Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (13)
La gauche et le triomphe de la rose (2)
À la libération d'autres machines (productives-désirantes) et aussi à l'expérience contre-institutionnelle, on préfère en France, à l'époque, le consensus. Michel Rocard et les adhérents de la CFDT essayent quand même de faire adopter par le PS une ligne de conduite indépendante, mais n'obtiennent pas de victoire au congrès des socialistes. Ainsi donc, en janvier 1981, François Mitterrand est choisi à nouveau comme candidat à la Présidence.
Une grande partie de l'intellectualité de gauche décide de l'appuyer, suivant le paradoxal Régis Debray qui, depuis le scrutin de 1974, s'applique à faire que les gauchistes en manque de guérilla rejoignent les rangs du PS : sa tactique est la révolution via les élections. A la veille du vote, les manifestes habituels pour le candidat socialiste sont dans les journaux,mais certains adoptent des positions moins prévisibles : Foucault refuse son soutien à qui que ce soit, repoussant la position de mentor ; Deleuze et Guattari soutiennent la candidature Coluche, comédien à l'humour corrosif, plébiscité comme « le bouffon de ta République ». La politique étant chose sérieuse et triste, les hommes politiques n'apprécient pas la présence (non-officielle) du concurrent (Coluche) comme le fait remarquer Guattari :
« ...ces gens-là entendent non seulement se faire obéir, main aussi se faire respecter, devenir objet d'amour, de fascination. Il faut croire qu'on en est arrivé à un point où le rire et l'humour sont devenus plus dangereux qu'une insurrection populaire » (Guattari, 1986 : 16).
Malgré la provocation des adeptes du rire, une grande partie de la population se rend aux urnes, soucieuse de son devoir : prévoyant l'échec (confirmé) de son candidat G. Marchais, et craignant un deuxième tour entre Giscard et Chirac, les communistes en arrivent au « vote utile » pour Mitterrand. Celui-ci passe au deuxième tour contre Giscard et cette fois-ci, contrairement à ce qui s'était passé en 1974, est élu Président de la République avec 51,7% des voix contre 48,3%. Le « peuple de gauche », tant bien que mal, s'enthousiasme. A l'annonce du résultat, une foule afflue sur la symbolique Place de la Bastille et fait la fête jusqu'au petit matin.
Heliana de Barros Conde Rodrigues
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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