Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
3. L'activité politique publique
Nous n'avons pas cherché à avoir des informations sur la vie interne à Vincennes des organisations politiques et syndicales et pas davantage sur celle des «groupuscules », s'ils se réunissent, s'ils arrêtent collectivement des stratégies, etc.
Nous n'avons pas davantage fait un relevé systématique de leurs manifestations publiques. On donne ici, par conséquent, des impressions d'ensemble.
Il y a les activités de routine qui sont celles des partis et organisations :
- Les conférences assez rares, de dirigeants venus de l'extérieur, comme Juquin, pour le P.C.F, ou Ben Said pour la L.C.R. Cela donne à peu près au maximum, une manifestation par an, en amphi, devant un public limité.
- S'y ajoutent naturellement les ventes militantes de journaux (l'Humanité, Rouge, l'Humanité Rouge...) et les tables de vente avec les brochures dans le souk, ainsi que les rares distributions de tracts signés de ces organisations. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer de l'extérieur, l'ensemble forme une vie politique officielle et publique extrêmement ralentie.
- S'y ajoutent encore des manifestations du type: «Journées de la Palestine» avec films, conférences, brochures et chansons, ou dans le même style : «Journée sur l'Albanie».
Toutes les organisations ont leurs locaux officiels dans l'université.
Dans les AG politiques - au sens, cette fois de la politique universitaire, par exemple dans la grève pour l'abrogation de la réforme - les étudiants étrangers sont les plus nombreux. Ce sont des AG, en 1976, où s'affrontent les organisations instituées : UNEF, LCR, Groupes ML, avec les portes paroles habituels et une grande difficulté d'expression pour les inorganisés.
Cette situation a été caricaturée, en mal, par une AG. périodique des inorganisés avec imitation des ténors d'assemblée selon les tendances ; puis manifestation également périodique dans la fac, avec un pseudo «service d'ordre» pour protéger les marchands sauvages du souk contre les « casseurs ».
Vers la mi-mai 1976, les AG centrales sont à la fois de plus en plus désertées par les étudiants et de plus en plus déchirées par les affrontements des tendances comme partout ailleurs. On n'arrive même plus à « tenir» jusqu'au moment où l'on pourrait voter la reconduction de la grève. Il n'y a plus de votes, faute de votants, et la grève tient par elle-même, sur sa lancée, par l'absentéisme et par un consentement tacite, mais silencieux, du plus grand nombre d'étudiants.
On a signalé toutefois que quelques étudiants de Sciences Juridiques ont manifesté pour la reprise au rond-point des Champs-Elysées, et un étudiant a osé déclarer en AG de droit son appartenance à l'UDR ou sa sympathie pour cette organisation.
Du côté des enseignants, pendant cette grève d'avril-mai, la situation paraissait plus nette. Il s'est trouvé 90 enseignants (sur 800, les autres étant systématiquement absents) pour voter la reconduction de la grève contre l'avis des militants du Snes-Sup qui étaient très peu nombreux dans ces AG (une dizaine environ). Ce qui donne un ordre de grandeur sur les rapports actuels :
- Le Conseil continue de fonctionner dans une optique Snes-Sup.
- Mais il peut se trouver, à l'occasion d'une crise, une majorité qui soutient localement les positions du SGEN-CFDT et fonctionne ainsi comme ensemble, sinon «majoritaire », du moins hégémonique, sans que le conseil tente d'intervenir pour modifier la situation (en mai, le Snes-Sup propose, non pas la « reprise des cours » sous la forme traditionnelle, mais appelle les «activités pédagogiques »).
Toutefois, cette majorité de grévistes tend à se diviser sur la question des examens, qui a du mal à émerger comme enjeu politique spécifique et central selon la perspective « institutionnaliste ».
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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