Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Point de vue de Michel Lobrot. A propos de l'entretien avec Remi Hess

 

Point de vue de Michel Lobrot

A propos de l’entretien avec Remi Hess

 

 

Le  07 03 2009              

 

Michel Lobrot  aux membres des IrrAIductibles

 

Chers amis,


Je viens de lire avec attention le texte produit par Rémi Hess à l’occasion d’un entretien fait en Novembre 2006. Je regrette de n’avoir pas connu ce texte à l’époque où il a été produit, ce qui  m’aurait donné l’occasion de répondre alors aux conceptions de Lourau et de Lapassade. Je réagis maintenant, un peu tard malheureusement.

 

La thèse qui est exposée ici n’est pas nouvelle. Elle a été exposée par Lapassade dans L’Analyseur et l’analyste en 1971, alors que son auteur voulait faire une critique radicale du mouvement des groupes dits de « dynamique de groupe » et se dissocier de lui. Depuis, il n’a pas arrêté, avec Lourau, d’élaborer une doctrine qui explicite ce rejet,  laquelle est brillamment exposée dans cet entretien.

 

Le fond de la thèse est ce qu’on appelle, dans l’école en question, l’implication ou l’analyse de l’implication.

 

 L’implication est définie comme l’appartenance institutionnelle du sujet considéré ou son vécu institutionnel, etc. L’analyse de l’implication consiste, comme le dit Rémi, à analyser le dispositif dans lequel je me trouve ou encore, comme il est dit dans le texte « Expliciter ma place, expliciter ce que je suis, la position complexe que j’occupe ».

 

Et certes, l’analyse et la connaissance de mon contexte institutionnel, sont utiles et nécessaires, surtout quand je veux vivre une expérience autogestionnaire.

 

Cependant, la thèse ne se ramène pas à cette idée. Elle va beaucoup plus loin et vise à affirmer, plus profondément, que nous sommes tous, en fin de compte, les produits de l’espace institutionnel dans lequel nous sommes insérés. Cet espace nous forme, imprime en nous ses caractéristiques, nous définit. Donc – conclusion pratique - toute formation ou travail sur le sujet ne peut consister qu’à analyser, approfondir, dénoncer (grâce aux analyseurs) ce contexte institutionnel, qui nous détermine radicalement. C’est ce que fait l’analyse institutionnelle depuis des décennies.

 

Bien que Durkheim soit maltraité dans ce texte, je n’hésite pas à traiter cette thèse de durkheimienne. Elle l’est vraiment, et on s’en aperçoit quand on lit le passage de Remi qui commence par « est-ce qu’un professeur autoritaire vous forme un caractère autoritaire ?  ».

 

Simplement, allégrement si je puis dire, sans se soucier des milliers d’expériences qui prouvent le contraire, Remi affirme que le petit Comorien ou Tunisien sera dans sa tête « un petit foundi », c'est-à-dire le produit de la formation islamique qu’on veut lui inculquer. A aucun moment, on ne se demande si le petit Comorien ne va pas se soumettre en apparence, tout en résistant intérieurement, s’il n’est pas influencé par son copain catholique qu’il rencontre à l’école ou dans la rue (il y a beaucoup de Comoriens catholiques), etc. Non, il est forcément, automatiquement un « petit foundi ».

 

 Entre parenthèses, si cette thèse est vraie, on ne voit pas comment l’humanité a pu réussir à faire le moindre progrès. On devrait répéter indéfiniment les mêmes choses.

 

Des années de réflexion et de recherche sur ce problème, qui vont m’amener prochainement à écrire un livre sur ce sujet, m’ont apporté les convictions suivantes :

 

1 – La plupart des formations personnelles que chacun de nous porte en lui et qui déterminent son insertion institutionnelle actuelle, son vécu au quotidien, ont été acquises des années avant, souvent dans l’enfance, dans un contexte qui n’était pas nécessairement institutionnel ou dans lequel les acteurs ne jouaient pas leur rôle institutionnel. Par exemple, l’auteur d’un livre sur le sentiment d’insécurité montre que les personnes qui échappent à ce sentiment sont celles qui ont des amis hors de leurs groupes d’appartenance (famille, profession, voisinage, etc.).

 

Non seulement cela, mais les convictions ou idées ou sentiments auxquels le milieu non-institutionnel nous fait adhérer renvoient souvent eux-mêmes à des événements situés des siècles en arrière. Par exemple, les Chrétiens ou les Islamistes, qui vivent dans des mondes imprégnés de modernisme, adhèrent à des doctrines ou ont des pratiques qui remontent au moins à mille ans en arrière. Pourtant, ils vivent au milieu des voitures et prennent l’avion.

 

Par milieu non-institutionnel, j’entends ce type de milieu que Lourau semblait ignorer dans son livre sur L’analyse institutionnelle (1970), à savoir les milieux issus de rencontres ou relations non soumises à une procédure institutionnelle, milieux spontanés, souvent informels, mais qui peuvent se maintenir ou se renouveler. Pour Lourau, tout phénomène social est institutionnel. C’est dit explicitement dans le livre. Cela aussi est faux et  durkheimien.

 

2 – Les formations acquises au cours de la vie et qui ont tendance à persister rentrent en conflit avec les pressions institutionnelles actuelles. Le chrétien ne sait plus quoi faire avec les condamnations du pape  concernant les « capotes  anglaises ». On ne comprend rien si on se contente d’analyser les contraintes subies par les Chrétiens dans leur sexualité quotidienne. Il faut aussi tenir compte de l’attachement qu’ils ont à un pape qui remonte à Saint-Pierre.

 

3- Le travail sur le dispositif, que chacun fait plus ou moins et que les tenants de l’analyse institutionnelle font systématiquement, n’apporte souvent pas grand-chose, tout simplement parce que ce dispositif est dur comme le roc et surtout parce que chacun a sa façon à lui de s’en distancer, voire de s’en libérer. Les influences que nous subissons, et qui ne passent pas par des voies institutionnelles, sont innombrables. Ce sont elles qui nous poussent soit à adhérer complètement à ces dispositifs soit à les rejeter. Ce n’est pas le dispositif lui-même qui détermine cet engagement. Le dispositif n’est qu’un corps mort, un résidu. L’utilisation des préservatifs pose des problèmes qui vont bien au-delà des techniques de contraception.

 

D’une manière générale, la conviction que j’ai maintenant après des années de travail, est que les réseaux sociaux qui assurent la vie institutionnelle sont profondément distincts des réseaux sociaux qui assurent notre formation, qui nous influencent, qui créent nos personnalités. Il est donc faux de proposer, comme le fait Lapassade, de travailler sur les premiers pour modifier les seconds. Cela ne peut aboutir qu’à des échecs, que les penseurs de l’analyse institutionnelle, comme Lapassade, reconnaissent d’ailleurs honnêtement, dans des livres somme L’arpenteur, Le bordel andalou, Les chevaux du diable, etc. Il faut les lire pour percevoir les contradictions dans lesquelles se sont inférés ces néo-durkheimiens institutionnalistes.                           

  

               

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article