Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Les débuts de Vincennes
Il faut revenir aux origines de l'établissement Paris VIII, au moment de sa création, après mai 1968.
A ce moment-là, il s'est produit dans le milieu universitaire de gauche - le seul qui nous concerne à Vincennes - une rupture dont les deux pôles extrêmes sont :
- Les Maos de la GP qui préconisent la destruction active de l'université, appareil au service de l'Etat de classes.
- Les Communistes, qui deviennent majoritaires au Snes-Sup au printemps 1969, et qui prônent au contraire la défense de l'institution universitaire. Ils décident de « participer » avec la formule de la «participation critique » dans les conseils de l'université et dans diverses autres instances : CNESER, etc.
Ce clivage se retrouve à Vincennes de manière particulièrement virulente. S'opposent alors :
- les « gauchistes » avec une forte influence « mao » (M.L., militants de la GP, particulièrement nombreux à Vincennes. C'est une tendance radicalement anti-participationniste, comme l'est également l'AJS ; P. Broué, au Snes-Sup représentait cette tendance là, qui n'est que peu représentée à Vincennes.)
- les militants du PCF. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir participer : des gens comme M. Beaud, qui a publié un livre sur Vincennes, ou M. Rebeyrioux (ex PC) sont au conseil et on parle un moment à Vincennes de «participation de charme ». Côté étudiants, il y a eu report massif à Vincennes des ex-militants gauchistes de Nanterre, et autres.
Le clivage devient spectaculaire avec les élections pour le premier conseil de gestion. On est au bord de l'affrontement physique. Il est évité. A partir de là, la violence politique à Vincennes sera une violence symbolique.
Le clivage restera une donnée permanente de Vincennes, mais au niveau de l'idéologie. Au plan organisationnel, de plus en plus le Conseil de l'Université sera accepté dans les faits dans la mesure où le gauchisme d'après mai se dissout (établissement en usine de la GP, etc.) ou bien vire au corporatisme (anciens militants centrés dans la petite bureaucratie de Vincennes).
Du point de vue institutionnaliste, il en reste pourtant une trace : l'oscillation entre une tendance à la normalisation de Vincennes (PC: défense des diplômes nationaux, normalisations relatives des contrôles en tenant compte des dérogations qui impliquent l'absence d'examens terminaux, les non-bacheliers, etc.) et une tendance, faible, à la marginalisation institutionnelle (comme en philosophie, où la perte du diplôme national est due à un accident de parcours, l'affaire J. Miller, plutôt qu'à un choix délibéré. C'est ensuite que la tendance marginale y prend consistance). Au milieu, une position de compromis comme au département de sociologie par exemple.
Dans la distribution des hégémonies politiques au niveau des départements, un autre clivage se dessine ou plus exactement se confirme :
- forte influence du PCF dans les langues, en psycho...
- mais influence quasi nulle du PCF dans les Sciences Sociales (une montée du PCF finit par être éliminée en Economie Politique en 1972).
Cela donne une carte politique de Vincennes et par conséquent syndicale, recouvrant la carte pédagogico-universitaire des unités d'enseignement (UER - départements).
Du point de vue syndical, au début, le Snes-Sup est largement dominant devant le SGEN. C'est un Snes-Sup unifié, organisé pour l'ensemble de l'université, avec une majorité opposée au bureau national en 1969 (quand se produit un renversement de tendances). Mais ensuite les minoritaires Snes-Sup de Vincennes, qui deviennent majoritaires sur le plan national, vont s'organiser sur la base des UER (Snes-Sup Langues) et laisser la formule centrale aux autres (Snes-Sup 1, qui finira par péricliter rapidement).
Voilà le contexte issu des débuts de Vincennes. Il va évoluer ensuite, ce contexte, pendant huit ans (1968-1976) qui seront caractérisés par le déclin des organisations gauchistes, la stabilisation du PCF, du Snes-Sup avec sa nouvelle majorité, la montée relative de l'UNEF-ex Renouveau du SGEN-CFDT.
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
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