Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
« Tristesse, maintenant, sur la ville déserte »
Le 11/02/11 7h38
Montmagny, Val d'Oise, chez mes parents
J'ai du mal à écrire ailleurs que chez moi. Là, chez mes parents, c'est encore plus compliqué, car il faut trouver une chaise à peu près stable, une prise qui marche, une lampe qui s'allume…
Il y a tellement de stimulations en région parisienne, et donc tellement de choses à raconter.....
Après moult péripéties, dont l'une d'elles m'a fait voyager de Paris à la banlieue avec un chien, j'ai réussi à aller à la bibliothèque de Paris 8. Je prenais le risque de la trouver fermée car il y a un mouvement de grève. Elle était ouverte. Dans le hall, ils installaient un grand écran et j'ai entendu des étudiants dire « on se caille dans les amphis et ils installent des écrans plats dans les couloirs... ».
Cette bibliothèque est vaste, il y a plein de grandes tables pour travailler. J'étais un peu perdue mais j'ai demandé à l'accueil et une jeune femme toute habillée de cuir m'a expliquée comment cela fonctionnait, que la durée de prêt était de 8 semaines maximum. J'ai réussi à trouver la salle rouge où se trouvaient la plupart des livres que je cherchais. Ou pour être plus exacte, que je me souvenais devoir chercher.
Ce que j'ai compris et je vais paraître un peu bête, c'est qu'on ne va pas dans une bibliothèque universitaire comme on va au marché, on se ballade, on s'arrête, on prend un livre. Non, il faut savoir ce qu'on cherche et avant d'y aller se préparer, lister les livres.
Comme je n'avais pas de liste mais que je savais au moins que je voulais L'autobiographe de Lapassade, je l'ai cherché (aidée par une serviable jeune femme installée à un comptoir de la salle rouge). J'ai trouvé la version de 1997, mais j'ai lu quelque part que ce n'était pas une bonne version, l'autre se trouvait en magasin mais in-empruntable du fait du mouvement de grève.
Je me suis assise avec ce tout petit livre, pressée de le lire, d'en apprendre plus sur sa vie..... au bout de quelques pages, j'ai été prise d'émotion et j'ai commencé à pleurer alors je l'ai refermé pour ne pas me donner en spectacle.
« 19h30. La sirène du ramadan a hurlé, ce soir, pour la première fois. Il fait nuit. Tristesse, maintenant, sur la ville déserte. Je retrouve l'angoisse de l'année dernière. Les lumières de la rue s'allument lentement. »1
Je me suis levée, et j'ai pris d'autres livres de lui, Le livre fou, plein de dessins, de photos, de textes écrits dans tous les sens. Il faut prendre son temps pour ce livre. Je voudrais l'avoir, me retrouver toute seule avec lui, chez moi.
J'ai acheté une carte de photocopieuse à 30 euros et j'ai photocopié L'autobiographe, La découverte de la dissociation, la retranscription d'interview de Lapassade dans deux émissions de France Culture en 1997 et 1998, L'homme inachevé publié dans la revue Pratiques de formation-Analyses et Précis de l'inachèvement aux éditions Séguier,
Vu que j'étais toute seule à la photocopieuse, j'en ai déduit que ce n'était pas le bon plan et qu'il devait y avoir moyen de faire des photocopies moins cher ailleurs.
Je me suis dit qu'avant mon départ, il faudrait que je revienne en ayant listé les ouvrages à consulter, mais je ne sais si j'aurai le temps.
Sur le trajet du retour, je me suis demandée ce qui se passait avec Lapassade. Dès que j'ouvre un livre de lui, je suis touchée, émue, ravie, exaltée, sérieuse lorsqu'il l'est, triste ou lasse avec lui. Pourquoi?
Je ne suis pas sûre de comprendre correctement intellectuellement tous les messages qu'il transmet, mais je sens un lien fort entre nous, une sorte d'intimité. Qu'est-ce que c'est? Est-ce que ça fait ça à d'autres?
Hélène M.