Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
(suite)
Au Brésil, le terme analyse institutionnelle est souvent employé d'une façon générique, essayant de rendre compte d'un paradigme «institutionnaliste», (Ozorio, 1994, 1997; Rodrigues, 2001) dont la multiréférentialité théorique, philosophique et socio-politique établit des connexions entre des références de l'anarchisme, du marxisme, de l'analyse institutionnelle, de l'anthropologie, de la schizoanalyse, de la psychanalyse, de la psychologie sociale et ses particularités communautaires, et un kaléidoscope des pratiques qui vivent les contradictions d'une société de classes très inégale. Ceci explicite une désignation, non substantielle, non qualitative commune de l'institutionnalisme, qui nous fait penser à la production de savoirs et de pratiques qui explicitent aussi bien des singularités théoriques-pratiques qu'une éthique qui transversalisent le champ de la formation et la praxis dans les sciences sociales.
S'agit-t-il de la dispersion à laquelle Ardoino et Lourau (1997 : 5-7), dans la présentation d'un numéro de revue qui traitait de l’analyse institutionnelle hors les murs, se référaient ? Dans ce texte, dans une dialectique dehors - dedans qui jouait en permanence, les auteurs mettaient en question un dedans de l'analyse institutionnelle, en prenant comme référence les murs de Paris 8, producteurs d'un certain « effet de miroir » et les échanges avec l'extérieur, selon eux «trop peu fréquents». Par rapport au Brésil, ils remarquent un mouvement qui subit une certaine dispersion,
Pour comprendre l'historicité de l'analyse institutionnelle au Brésil, nous ne pouvons pas être éloignés des analyses qui nous situent dans ces temps néo-libéraux, version capitaliste, comme système immanent qui fait continuellement l'expansion de ses limites. Je me demande si cette dispersion à laquelle les auteurs se réfèrent sont des modes de réagir à cette expansion.
La dispersion peut-être aimée et stimulée par l'idéologie de la globalisation, peut favoriser l'atomisation et par conséquence le contrôle quotidien le plus subtil, le plus insidieux dans le tissu social. Pourtant la dispersion est transductive. En mettant en marche la pensée-action dialectique, elle est aussi la présence des forces et formes qui veulent échapper à ce système-là. Et c'est justement le reliquat, le résidu qui fait sens du « hors du système », le remet en cause dans ses fondements mêmes.
Pouvons-nous parler d'une analyse institutionnelle en dispersion au Brésil ? Si on prend en compte sa complexité historique, nous pouvons la comprendre dans ses mouvements « sur/vers un objet virtuel pour le construire et le réaliser. Ce serait une logique de l'objet possible et/ou impossible » (Lefebvre, 1969 : p. XXIII). Il ne s'agit pas de slogans, ni d'un Sujet, ni d'un Discours homogène. Dans ce sens, l'analyse institutionnelle au Brésil est une praxis. Elle est toujours en train de se faire, transductivement, dans plusieurs moments (Lefebvre, 1962). Le moment ouvre une perspective du dépassement de l'histoire. En même temps, il donne une version positive de la transversalité. Un moment est la négation d'autres moments qui existent en même temps et peuvent donner une compréhension plus vaste des interférences dans un processus.
L'histoire de l'analyse institutionnelle nous autorise à parler des moments théoriques et pratiques. S'il y a des moments où l'on ne sent plus le poids du contrôle étatique (3), il y en a d'autres où les reliquats du système capitaliste sont plus présents et forgent poiétiquement dans la praxis des rassemblements. C'est là que se joue vraiment quelque chose pour inscrire l'analyse institutionnelle dans la minoritaire histoire. C'est là que se joue vraiment quelque chose pour affirmer la genèse sociale de la production de la connaissance.
Cette dispersion me fait aussi penser à l'influence historique de l'analyse institutionnelle dans les trajectoires de plusieurs chercheurs brésiliens,
Pour comprendre ce processus, l'anarchisme méthodologique de Paul Feyerabend (1989, 1991), peut être un outil précieux Cet auteur affirme les imperfections de toutes les propositions qui requièrent le débat et le discours rationnel. Le goût de l'analyse institutionnelle par le chaos, par l'aléatoire, par le contexte de la découverte que la raison illuministe veut expurger du contexte de la justification, ajoute des éléments à cette réflexion. Les échanges entre ces deux contextes, questionnant la neutralité et la rationalité irrationnelle des sciences, donnent des contributions à Lourau (1988) pour penser les rapports entre la genèse sociale et la genèse théorique de la production de la connaissance de la réalité. Ces rapports sont une marque de la pensée institutionnaliste qui lui donne la singularité d'être une pensée-action complexe, attachée au métissage, à la non-conformité.
Cette problématique me rappelle Georges Lapassade quand il dit que l'analyse institutionnelle vient de la lutte contre la bureaucratie (Ozorio, 2004). A mon avis, il évoque la naturalisation des institutions sociales, considérées comme des formes parfaites, les vraies formes. Ce qui nous fait penser aux pratiques qui les ratifient, dont plusieurs par un biais formateur, disciplinant, aimant des modelages.
En 1971, à Rio de Janeiro, un texte de référence de Georges Lapassade est publié par la revue Vozes n° 5, « Um ensaio de anâlise (du linguagem instituciona », «Un essai d'analyse du langage institutionnel ».
(3) La forme mondialisée de l'Etat, inconsciente, est présente dans la vie sociale (Lefebvre, 1977), et nous amène à la reproduire, y compris en nous ce que Lourau (1978) a appelé l'Etat inconscient.
Lúcia Ozório
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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et : http://lesanalyseurs.over-blog.org