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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Journal de lecture : mardi 21 novembre 2006

Mardi 21 novembre 2006, 7 heures 05,

 

Mogador renvoie au nom initial d’Essaouira, à sa construction. Le nom d’Essaouira est d’origine arabe un peu déformé. Essour signifie la muraille. Une bourgade entourée de murailles lui a valu le nom d’Essaouira. Tandis que Mogador est d’origine étrangère, renvoyant très loin dans le passé, probablement aux Phéniciens… Bref, la ville est un confluent de culture africaine, européenne et asiatique (arabe) sans oublier les Berbères (locaux).

 

Georges Lapassade ne cède pas à la facilité pour traiter un sujet complexe. Parti d’un simple voyage à Essaouira, il est surpris, voire étonné par ce que cette ville dégage et en premier sa culture et son architecture. Il ne privilégie pas la piste intellectuelle, mais il va piocher dans la vie des gens, leurs rituels, traditions, danses, musiques… Cela va durer environ trente ans. Pendant ces années, Georges Lapassade a fait autre chose que s’occuper uniquement d’Essaouira. Le travail qu’il donne à lire est une somme d’articles publiés ici et là à Vincennes, à Paris, comme au Maroc. Cet ensemble d’articles porte sur des sujets divers qui mènent tous à la culture.

 

De quelle culture s’agit-il ? Au Maroc, il y a deux cultures : l’une est élitiste et la seconde est populaire. La culture de l’élite est liée à l’Etat ; ce qui explique sa domination et son caractère institué. La culture populaire est liée à la vie quotidienne de la majorité de la population. Georges Lapassade souligne que cette culture est méprisée par l’élite ; d’où l’ignorance et l’absence de sources conséquentes pour celui qui serait tenté par l’étude de cette culture mal considérée.

 

D’un point de vue politique, on peut considérer l’ouvrage de Georges Lapassade comme approche révolutionnaire anti étatique. Avec Georges, la culture populaire s’oppose à l’approche folklorique, exotique et colonialiste élaborée par l’Etat.

 

Cette dimension révolutionnaire se traduit dans la méthode. Georges Lapassade adopte la démarche du non savoir de l’intellectuel et du chercheur. Ainsi, il suit son objet sans aucun tabou et rapporte ses trouvailles dans une langue savante.

 

Pour le Marocain que je suis, je reste impressionné par cette capacité d’introduire tout un lexique populaire dans la langue savante.

 

La vocation d’un chercheur est de trouver. Georges a cherché et a trouvé ou du moins il a tracé des pistes de recherche sur ce que nous ne savons pas.

 

Le mouesem de Cheikh Al Kamel se tient chaque année à Meknès. Pendant une semaine, la population de la ville triple. Dans les années 1970, cette ville comptait 300 000 habitants et pendant une semaine, ce nombre dépassait le million. Je savais cela, je participais à la fête chaque année, mais mes connaissances de l’événement restent très limitées. C’est le livre de Georges qui me conduit à cette conscience de mon ignorance. Bref, c’est un livre qui me parle.

 

Sur le plan de la méthode, il faut noter que Georges a recours sans l’annoncer à la méthode régressive-progressive (la ville, les confréries, l’économie…). L’observation parfois participante (l’observation observée) aux événements étudiés. La description minutieuse des faits. Le recours au journal comme outil permettant le retour sur soi (implication) et le recul par rapport aux événements vécus. Le dialogue avec les acteurs qui réclament indirectement la restitution de la matière notée et décrite. La quasi-absence de ce que je peux appeler « le discours de la méthode » pour laisser parler les faits. A ce sujet, Georges, malgré ses connaissances avérées en philosophie, se laisse complètement submerger par son terrain.

 

Je souligne enfin que je n’ai pas du tout abordé le contenu du livre pour la simple raison que ce contenu, vu les sujets traités, mérite que l’on s’y attarde point par point et cela demande du temps, beaucoup de temps, et des ouvrages entiers traitant chacun d’un sujet spécifique, évoqué par Georges Lapassade dans Essaouira, Etudes mogadoriennes.

 

Benyounès Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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