Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
La Fac ici et maintenant (Extraits d'un journal de route) (suite)
Les nouvelles structures ont permis à des gens, dans la fac, de se trouver une place, et je lui donne alors l'exemple des enseignants d'économie : on les trouve maintenant dans l'ex-A.E.S. (devenue P.A.E.), ou dans le « DEUG Tiers-monde T.E.S. », des gens qui ne supportaient plus la cohabitation dans les vieux départements y trouvent l'occasion d'aller enseigner ailleurs.
Cette conversation est l'occasion pour moi d'une nouvelle étape dans l'anamnèse de ce qui s'est passé l'hiver dernier en P.C.S. : l'alliance, qui a fondé l'équipe «instituante », était politique.
Cette alliance initiale vient échouer maintenant sur le fait qu'il n'y a pas dans la fac, en psychologie, de base clinique, pour une formation clinique. (...)
Ce matin, au réveil, j'étais fatigué, et déprimé en même temps, sans doute par l'effet de notre petite fête à la brasserie de la République, hier soir. Et sous l'effet de cette petite dépression, j'étais convaincu que mon Journal était une activité inutile, - du temps perdu. (....)
J’ai décrit à François Gantherot tout à l’heure la situation en P.C.S :
- Et c’est là-dedans que tu veux m’embarquer ? Il disait en riant.
Puis :
- Je ne veux pas recommencer la bataille de 1968, avec la création de Sciences humaines cliniques.
Il m'a donné des informations sur la scission, - encore une !, qui s'est faite à Paris VII entre son groupe de «psychopathologie psychanalytique » et l'autre, avec Max Pages, Jacqueline Barus-Michel, Revault d'Allones, en « psychologie clinique et sociale ».
De cette conversation, il ressort que pour F.G., la bataille de la « psychologie clinique » est déjà gagnée et dépassée. Il met au clair en même temps ma situation actuelle : je me prépare à « livrer bataille » pour la «clinique », mais ce serait une bataille inutile. En plus, elle suppose qu'on est universitaire à plein temps :
- Pour mener cette bataille, me disait F.G., il faut être à la fac 24 heures sur 24, il faut vouloir faire une carrière universitaire.
Je suis continuellement à la fac en ce moment, et même le dimanche. Je ne sais pas si c'est pour mener une bataille, je crois plutôt, ou je veux croire, que c'est « pour la science ». Je veux croire qu'il n'est pas encore impossible de sortir quelque chose (mais quoi ?) de ce que je fais en ce moment (j'en étais déjà convaincu au temps de l'A.E.S.). Je m'accroche au projet d'étudier par le menu la mise en place de la formation P.C.S., et de la raconter au jour le jour.
Je veux croire que ce récit finira par devenir lisible, par prendre forme. J'ai l'espoir de le rendre intéressant et neuf, de l'imposer comme on pourrait faire avec le récit d'un voyage exotique.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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