Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Le 30/12/2010 0 h 31 Arrested Development, Zingamaduni
Vite avant d'aller au lit !
Retour de notre réunion. Nous étions 6 et 6 autres ne pouvaient venir pour cause de vacances.
Il y avait F. et C., 2 peintres, M. et moi qui travaillons à Ploug (1), M., une retraitée de l'Education nationale, une ancienne de l'union des étudiants communistes et D. un bioconstructeur qui veut faire autre chose.
On a commencé par évoquer les tracts proposés par C. sur les voeux du gouvernement, mais D. trouvait cela trop gentil. Il ne veut pas interpeller la population, il veut emmerder les riches et le pouvoir avec des actions plus coup de poing. Alors on a échangé là-dessus en buvant le champagne offert par le comité d'entreprise de l'hosto. On s'est dit qu'on irait bien acheter des bombes de peintures pour aller tagger un peu des trucs du genre « Leclerc voleur » sur les murs du supermarché.
La plupart d'entre nous pensait qu'on avait loupé l'occasion lors de la campagne des retraites, qu'on s'y était pris trop tard, que dès septembre on aurait du s'y mettre alors que nous n'avons commencé les actions extra légales qu'en octobre et que là, la dynamique se préparait à retomber.
J'ai pensé à la libération de la parole sociale de Lapassade, et au fait qu'emmerder le pouvoir c'est bien mais ça ne la libère pas forcement.
F. a dit qu'elle ne voulait pas qu'on s'organise, que son père était communiste et qu'elle avait pu voir ce que ça donnait. Que de filles de communistes dans ce collectif!
Elle dit aussi qu'elle n'aime pas ce nom de collectif, que ça ne veut rien dire et que le collectif de Quimperlé n'était composé que d'une seule personne.
D. et M. devaient partir tôt alors on a continué sans eux et sur nos bons voeux.
Qu'est-ce qu'on met sur nos flys? Les promesses de 2007? Les attaques annoncées? Montrer les paradoxes entre le discours et la réalité? Et puis le visuel, on veut du visuel! On se déguise, en quoi?
Le champagne aidant on a commencé à délirer un peu. On est parti de l'idée des manifs de riches qui se font déjà, ensuite on a évoqué des sortes d'uniformes avec des brassards pour montrer la dérive sécuritaire du gouvernement et puis une fois la deuxième bouteille ouverte et comme il ne restait plus que des filles, on s'est dit qu'en fait, si on distribue les bons voeux du gouvernement, c'est qu'on travaille pour lui. Alors on a décidé de monter un groupe, les sarkozettes, T shirt roses et lunettes bling bling et puis on s'est entraîné devant le clip des jeunes de l'ump. On a quand même la pêche pour des quinquagénaires....
Pour les textes des flys on attend l'intervention de Sarkozy (ça nous ennuie mais faut ce qu'il faut) à la télévision et on fait chacune le sien et on réfléchit à la manière de le donner.
Prochain rdv la semaine prochaine pour s'entraîner sur le clip et composer les flys et vérifier nos tenues de rue.
On a bien rigolé!
C'est intéressant de voir comme notre réunion d'hier soir portait en elle tous les thèmes abordés par Lapassade dans Groupes-organisations-Institutions et dans L'Arpenteur : la question de la bureaucratie dans les organisations, l'émulation ou cette sorte de transe créative que nous avons ressenti parce que nous étions déliées de toute institution.
Voilà maintenant plus de 10 ans que je milite et mon expérience est variée, syndicale, politique, éducation populaire.
Je prends conscience de l'évolution de mes pratiques et de mes désirs en la matière.
Dans les premiers temps, je me suis énormément formée et autoformée sur des sujets économiques ou de conditions de travail. Mon investissement passait par la connaissance des sujets de campagne ou d'action. Mes pratiques étaient basées sur l'organisation de débats, de conférences, de forums. Même si à l'intérieur de ceux-ci, une place a toujours été faite à l'expression de la parole sociale, cette expression était cadrée, et le but de mon action était de convaincre.
