Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Mardi 12 décembre 2006, 11 heures,
Je n’ai pas prévu d’écrire le journal ce matin, car pris dans la lecture de Hegel, je ne m’attendais pas à finir le livre si tôt ! C’est fait, je termine à l’instant le deuxième tome de Leçons sur l’histoire de la philosophie.
Dans un autre cahier de notes, je me suis interrogé sur l’opportunité de cette lecture à cet instant. La réponse à cette question se trouve dans ma préoccupation actuelle. En effet, je suis à la recherche de la performance en matière de la dialectique. Henri Lefebvre dit que c’est la science des contradictions ; et comme toute science, elle exige une maîtrise sans faille. La dialectique est essentielle dans ma recherche.
Ainsi que toute lecture, celle de Hegel demande du temps et particulièrement beaucoup de concentration. Ces deux conditions ont été réunies par ma maladie qui m’empêche de répondre aux sollicitations extérieures. A ce propos, je pense très souvent à Omar Benjelloun, idéologue et militant, politique marocain, assassiné par les islamistes avec la complicité de l’Etat, qui disait qu’il n’y a que la prison qui permet au militant de lire abondamment et de se former. L’Etat de maladie est semblable, d’un certain point de vue, à la situation du prisonnier ; ils ont en commun la disponibilité et le temps.
Ceci étant dit, cette lecture m’a replongé dans des textes qui me procurent de la jouissance. La limpidité, la clarté du style. Hegel, contrairement à ce que l’on dit sur lui, ne se contente pas d’être clair, mais il revendique la simplicité de la philosophie. Il s’attaque violemment à l’érudition, la scolastique, et aux Français, lesquels, selon lui, ne savent pas être clairs et simples. Ce sont ses remarques passagères dans le livre, mais pertinentes pour moi. Par exemple, « une simple collection de connaissances ne constitue pas une science », T2 p 179.
Résumer ces deux ouvrages n’est pas mon intention. Il s’agit, pour moi, de saisir l’histoire de la philosophie. La relation ou le rapport avec la religion, l’art et la politique. L’objet de la philosophie est la pensée elle-même.
La lecture de ces deux tomes permet de saisir la dialectique comme évolution. Le mot dialectique ne revient pas souvent dans le texte, mais les autres notions qui l’expliquent sont en revanche assez présentes.
L’universel ou le général, le particulier et le singulier (bien que le traducteur parle de l’individuel). La liberté est centrale dans le texte. La philosophie suppose l’être libre. Cette affirmation permet à Hegel de distinguer la philosophie de la religion et des pensées préphilosophiques (chinoise et hindoue). Il est à noter que pour lui les pensées arabe et judaïque sont marginales dans l’histoire de la philosophie !
La marche de l’évolution est une succession de négations. Hegel rapporte souvent l’exemple du germe, noyau, graine qui se développe en se niant : « Le fruit renferme toute la forme des formes précédentes ».
L’intérêt de l’histoire de la philosophie réside selon Hegel dans le présent, c’est la philosophie du présent qui prime chez lui.
Quant au concept du moment, il l’utilise comme négatif ; autrement-dit, le moment nie un autre moment, le moment philosophique nie le moment religieux. C’est important dans la conception du moment qui ne se résume pas à un état d’esprit. Dans le texte hégélien, le moment s’inscrit dans l’évolution et le processus.
Pour conclure cet écrit aphoristique sur « leçons de l’histoire de la philosophie », je ne peux m’empêcher de transcrire ce paragraphe qui résume bien l’universel : « En Grèce, dirions-nous, commence le monde de la liberté. Le fondement de la liberté, c’est que l’esprit se pense, que l’individu ait dans sa particularité l’intuition de lui-même comme universel, que chacun en son individualité, se sache universel, que son être consiste à être universel dans l’universel. Son être est son universalité, et son universalité son être. L’universalité est ce rapport à soi qui consiste à n’être pas auprès d’une chose autre, étrangère, de n’avoir pas son essence en autre chose, mais à être auprès de soi – à l’avoir comme universelle auprès de soi, l’universel. Cette condition d’être auprès de soi, c’est l’infinité de Moi – la personnalité ; cette détermination de la liberté constitue l’être pour l’esprit pour l’esprit qui s’appréhende. Se savoir libre, c’est aussi l’être d’un peuple ; d’après ce savoir, il établit pour soi son monde, ses lois du droit, de la moralité sociale, de tout le reste de la vie. Il se sait ainsi universel essentiellement ». T2 p21.
Avant de passer à la relecture de La Raison dans l’histoire (1), je souligne que j’ai lu, dès que je l’ai eu, le livre établi par Kareen pour une énième édition, Essai sur l’emploi du temps de Marc-Antoine Julien, 1808. Il ne faut pas que j’oublie d’écrire mes impressions sur cet ouvrage.
Par ailleurs, les camarades des Cahiers de l’implication ont sorti le numéro 7, c’est à dire le numéro 1 d’une nouvelle formule : Revue d’analyse institutionnelle et en petits caractères Les cahiers de l’implication. Faut-il y voir une dérive par rapport à la prophétie Lourauldienne de l’implication ? Il est trop tôt pour l’affirmer. En tout cas, le numéro porte sur l’autogestion. J’ai lu d’un trait les 150 pages. J’ai préféré certains articles à d’autres, mais dans l’ensemble, le numéro est très bien fait. Il était temps, car l’équipe a mis trois ans pour sortir 150 pages !
(1) Hegel, La raison dans l’histoire, Paris, UGE, coll. 10-18, 1965, 320p.
Benyounès Bellagnech
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