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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (48)

21 novembre,

 

 

Je viens tous les jours à la fac, j'y reste du matin au soir. Je suis le seul professeur à fréquenter ainsi l'établissement (sauf ceux qui sont au pouvoir, à la Présidence ; mais ils ont, eux, une vue très différente de la mienne). Je suis par conséquent, en contact permanent avec les étudiants, dans les couloirs à la cafétéria, au restau U (les autres enseignants vont déjeuner en ville).

 

 

La conversation est ma méthode privilégiée, et même unique. Je ne fais jamais de guide d'entretien, encore moins de questionnaire. Les gens qui fabriquent ces outils n'ont pas de contacts réels avec les gens, et à ce manque de contacts, ils ajoutent cette barrière supplémentaire de l'outil. Avec ces outils, et ce qu'ils permettent de recueillir, ils élaborent des discours qui ne dépassent pas la banalité ordinaire, et ne font que la reproduire en ôtant tout ce qui fait la saveur de la vie, de l'immédiat. Quand je désire m'informer, je vais voir les gens qui ont l'information. Si, tout à l'heure, j'ai envie de recueillir un point de vue sur ce que pensent et disent les étudiants, j'irai peut-être voir Maryle et j'aurai avec elle une conversation. Je devrais m'efforcer de ne pas trop me censurer, de ne pas me dire continuellement : «Voila qui fait sérieux et savant, ou au contraire pas sérieux, trop banal et ordinaire ».

 

 

Il y a des jours et des soirs où je n'ai rien à dire, rien à écrire. Et d'autres fois, comme aujourd'hui, j'ai tellement de choses à écrire que je n'ai pas le temps de m'arrêter à la forme. J'écris des choses qui me paraissent essentielles sur le moment, quand j'écris. Mais quand je me relis, les choses rapportées et les idées ont perdu la saveur du temps de leur jaillissement.

 

 

Je dérive continuellement dans la fac, je parle avec les gens, je regarde les attroupements d'étudiants devant des portes fermées aux heures d'ouverture, quelquefois je les vois attendre calmement des profs qui ne viennent pas. Mais je ne peux pas faire ouvrir ces portes, ce qui serait une « action », ni agir pour que les profs absents viennent faire leurs cours, pour qu'ils s'informent sur la réforme, pour essayer de conseiller ou même, simplement qu'ils écoutent quand des étudiants ont besoin d'être écoutés.

 

 

Chez les ethnologues comme Leiris, le Journal n'était encore que la « pré-recherche ». Au bout du voyage, il y avait tout de même autre chose, un article plus savant, un discours ethnologique. Moi, je considère, du moins en ce moment, que mon Journal sera le « rapport d'enquête » définitif.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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