Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Chapitre 8 : l'entrée dans l'organisation p 145-162
Au delà de la caractérisation de l'individu par son appartenance à une classe sociale, Lapassade propose comme Max Weber de souligner la particularité de l'évolution de la société, sa bureaucratisation. « L'homme nouveau, c'est l'homme de l'organisation. » (1). L'entrée dans la vie, c'est l'entrée dans la vie bureaucratique.
La doctrine de l'organisation, c'est celle de l'intégration sociale, de l'adaptation. Elle est portée par l'école, avec l'assentiment des parents mais aussi des étudiants. Le rôle de l'école doit être de former des citoyens capables de fonctionner en société. Priorité est donnée au groupe, à la dynamique de groupe.
Reprenant les propos de White, Lapassade relève le paradoxal de cette situation. D'un côté les techniques font l'objet d'un engouement, d'un autre les voies de formation choisies en priorité sont celles des managers ce qui entraîne un manque d'ingénieurs, de spécialistes des techniques. De même, alors que l'étude des groupes et des relations humaines relève des disciplines fondamentales, celles-ci sont délaissées. White conclut que l'organisation a gagné et que toute lutte doit commencer par la débureaucratisation.
Lapassade étudie ensuite l'ouvrage La foule solitaire de Riesman, Glazer et Denney, sociologues de la contestation qui distinguent trois types d'individus :
· - L'individu intero-dirigé ou individu autonome. Il est capable de faire des choix de vie mais s'il ne respecte pas ce qui est acceptable, il se sent coupable. Les parents sont dans l'incapacité de prévoir ce que deviendront leurs enfants. Entrer dans la vie c'est se séparer de ses parents, se maîtriser. L'école doit former à cela, elle est la collaboratrice de la famille.
· - L'individi extero-dirigé ou hétéronome. Il recueille et fait circuler des messages (je n'ai pas bien compris sa caractéristique) et vit dans une angoisse diffuse. C'est l'homme de la bureaucratisation. Tout le monde est indécis, les parents, les enseignants, l'angoisse de mal faire est omniprésente. Les enfants sont plus à même d'analyser ce qu'ils vivent dans la société et les barrières entre adultes et enfants s'estompent. L'important, c'est la socialisation, peu importe la création.
Lapassade apporte des bémols aux propos de ces auteurs même s'il trouve pertinente la différence entre les deux derniers types d'individu notamment car le choix perd son caractère de critère de la maturité. Ces auteurs, tout en reconnaissant que leur étude est limitée à la bourgeoisie moyenne américaine tentent en permanence de montrer que c'est l'avenir inéluctable de l'évolution de la société, ce sur quoi Lapassade exprime son désaccord. Il conteste aussi l'importance que ces sociologues accordent à l'école comme vecteur de l'idéologie de l'organisation. Il leur reproche d'utiliser la même méthode d'analyse à des phénomènes radicalement différents et qui nécessitent donc des modes d'analyse différents. L'importance de l'école dans une société gouvernée par la tradition n'est pas contestable, son rôle est justement de transmettre cette tradition. Par contre lorsque l'adulte auquel l'école forme est hétéronome, on s'aperçoit du caractère paradoxal de ce processus.
De plus, Lapassade pense qu'en prenant la bureaucratie comme étant uniquement liée au progrès technique ces auteurs en oublient de l'intégrer comme participant à la société de classe.
« Il ne suffit donc pas de montrer que l'individu d'aujourd'hui est hétéronome, qu'on décide pour lui, qu'on dirige sa vie, que son « ajustement social » est mesuré à sa capacité à se conformer. Il faut encore essayer de dire ce que signifie cette forme contemporaine de l'aliénation. Et surtout, il convient de montrer en quoi et comment les nouvelles générations sont directement concernées par les nouvelles formes d'une société qui refuse aux hommes l'autogestion de leur existence sociale, c'est à dire la « maturité » des décisions » (2).
(1) p146
(2) p162
Hélène M.
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