase de la dialectique est le dépassement : C’est la naissance du troisième terme comme construction d’une réalité meilleure. Notamment, cette loi dialectique se définit par la transformation de la quantité croissante de contradiction et de leur changement d’état en qualité réelle. Dans ce cas, le dépassement peut se traduire selon deux formes de mouvements : l’un au long terme : l’évolution et l’autre plus soudain et brusque : la révolution.
Sandrine Deulceux
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