Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Communication de Michel Debeauvais
Bonsoir à toutes, à tous, à chacune et à chacun,
Voici la communication de Michel Debeauvais lors du quarantième anniversaire de l’Université de Paris 8 – 11, 12, 13 mai 2009.
Bonne lecture,
Bernard Jabin
Université de Paris 8 – 11, 12, 13 mai 2009
Quarantième anniversaire
Les universités au temps de la mondialisation
L’ÉDUCATION POUR TOUS ET LES OBJECTIFS
DE DÉVELOPPEMENT DU MILLÉNAIRE :
UN ENJEU POUR PARIS 8
Michel Debeauvais
Université de Paris 8
Professeur émérite
Une des vocations de Vincennes depuis ses débuts a été l’étude du monde contemporain. Le monde a changé depuis 1968. Ces évolutions font aussi partie de cette vocation. Ma contribution porte sur l’évocation rétrospective de ces itinéraires, sous l’angle limité de mon expérience personnelle des quarante années vécues à Paris 8, où j’ai beaucoup appris. Avec ma boussole empruntée à Valéry : ‘deux dangers menacent le monde : l’ordre, et le désordre’.
Mon témoignage est donc partiel et partial, rétrospectif et prospectif, et bien sûr subjectif.
Dans une première partie, j’évoque plusieurs expériences liées à la coopération internationale, dans le domaine des sciences de l’éducation, particulièrement de l’éducation comparée et de l’analyse des politiques éducatives.
La seconde partie aborde l’état actuel des programmes mondiaux de l’Education pour tous et des Objectifs de développement du Millénaire, en soulignant les perspectives de coopération universitaire visant à une analyse critique des programmes gouvernementaux et du fonctionnement des systèmes scolaires.
Les références bibliographiques retracent les principales étapes des travaux auxquels j’ai collaboré dans le cadre de Paris 8, et des coopérations internationales qui y ont été associées. Ces documents, limités à ceux que j’ai conservés en format « word », n’avaient pas encore été rassemblés. Ils sont une contribution aux archives de Paris 8, et, j’espère aussi, de ses ‘mémoires d’avenir’ comme nous avions dénommé une Association créée par Madeleine Rebérioux dans les années 90 pour les Colloques du trentième anniversaire.
Première partie
Je me limite à rappeler les relations qui ont été établies dès les débuts du Département des sciences de l’éducation avec les universités étrangères et plusieurs Organisations internationales dans le champ des comparaisons des systèmes éducatifs et des politiques d’éducation. Des informations complémentaires se trouvent dans les références mentionnées in fine.
Dès le début du Département des sciences de l’éducation, des relations de travail ont été établies avec des Universités étrangères et des Organisations internationales : les Organismes de la Francophonie (Agence de coopération culturelle et technique de la Francophonie (ACCT) et l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) qui lui a succédé, Association des Universités francophones (AUF), UNESCO, Institut international de planification de l’éducation (IIPE), Bureau international d’éducation (BIE), Bureau International du travail (BIT), OCDE et son Centre de développement., l’Association francophone d’éducation comparée (AFEC), le Conseil mondial d’éducation comparée (CMAEC/WCCES). Les références bibliographiques témoignent des travaux effectués par le Centre d’études des politiques d’éducation (CEPE) créé par le Département des sciences de l’éducation (ultérieurement rattaché au Centre de recherches sur les innovations et les politiques éducatives (CRIPPE). Les modes d’organisation souvent informelles sont une caractéristique des avantages comparatifs de Paris 8 ; c’est souvent ce qui a permis de multiplier les collaborations internationales, les rencontres et les colloques sans attendre les résultats des démarches pour leurs financements.
C’est ainsi que l’équipe de recherche du CRIPPE « Politiques éducatives en Afrique » a fonctionné depuis 1991, en partenariat avec le Groupe d’étude sur l’éducation en Afrique Francophone (GRETAF) qui comporte maintenant des Sections nationales en Afrique.
Des stages de formation en Afrique et en France (à Paris 8) ont été organisés chaque année depuis 1991, sous des formes évolutives. Ce Groupe d’étude qui avait été créé au sein de l’Association Francophone d’Education Comparée AFEC en 1991, est devenu en 1995 une Association internationale, le GRETAF, qui a suscité à son tour la création de Sections nationales autonomes fonctionnant en réseau. Le GRETAF s’est engagé dans la coopération avec les ONG nationales travaillant dans le champ de l’éducation dans les pays du Sud (Coordination Sud), et avec les ONG internationales au sein du Groupe ONG-EPT/NGO-EFA dans le cadre de l’UNESCO.
C’est à Paris 8 qu’a eu lieu en Mai 2002 un Colloque international préparé par deux
Journées d’étude sur le thème « L’éducation de base pour tous dans la Francophonie, à l’heure de la mondialisation ».
Deuxième partie
Le programme mondial « Education pour tous » adopté en 1990 par la ‘communauté
internationale’ (et renforcé en 2000 à Dakar pour la période 2000-2015) a été le thème central des recherches du GRETAF, de ses Colloques et Ateliers internationaux et de ses relations interuniversitaires. Nous avons suivi et analysé les évolutions du programme EPT, formulé des critiques et des propositions portant sur les textes internationaux et les politiques d’aide, élaboré des indicateurs nouveaux et assuré un suivi des plans EPT dans les pays d’Afrique francophone, avec la participation d’éducateurs et d’universitaires des Sections africaines du GRETAF.