Mon activité syndicale s'est par contre très vite tournée vers cette écoute et notamment car en tant que secrétaire du CHSCT (2) j'étais amenée très souvent à faire des enquêtes sur les accidents de travail.
En 2006, avec le collectif d'éducation populaire, nos pratiques ont commencé à évoluer et nous avons mis en place des racontoirs dans les lieux publics. Nous avions conçu un stand convivial, avec des proverbes sur le travail accrochés un peu partout, des tables et chaises avec café et gâteaux, et un photolangage. Nous voulions faire parler les passants sur le travail. Nous avions enregistreurs et caméra.
L'accroche était difficile, les personnes nous répondaient « ah non, le travail ça suffit, c'est samedi, on n'en parle pas » et puis finalement elle se lâchaient et nous n'arrivions plus à les arrêter. Nous avions volontairement adopté une écoute de type clinique, sans vouloir influencer le discours en procédant par relances ou reformulations. A la fin des entretiens, les personnes nous disaient, « ça fait du bien de parler, quand revenez-vous? ». Ce qui nous avait le plus marqué en faisant l'analyse du discours, c'était le passage d'une critique radicale qu'elle soit contre les conditions de travail, les patrons, les actionnaires, les chômeurs qui ne veulent rien faire à l'élaboration de perspectives sur ce que devrait être le travail et le fonctionnement de la société.
Je me rappelle aussi que nous avions tenu ces stands dans les lieux d'accueil pour les Rmistes et autres « exclus ». Ils refusaient d'être enregistrés, filmés et ils ne disaient rien sur le photolangage. On s'était retrouvé complètement démunis face à cette absence de réaction et puis, à un moment, je suis sortie pour aller fumer une clope, et plusieurs d'entre eux m'ont rejoint et là, ils ont commencé à parler, hors de l'institution ; et des envies, ils en avaient plein!
Depuis, mon investissement militant a changé, je ne peux plus lancer de slogan, j'ai envie de permettre la libération de la parole. Ce n'est pas toujours aisé de fonctionner de cette manière, comme le souligne Lapassade dans L'Arpenteur et du bilan fait avec les étudiants en formation continue, la parole sociale ne va pas forcement dans le sens où nous voudrions qu'elle aille.
Cela me renvoie aussi à des questionnements, le peuple a-t-il toujours raison? Par exemple, lors de la Loi sur la suppression de la peine de mort en France, on sait que la majorité de la population y était opposée, si la parole sociale s'exprime sur ce sujet, la peine de mort est rétablie. C'est un vrai dilemme!
Pour en revenir au collectif et à notre action « les bons voeux des sarkozettes », outre ces pitreries, il nous faut organiser l'expression de la parole sociale. Peut-être en utilisant la technique des porteurs de paroles que nous avions utilisée lors du blocage du Leclerc.
Sur de grands panneaux colorés à l'avance on inscrit les réflexions, les pensées des passants et on les affiche. Nous pourrions tenter un effet miroir, nous, nous représentons les voeux du gouvernement et sur les porteurs de parole nous inscrivons les voeux des personnes. A voir, à proposer.
Passons aux études...
Je ne suis absolument pas sérieuse. Plutôt que de travailler sur les matières à valider, je me suis penchée sur la séquence 4 du cours sur le journal, « Le journal et ses différentes formes ».
Séquence 4 : Le journal et ses différentes formes
Dans cette séquence, il est opéré une classification des différents journaux possibles.
- Ceux centrés sur la personne : ce peut être sur l'intimité du diariste lui-même comme le journal intime, le journal d'hygiène, ou sur un groupe de personnes tel que les livres de raisons qui retracent les évènements qui ponctuent une histoire familiale. Sont aussi classés dans cette catégorie le journal des rêves qui permettent au diariste de mettre à jour son activité inconsciente ou le journal imaginaire.
