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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Georges Lapassade : De Vincennes à Saint-Denis. Essais d'analyse interne rééd en ligne (100)

23 juin

 

 

Hier soir, Yves me parlait de l'ethnométhodologie, et il a bien vu que je ne l'écoutais pas très attentivement. Je l'avais pourtant averti que j'étais fatigué. Mais :

 

 

- Si je te parlais de Christiane D., m'a-t-il dit alors, un peu agacé peut-être, tu te réveillerais aussitôt. Au fond, c'est l'institution qui t'intéresse !

 

 

J'ai protesté, mais pour la forme seulement. Je ne lui ai pas dit que mon intérêt pour la vie quotidienne de notre institution pouvait relever aussi d'une démarche ethnométhodologique combinée avec d'autres. Et que la tâche n'était pas seulement de participer aux anecdotes de tous les jours, aux réunions, à l'administration, aux intrigues des clans, mais aussi, et en même temps, de chercher à définir une méthode pour traiter ce terrain «institutionnel ».

 

 

Or, cette année, précisément, je me suis intéressé à l'ethnométhodologie sous cet angle là, mais pas pour y chercher une nouvelle « philosophie ». Mais Yves, et il n'est certainement pas seul, ne voyait pas le rapport entre mon activité institutionnelle dans la fac et les «leçons » de Garfinkel. Pourtant, nous avions décidé avec lui, au cours d'une réunion précédente, que le numéro de la revue Pratiques de formation sur l'ethnométhodologie, dont il a la charge, porterait sur des enquêtes.

 

 

 

Je suis très intéressé par le livre de Patricia Garfiels sur la créativité onirique. J'ai lu, page 37 de la traduction française, ceci : « Une confrontation réussie avec un ennemi onirique effrayant, qui nous donne le sentiment de pouvoir résoudre nos problèmes, nous encouragera à avoir d'autres rêves de ce type ». Et j'ai pensé alors à mes rêves de l'hiver, quand j'avais des difficultés avec les dirigeants de notre UER de psychologie, pour la mise en place du DEUG. Ces rêves m'aidaient à «travailler » l'institution, en me travaillant.

 

 

Un peu plus loin dans la page 37 : « Nous pouvons constamment nous encourager à rêver, du sujet qui nous intéresse et obtenir des rêves s'y rapportant ».

 

 

Ces passages sont extraits d'un chapitre sur les «rêves culturels » des Amérindiens. Comme les Grecs de l'Antiquité, ils apprennent à diriger leurs rêves en fonction de certaines normes et techniques propres à leur culture. L'auteur montre que nous avons perdu, si nous les avons possédées un jour, les techniques sociales de travail avec les rêves ; elle propose de les retrouver et de les utiliser.

 

 

Or, c'est un peu ce que j'ai fait cette année et j'avais l'impression, ce faisant, de mettre au point une technique d'analyse institutionnelle de mes implications dans le jeu de la fac et dans l'action de tous les jours. De la notion, proposée par des auteurs américains des «rêves culturels », je passe à celle de « rêves institutionnels » : ce seraient des rêves qui trouveraient leur place dans le travail de l'analyse interne, comme j'ai essayé de le faire.

 

 

 

Ce petit colloque intérieur sur l'usage des rêves dans l'analyse institutionnelle est peut-être un moyen pour faire se rejoindre mes deux activités intellectuelles jusqu'ici disjointes : mon travail sur l'institution, d'une part, et d'autre part mon travail sur les nouvelles approches de la « conscience ».

 

 

 

Georges Lapassade


Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

 

voir : http://journalcommun.overblog.com

 

et : http://lesanalyseurs.over-blog.org

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