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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (76)

19 Avril

 

 

Il me semble parfois que j'agis en ce moment comme si je devais écrire L'arpenteur II : c'est une longue intervention menée, cette fois, de l'intérieur d'une Université et non plus comme je l'avais fait au Québec, - en étranger. Mais « l'analyste », ici, n'est plus «l'arpenteur ». C'est le sujet collectif. Je me suis donné pour tâche de le décrire, décrire ce qu'il fait. Il faudrait raconter notre séance de travail, ce matin, pour préparer le compte-rendu des Assises, et commencer ainsi à mettre à jour les procédures par lesquelles, à Paris VIII, on prend décisions.

 

 

Hier matin, en venant ici, A.D. m'a fourni un schéma :

- « Vincennes, disait-il, c'est la gestion par l'informel. On fait une commission des statuts où tout le monde peut venir sans être tenu de dire qui il représente. Puis on organise un psychodrame, un grand exorcisme pour traiter les humeurs des gens et puis Frioux prend des décisions, peut-être avec le Conseil de l'Université ». Il me disait encore que c'est « le mauvais côté de mai 68», qui reste en effet notre modèle de fonctionnement : une gestion par « psychodrame » et « catharsis des tensions ». A la fin, le Président prend seul la décision.

 

 

Ces Assises ont confirmé en outre, par quelques interventions d'étudiants, ce que je n'ai pas cessé de dire, et d'écrire, depuis le début de l'année universitaire : avec les « nouvelles formations de premier cycle », les étudiants sont paumés.

 

 

J'ai rencontré mon amie de la liste étudiante autogestionnaire et nous avons parlé des Assises. Elle m'a dit à peu près ceci :

- On a vu que la dynamique des nouvelles formations de premier cycle n'était pas partout évidente. Et puis, tu pouvais voir dans les discussions le clivage entre la masse des usagers de la fac et les « institutionnels » comme on nous appelle, nous avec la technicité de notre discours, et ça met un sacré coup dans l'aile de la démocratie !

 

 

Elle me disait aussi que « c'était intéressant comme analyse institutionnelle ».

 

 

Dans ces situations, on fait une analyse institutionnelle relativement « collective » : « relativement » parce qu'elle •'adresse aux « institutionnels », comme dit mon amie autogestionnaire pour désigner ceux que j'appelais, aux Assises, les bureaucrates de notre établissement. C'est à cette couche sociale instituée de « gestionnaires » que la socianalyse propose ses services socianalytiques.

 

 

L'absence aux Assises, de mes amis, les «institutionnalistes professionnels » (« je déserte les Assises, je boycotte», me disait Laurence, en réalité, ça ne l'intéresse pas!), n'est pas un malheur mais plutôt quelque chose à comprendre et qui doit être interprété, un malentendu sur le projet même de l'analyse institutionnelle.

 

 

Les étudiants ne comprennent pas notre langage nouveau de la réforme, ils sont dedans, ils confondent les « formations »  et  les  « DEUG ».  Les  enseignants, les responsables de l'Université ne veulent (ou ne peuvent ?) pas entendre cette plainte des étudiants. Il y a là comme une surdité sociale instituée, on ne sait comment exactement. Les étudiants de première année ne savent pas ce qu'ils font, quels diplômes « de sortie » ils préparent. Mais mon discours sur ce sujet ne produira probablement pas de changement dans l'institution,

 

 

L'AI est une analyse faite par les responsables des institutions, à leur usage et du point de vue organisationnel surtout ; ils tendent à laisser de côté la « voix de la base » lorsqu'elle parvient à se faire entendre par accident.

 

 

Il y avait des Assises dans les Assises. Les Assises officielles étaient faites seulement pour préparer le découpage de la fac en UFR ; que les autres «Assises», qui n'étaient pas prévues, étaient cette parole inorganisée des usagers, ils ne venaient pas là pour ces débats techniques, mais, disaient-ils, pour s'informer. Ce qui indiquait qu'il y a dans notre fac un grand problème d'information.

 

 

Ma petite « enquête » de lundi suffisait pour montrer que si les étudiants de seconde année, c'est-à-dire de l'ancien régime d'études, savent parfaitement où ils en sont, quel DEUG ils sont en train de préparer, ceux du nouveau régime sont déboussolés. La confusion, d'abord inscrite dans des brochures, a été reproduite par les enseignants, lorsque, en février, ils ont reçu les étudiants pour les orienter. En réalité, certains les ont plutôt désorientés ! Cela était révélé par mon enquête.

 

 

Il y a eu seulement un moment, un seul, où les étudiants présents, dans l'amphi sont intervenus bruyamment pour dire qu'on devait me laisser parler, que ce que je disais les intéressait. A ce moment là, je parlais de toute la confusion dans la première année « rénovée ».

 

 

Les souvenirs des Assises me reviennent maintenant en lambeaux, comme dans une séance de psychanalyse, de la mémoire: mais il n'est pas facile de décrire cette mémoire éclatée qui est le seul support de mon Journal lorsque je l'interroge pour écrire, le soir, ou le lendemain.

 

 

Georges Lapassade

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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