Tous ceux qui participent à ces travaux, sur la base du volontariat lorsque les financements font défaut, considèrent que des programmes mondiaux tels que l’EPT sont un moyen de s’engager activement dans les Objectifs de développement du Millénaire (ODM).
Je ne suis que l’un d’entre eux, et j’évoque ici, à titre personnel, quelques réflexions d’étape dans mon itinéraire, dont une grande partie des quarante dernières années s’est située dans le cadre de Paris 8. Ce qui m’avait conduit à quitter les organisations internationales pour me plonger dans l’expérience de Vincennes, c’était la volonté de participer à une innovation où tout était à inventer, dans l’esprit de Mai 68.
Progressivement, les mêmes valeurs m’ont amené à faire un autre apprentissage : comment apprendre à devenir un ‘citoyen du monde’ ? Penser mondialement, agir localement, dit-on ; on pourrait aussi dire : penser local, agir mondial.
C’est dans le cadre mondial des Nations Unies que se débattent les grandes questions planétaires, que les conditions d’un développement humain durable pour tous sont analysées de façon permanente par la communauté scientifique internationale. Les Nations Unies représentent le forum permanent où toutes les Agences des N.U. sont en dialogue avec tous les Etats, et progressivement avec les ‘organisations de la société civile’ dont les Universités et les ONG sont considérées comme des partenaires. On est au stade d’une ‘coopération conflit’ (F. Perroux), où les résolutions internationales adoptées en commun, et accompagnées de plus en plus souvent par des programmes communs et financés, sont des compromis résultant de négociations préliminaires entre les N.U. (et ses Agences) et les Etats membres.
Le rôle des ONG y est encore faible (sauf dans la défense des droits de l’homme), et les Universités sont davantage utilisées comme des ‘réserves d’experts’ que comme des partenaires à part entière. Quelques réseaux universitaires se sont formés pour travailler dans le cadre des N.U. et de ses Agences et faire entendre leur propre voix, mais ils sont encore dispersés et trop peu actifs.
Et cependant la contribution des Universités à ces programmes mondiaux, tels que « Education pour tous » et « Objectifs de Développement du Millénaire », pourrait être un enjeu important : sur le plan des recherches, des formations, des analyses critiques de ces programmes, des partenariats Universités-ONG, des débats publics et des publications.
Dans ce but, les Universités et les universitaires peuvent mettre à profit leurs ‘avantages comparatifs’ et leurs ‘marges d’autonomie’.
Recherches :
La plupart des recherches sur les programmes mondiaux (beaucoup trop peu nombreuses) sont faites par des « experts » (le plus souvent des universitaires) qui travaillent dans les limites des termes de référence de leurs contrats. Beaucoup de recherches ‘libres’ pourraient être entreprises par des Universités et/ou des universitaires.
Formations :
Les programmes mondiaux se réfèrent souvent au rôle des Universités dans la formation des enseignants, mais sans aborder les thèmes de la contribution de ces formations aux objectifs de développement du Millénaire (ODM). Les Universités ne manqueraient pas de moyens pour prendre des initiatives dans ces domaines.
Analyses critiques des programmes mondiaux :
Dans le cadre de l’EPT, l’UNESCO publie chaque année un important « Rapport de suivi de l’Education pour tous ». (Il en est de même de la plupart des Agences des N.U.). Ces rapports pourraient être analysés et commentés par les Universités et les universitaires. Ils rempliraient ainsi un rôle critique actif, complémentaire dans le dialogue limité aux Agences des N.U. face aux gouvernements seuls à parler au nom de leurs pays.
Partenariats Universités-ONG :
Les ONG internationales, nationales et locales souhaitent faire connaître leurs expériences, mal connues et souvent mal communicables. Des partenariats avec les Universités permettraient de produire des descriptions systématiques portant aussi sur l’évaluation de leurs résultats et de leur réplicabilité. Les programmes mondiaux actuels manquent de diagnostics s’appuyant sur des études de terrain reflétant les situations des groupes les plus défavorisés. Les méthodes d’enquête que savent pratiquer les chercheurs peuvent faire mieux entendre les voix de ceux qui ne sont pas consultés sur les programmes de développement les concernant.
Débats publics :
Les Universités peuvent prendre une part importante dans les débats publics (encore
trop rares) sur les grandes questions du développement mondial. Il manque des espaces de débat pour que les organisations de la ‘société civile’ débattent des questions qui les concernent et pour lesquelles les plans et recommandations soient confrontées aux situations des populations concernées. Ces débats sont essentiels pour les progrès du fonctionnement des démocraties devant des questions de plus en plus complexes. Les Universités peuvent y contribuer en utilisant leurs méthodes pour faire progresser les connaissances : le débat argumenté entre les chercheurs peut servir de modèle pour les débats publics confrontant les opinions de tous les intéressés.
Publications et diffusion :
Mettre les informations à la portée de tous est un objectif chaque jour plus réalisable, et ce sont des chercheurs qui ont inventé l’internet, devenu l’outil planétaire de la communication. Pour l’usager ‘de base’, les citoyens, la question est : comment trouver facilement les informations fiables sur les questions qui les concernent, et les débats contradictoires permettant à chacun d’exprimer son opinion. Les Universités, qui fonctionnent sur la base de publications écrites et de colloques, peuvent aussi jouer un rôle dans la diffusion non commerciale des informations et des documents dans les domaines concernant les citoyens, comme elles ont déjà entrepris de le faire pour les étudiants dans le domaine des formations.
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