- Ceux se donnant un objet extérieur : tels que les journaux de bord des navigateurs, les journaux de voyage, journalistiques, de lecture - Ceux utilisés comme outils pédagogique : sont évoqués dans ce passage les journaux utilisés par les élèves/étudiants (cahier de vie, journal de formation, journal d'affiliation) et non ceux des enseignants relatifs à leur pratique.
Je retiens plus particulièrement le journal socioanalytique utilisé dans la formation des socioanalystes, notamment car il rejoint une de mes préoccupations concernant la mise en place de journaux collectifs militants. Il semblerait que ce soit une sorte d'échange de lettres entre les membres du groupe. Ce serait Jacques et Maria Van Bockstaele qui auraient développé cette technique.
Je suis donc allée chercher un peu sur internet, voir si je trouvais des informations sur cette technique et je suis tombée sur le site AFSCET (3) et plus particulièrement sur une page contenant des textes de ces auteurs (4). Malheureusement, je n'ai rien trouvé dans ces textes qui évoquent l'utilisation du journal de manière collective et il faudra donc certainement que je fasse l'acquisition de leur ouvrage La socioanalyse, imaginer, coopter.
La séquence évoque ensuite le journal d'itinérance mis au point par René Barbier (5). Il utilise une méthode qui intègre également la dimension collective dans le sens où il est écrit par une personne, il est destiné à être lu et à recueillir les réactions des lecteurs.
René Barbier définit l'itinérance comme la représentation du « parcours structural d'une existence concrète tel qu'il se dégage, peu à peu, et d'une manière inachevée, dans l'enchevêtrement des divers itinéraires cheminés par une personne ou un groupe. »
C'est un journal intime, qui peut intégrer des retours sur des faits, des expériences passées. C'est aussi une sorte de cahier de route d'ethnologue où l'objectivité des retranscriptions est le fruit de l'acceptation par l'observateur de sa subjectivité. C'est un journal institutionnel, la notation quotidienne de petits faits vécus dans une institution. C'est un journal de recherche, un instrument méthodologique d'investigation. Et enfin, c'est un journal qui laisse une place importante à l'imagination, la poésie, le non scientifique.
Le journal d'itinérance se construit en 3 temps : - le journal brouillon qui est une sorte de mine foisonnante et diversifiée, - le journal élaboré à partir du journal brouillon et auquel se rajoutent des compléments. Ce journal élaboré est destiné à être lu par d'autres et commentés. Il sert en quelque sorte d'analyseur (6). Vient enfin le journal commenté, c'est le moment de la lecture du journal élaboré et du recueil des réactions du groupe à l'écoute de cet écrit, réactions qui seront intégrées au journal.
- Ceux utilisés comme outils d'enquête : - le journal institutionnel observateur de la vie d'une institution avec éventuellement l'utilisation de la méthode régressive-progressive, le journal de recherche, le journal ethnosociologique
- Ceux explorant le méta – journal : - le journal du journal, réflexion critique sur la technique du journal , - le journal des moments, technique élaborée par Remi Hess, qui opère une séparation des supports basée sur l'éternel retour de conditions particulières dans une vie (travail, famille, ou autres activités). C'est une dissociation qui aspire à envisager la totalité dans tous ses détails de manière intense. Cette dissociation renvoie aux fragments utilisés par les Romantiques.
(1) Chez les salariés de l'hôpital et dans la population c'est ainsi qu'est désigné l'hôpital.
(2) Comité Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail.
(3) Association Française de Science des Systèmes, http://www.afscet.asso.fr/
(4) http://www.afscet.asso.fr/pagesperso/VonBockstaele.html
(5) J'ai complété cette partie avec la lecture du texte de René Barbier, Le journal d'itinérance, www.barbier-rd.nom.fr
(6) Tel que défini par Lapassade dans l'Arpenteur.
Hélène M.