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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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L’analyse institutionnelle au Brésil (50)

 

De l'individualisme compétitif à la coopération solidaire

 

Le coopérativisme comme alternative dans le monde du travail (3) 

 

 

 

Institutionnalisation du Mouvement Coopérativiste au Brésil

 

 

La première coopérative brésilienne a été créée en 1891 : il s'agissait de l'Association Coopérative des employés de la société Téléphonique à Limeiras. Mais, l'apogée du coopérativisme au Brésil se situe dans les années 1950 et 1960, période au cours de laquelle le mouvement s'est développé, notamment dans le sud du pays, en ayant, le plus souvent, une base agricole.

 

 

De nos jours, le mouvement associatif réapparaît au Brésil, avec la création d'un nouveau coopérativisme moins dépendant du soutien de l'Etat (Guimaraes, 1996). Néanmoins, Sandra Mayrink Veiga (1997), consultante en formation de coopératives, critique le fait que, dans la plupart des cas, les coopératives n'aient pas de tradition autogestionnaire et n'entraînent donc pas «... de meilleures conditions dans la qualité de vie des adhérents qui, souvent, ne savent pas exactement ce qu'est et comment fonctionne une coopérative ; ne connaissent pas leurs droits et devoirs, devenant presque des « employés » de la coopérative. D'où l'importance fondamentale de la qualification... pour que la coopérative, outre le fait d'être une entreprise bien gérée, puisse aussi faire progresser ses adhérents en tant que citoyens et sujets de leur histoire».

 

 

Si à l'origine les coopératives signifiaient un mouvement social qui permettait à la classe ouvrière une organisation alternative du travail, dans la réalité actuelle, et surtout au Brésil, on constate une énorme croissance de cette forme instituée qui dépasse de loin l'univers social dont les coopératives sont issues. En raison de certaines exemptions d'obligations et d'impôts, beaucoup d'«entreprises» sont créées sous la rubrique du coopérativisme dans différentes filières professionnelles et couches sociales. L'une des coopératives qui a intégré notre champ de recherche en est un exemple. Il est curieux de voir comment les lieux sociaux se dégagent dans des organisations à travers lesquelles « parlent » les institutions. Dans des    coopératives populaires formées spontanément, à partir d'initiative de la communauté elle-même, on remarque une horizontalité dans les relations, un esprit d'équipe, un « nous » qui est mis en évidence dans les discours (qui se complètent les uns les autres), dans la manière identique d'occuper l'espace de travail, dans les échanges directs de regards, les habits qu'on porte, même si la place du leader est évidente et officielle. En revanche, dans la dite entreprise traditionnelle, travestie en coopérative, même la disposition de l'espace met en évidence la relation verticale qui définit la place de patrons et des employés, outre le type d'activité professionnelle : les « chefs », à l'étage supérieur, crient et définissent le genre de produit que les « employés » de l'étage en-dessous exécutent. Pas de circularité dans ces rôles ou places, pas d'assemblées pour que les décisions soient prises. Personne ne dit « nous ». L'un des « patrons » laisse échapper dans un entretien, que cette organisation a déjà été une entreprise, qu'elle avait déjà les mêmes personnes comme employés, et qu'elle a été transformée en coopérative face aux obligations fiscales de l'Etat. A un autre moment, justifiant l'inexistence d'assemblées comme instance décisionnaire, il s'est plaint de la difficulté d'«inculquer » à ses employés l'esprit coopérativiste. Les relations établies dans le modèle de l'ancienne entreprise restent tout simplement en vigueur, confirmant l'utilisation du modèle coopérativiste par des entreprises.

 

 

La comparaison entre ces deux formes de fonctionnement nous renvoie à ce que dit Lourau (2000/01): l'invention d'un ensemble d'opérations de façons de faire dans l'organisation de la vie quotidienne : c'est ce que l'on nomme aussi l'autogestion, forme de socialité éminemment aléatoire, et les défis detravailler sur l'acceptation de l'institué (un institué non seulement imposé par l'extérieur, mais construit de l'intérieur).

 

 

D'un côté, la coopérative est instituée comme un acte paternaliste et autoritaire (en Amérique Latine, au moins) fonctionnant, dans beaucoup de cas, comme espace de manœuvre politique et d'intérêts personnels. D'un autre côté, elle présente une possibilité réelle de se constituer en tant qu'agent de participation sociale, assurant la formation de « citoyens sujets de leur histoire» et transformant subjectivités et relations psychosociales. Saisir les dimensions essentielles des problèmes, des conflits, des processus d'idéalisation et d'aliénation, des investissements personnels, cela peut être un chemin pour la transformation de l'action individuelle et collective, du désir d'innover et de chercher un plaisir plus légitime pour chacun (Nasciutti, 1996).

 

 

 

Jacyara Carrijo Rochael-Nasciutti 


 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

voir aussi : http://journalcommun.overblog.com 

 

 

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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