Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Cher Benyounès
Le forum des diaristes ... Quelle idée excellente... Le passage de l´oral à l´écrit....Tu parles de la richesse du journal des explorateurs– c´est toujours une exploration de la richesse du vécu-conçu, comme dirait Lefebvre. Le vécu et ses ouvertures au conçu. ...Quand tu parlais du journal, tu te rapportais à ce travail que je fais à Mangueira, communauté pauvre à Rio de Janeiro. Tu parlais de l´en commun dans les échanges journalistiques. Dans tes commentaires, il me semble que tu as bien repéré cet en commun qui se fait au moment du travail sur le terrain, un moment unique toujours en train de se faire, complexe. Les différences en jeu donnent une compréhension de communauté, pas comme homogénéisation, ni comme un effet des propositions identitaristes qui rebondissent pour se transformer en plusieurs autoritarismes en se transformant en plusieurs autoritarismes. Alors, communauté est une praxis où les différences, des tensions, des conflits en jeu participent à un processus complexe, riche, contradictoire.
Mangueira est un tissu traversé par plusieurs mondes, qui peuvent donner une idée des trames et des drames dans la construction de l´en commun. Là, à partir de l´oral, de l´histoire orale, nous construisons une histoire en commun. Je suis d´accord avec l´historien italien Alessandro Portelli qui défend la présence radicale de l´histoire orale du XXI siècle. L´histoire orale est une extension de la politique. Mangueira, à travers l´histoire orale, se potentialise dans le présent et cherche des mutations. J´ai un journal qui accompagne mon travail sur le terrain. C´est un journal d´exploration. Je trouve cette dénomination géniale. Avec lui je voyage, j´essaie de trouver d´autres territoires pour la politique et pour les rêves. C´est la lucidité des rêves qui compte. Cette expérience avec l´histoire, l´histoire orale, l´histoire orale de vie en commun ouvre un champ d´expériences. Nous sommes en train de faire un livre pour raconter l´histoire de la communauté Mangueira. C´est le passage de l´oral à l´écrit où le journal joue aussi un rôle important. Ce sont des moments de mémoire qui se croisent où l´en commun sur le terrain joue un rôle indispensable. En t´écrivant, j´ai commencé à penser au journal et à ses rapports avec l´histoire orale, entrelacés par la richesse du commun. Il faut remarquer un temps de la mémoire, des arts de la mémoire, les différents arts. Celles de narrer, celles d´écrire, les jeux de la mémoire qui travaillent en établissant des alliances avec un temps multiple qui sert au présent, au combat, une fiction du présent. Les agoras présentes, soit dans le journal, soit dans l´histoire orale nous mettent en contact avec une sorte de matériel qui ne se préoccupe pas, comme dirait Benjamin, de la façon dont les choses se sont réellement passées. Cela nous conforte parce qu´on a toujours de la chance de re-écrire l´histoire. Les habitants de Mangueira, qui connaissent pas mal de la violence étatique, violence qui essaie depuis longtemps d´exterminer leurs vies, ont l´opportunité d´intervenir, à travers l´histoire, dans la réalité si belligérante de nos jours.
Je te suggère, quand tu feras des références aux articles qui sont dans la revue Les IrrAIductibles, de les citer dans la bibliographie. Cette revue mérite que nous nous rappelions toujours d´elle pour son travail en commun dans le monde éditorial.
Je t´embrasse
Lúcia Ozório
http://lesanalyseurs.over-blog.org