Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
8 h 06
Avant propos pour la troisième édition (1970) p XXV-XLIV
Lapassade explique tout d'abord en quoi la dynamique des groupes présente une face cachée qui est la dimension institutionnelle et que l'analyse institutionnelle devrait permettre de dévoiler. « Si l'on veut analyser ce qui se passe dans un groupe, qu'il soit « naturel » ou «artificiel », pédagogique ou expérimental, il faut admettre comme hypothèse préalable que le sens de ce qui ce passe ici et maintenant dans ce groupe est relié à l'ensemble du tissu institutionnel de notre société » (1). Les relations interindividuelles à l'intérieur d'un groupe, les fonctionnements des organisations et des institutions sont surdéterminés par les rapports de production, de domination, d'exploitation. L’État est au sommet de ces 3 niveaux d'analyse (groupe, organisation, institution), c'est l'instituant. Les périodes révolutionnaires permettent à la base de reconquérir ce rôle confisqué par l’État.
L'analyse institutionnelle doit permettre de percevoir comment l’État de classe se manifeste dans le fonctionnement d'un groupe, d'une organisation, d'une institution. Lapassade appuie sa démonstration par l'exemple du système scolaire et universitaire qui formate les étudiants à admettre que le savoir est la base du pouvoir (pXXX). L'institué par l’État ne se concrétise pas uniquement par la création de structures, d'institution, il irrigue tous les aspects des relations qu'elles soient interindividuelles ou autres.
Sortir de la domination et de l'exploitation, c'est sortir de l’État instituant. A chaque période révolutionnaire, des groupes se sont constitués et qui dans leurs pratiques recouvraient cette capacité instituante. Et cependant, on peut constater qu'après chaque révolution se reconstituent des institutions qui s'autonomisent du peuple, lui usurpe son pouvoir instituant au profit d'une nouvelle classe dominante.
L'analyse institutionnelle se propose de révéler « cette lutte entre l'instituant et l'institué, de remonter à l’État à partir des institutions dominantes présentes dans notre expérience, ici et maintenant. » (2)
L'analyse institutionnelle étudie le refoulement collectif qui empêche les individus et les groupes de voir en quoi ils sont surdéterminés par une idéologie dont la caractéristique est d'avancer masquée.
Les classes dirigeantes, par l'intermédiaire de l’État, répriment la « communication vraie » afin d'assurer leur contrôle du peuple et empêcher la révolution.
13 h 20
Je viens de raccompagner mon fils au car pour Brest. Ça fait 5 jours qu'il tient son journal de sculpture, il commence à en tirer quelques conclusions. Mes études ont au moins servi à ça. Je suis contente. Dehors, il neige.
Je reprends l'avant propos de Lapassade.
Lapassade explique comment peu avant mai 68, lui et d'autres avaient tenté de dépasser le cloisonnement des disciplines en s'inspirant notamment de la psychothérapie institutionnelle. Mais la crise de Mai a levé le voile des rapports de classe existant au sein de l'université et le rôle des institutions. Max Weber l'avait souligné : « Les institutions n'ont pas besoin pour exister de l'accord des « participants », - du consensus. Il leur suffit d'être articulées sur la puissance de l'Etat. Elles se maintiennent par la menace ». (3)
Cette partie de l'avant propos m'a fait penser aux actions parallèles qui se sont déroulées pendant la lutte contre la réforme des retraites. Les collectifs souvent constitués de citoyens non apparentés à quelques organisations ont souvent tenté de se dégager du rythme imposé par l'intersyndicale au niveau national et qui était considérée comme une des composantes du pouvoir, impuissante et sans réelle volonté d'imposer un rapport de force. Sous couvert de laisser la base décider de ses actions en la confiant aux syndicats dans l'entreprise (eux-mêmes institutionnalisés), Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, n'a en fait jamais permis qu'une réelle prise de pouvoir par le peuple. A chaque fois que des actions « coup de poing » de blocage de route ou autres ont été menées elles étaient décidées par des assemblées générales d'après manif, hors du cadre syndical.
Les évènements de mai ont permis à l'auteur de prendre conscience que l'intervention des socioanalystes était limitée et que la récupération du pouvoir instituant ne pouvait venir que des dominés eux-mêmes dans le cadre de l'action directe. Il en déduit que si nous ne savons pas encore par quoi remplacer les institutions actuelles, la condition sine qua non pour le découvrir est de les détruire.
(1) pXXVI
(2) p XXXIII
(3) p XXXVII
Hélène M.