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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (54)

30 novembre,

 

 

En arrivant, tout à l'heure, j'ai trouvé Jacques, l'étudiant de mon UV « Radio ». Il doit assurer la « couverture » de la « fête des Beurs » dans la fac en passant régulièrement des flashs de reportage à Radio FMR. J'ai fait hier, avec lui et ses camarades, le bilan de leur entretien avec la direction de Convergences 84 à Paris, par téléphone. C'était une mauvaise à la technique et à l'animation. Mais on pouvait analyser ce (mauvais) produit ; c'était la première réalisation de mon UV, et j'ai enregistré cette séance d'évaluation. Je vois mieux, maintenant, quelle pédagogie active je peux pratiquer dans mon « UV Radio ».

 

 

Cauchemar la nuit dernière. Je l'ai noté à cinq heures, ce matin.

 

 

« Je suis en voiture avec mon frère sur une route. Nous faisons trop de bruit, les gendarmes nous arrêtent, ça finit par des coups. Je suis passé à tabac ».

 

 

Ce rêve parle de ce que j'ai vécu très péniblement, hier, dans un séminaire de DEA. Les deux gendarmes ressemblent à René B (le gros) et à Patrick B (le rouquin). Ils m'ont fait passer hier soir, dans ce DEA, un mauvais quart d'heure !

 

 

Mes rêves sont la voie royale pour l'analyse institutionnelle et quotidienne de mes implications. Ils m'aident à prendre des décisions. J'ai décidé, ce matin, de ne plus participer à ce séminaire de DEA.

 

 

Après ce cauchemar, qui m'a réveillé, j'ai pensé d'abord qu'il était sans rapport avec mon activité à la fac, et qu'il était donc inutile de me lever pour le noter (le tenir à ma disposition). Puis j'ai pensé à la réunion d'hier soir sans chercher à associer méthodiquement. Cette association a surgi à l'improviste ; les difficultés d'hier s'imposaient tout à coup, elles revenaient.

 

 

On revit en rêve des événements qu'on a cru vivre consciemment, mais qui étaient vécus dans une transe, dans un état de conscience modifié par une forte émotion, comme ce fût le cas hier soir. Et c'est cela qui « revient » parfois dans nos rêves, ou dans nos fantasmes du jour, et de la nuit.

 

 

L'analyse de mon implication dans la fac en étudiant mes productions fantastiques de la nuit : rêves, associations produites au réveil, quand je suis encore ensommeillé et que les images peuvent affluer facilement.

 

 

Une autre association « libre », faite immédiatement après le cauchemar, cette nuit, ressemblait par son poids de plomb, au rêve fait à Rio, dans lequel j'étais coincé, suffoquant, dans le mur du clocher d'Arbus. Rio : de la bastonnade que l'on m'inflige dans le rêve, je passe à « borrachada», mot qui retint mon attention, et me fascina, au cours du même séjour à Rio, où le terme, avec son sens, me fût enseigné par un policier noir. « Borrachada », désigne le caoutchouc, et c'est de là une matraque de flic. « Borrachada » signifie à la fois une relation sexuelle hard et un passage à tabac.

 

 

Mon travail actuel sur mes rêves passe par le détour de mes lectures sur les origines de l'hypnose, le somnambulisme artificiel et les états paranormaux. Je dois beaucoup à ma lecture des Mémoires de Puységur: il n'interprète ni les rêves, ni les discours des somnambules ; mais on comprend mieux en lisant Puységur l'inconscient comme « oubli ».

 

 

Mon intérêt pour les états dits « paranormaux » trouve sa première origine dans mes expériences du temps de mon entrée dans la puberté, lorsque je passais de la lecture de Bibi Fricotin à celle des Mille et une nuits, que j'apprenais à tirer les cartes, que je tombais dans des crises nerveuses, qui me faisaient considérer comme un possédé du démon. La seconde source de ma curiosité, qui se rattache à la première, c'est le Maghreb. Lorsque je lis des ouvrages sur les somnambules, je pense toujours à Badia d'Essaouira ; elle devint voyante pendant le temps de sa « maladie » qui fût considérée et traitée comme une possession.

 

 

Mellouk nous parlait l'autre jour, d'une jeune fille de Bahlil tourmentée par les jinns : dans le temps de ses tourments, elle était voyante. Le nom de l'esprit possesseur était Sidi Amin, on disait qu'il venait de la Palestine. On a sollicité l'intervention d'un Saint d'Ouezzane. Ils étaient apparus à la jeune fille au cours d'une nuit d'incubation, comme apparaît Saint Paul de Galatina, dans le Salente, aux tarentules qui viennent demander sa grâce.

 

 

J'ai l'impression de vivre mes activités, et surtout mes émotions de chaque jour à plusieurs niveaux à la fois : celui de la « conscience ordinaire » et celui, plus mystérieux, des états dits de conscience modifiée ; le rêve n'est que le prolongement, de ce qui se vit, à ce niveau là, presque toujours présent dans mes états de veille.

 

 

Le garçon blond de la plonge a dû constater que je suis parfois dans un état un peu étrange, lorsque je passe devant lui ; il me disait hier, gentiment :

- « Alors, aujourd'hui, tu marches pas au radar ? »

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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