Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Pour qui écrit-on ?
A quoi peut alors servir mon journal ?
Je ne sais pas. Je ne peux pas répondre.
Je ne le diffuse pas dans la fac. Mais j'en ai diffusé 20 copies (pour les 30 premières pages) à notre rencontre interuniversitaire de Dauphine. Ce faisant, je ne me proposais pas d’informer les gens présents à cette réunion sur les éventuels résultats d'une recherche. Je voulais seulement faire une sorte de brèche dans le cérémonial de la recherche, ou peut-être, plus simplement, offrir à mes collègues réunis sur le même thème des « Transitions » ma participation à cette recherche.
Je donnerai certainement à Michel Debeauvais l'intégralité de mon journal pour transmission éventuelle au commanditaire de cette recherche.
J'ai probablement exagéré la singularité de ce journal. Je sais bien que tous ceux qui en ethnologie, font un journal de route ne procèdent pas autrement. Et souvent, même, ils décrivent beaucoup plus la totalité de leur vie, alors que je veux m'en tenir dans ce journal à ma vie professionnelle dans l'institution.
La différence tiendrait plutôt au fait que leur journal n'est que le complément d'une recherche qui aboutit à une autre production, laquelle seule est présentée comme scientifique.
Je pense à Michel Leiris que je cite souvent comme exemple. En 1931-33, il participe à la Mission Dakar-Djibouti dirigée par Marcel Griaule et il tient le journal de ce voyage qu'il publie en 1934 sous le titre de L'Afrique fantôme (1). Mais il publie aussi par ailleurs, des résultats de cette recherche et par exemple une étude sur les possédés de Gondar (Ethiopie). Or, dans cette étude, transcrire les noms des gens et des lieux, procédé qu'il n'utilise pas dans le journal. Il a aussi deux éditeurs et deux supports : l'un, littéraire (Gallimard) pour L'Afrique fantôme, l'autre «scientifique»: la revue L'Homme, chez Pion où parait son étude sur les aspects théâtraux de la possession à Gondar. Or moi, par contre, je n'ai pas d'autre production que ce journal pour la recherche Transition, pour le moment en tout cas.
Mais ça peut changer, on ne sait pas encore. Il est possible que je me décide à rédiger un ou des textes sur l'expérience en cours à Paris VIII telle que je la vois, et que je donne à cette rédaction une autre forme, qui serait plus proche alors du genre «rapport de recherche». Le journal y trouverait un autre statut, plus proche de celui que Mauss recommandait (mais qu'on pratiquait d'ailleurs bien avant lui). Il deviendrait un document d'accompagnement.
(1) Voir le travail de René Lourau sur L'Afrique Fantôme, dans ce même numéro de Pratiques de Formation
Georges Lapassade
Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech
voir : http://journalcommun.overblog.com
et : http://lesanalyseurs.over-blog.org