Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
13 h, AG. dans l’amphi X (Paris 8)
J’espérais retrouver mes étudiants de Deug. Ils ne sont, ni dans la salle de cours, ni dans l’amphi, qui se remplit tout doucement.
-Le CPE n’est pas notre horizon, dit un étudiant.
Un étudiant se fait rappeler à l’ordre, lorsqu’il parle d’internationaliser le mouvement.
- Qu’est ce qu’un travail correct ? Qu’est-ce que le marché du travail aujourd’hui ? Que sera-t-il dans cinq ans ? Qu’est ce que le travail ?
Toutes les personnes présentes sont dans l’oralité. Je suis le seul à prendre des notes, à écrire.
Il y a actuellement 180 étudiants dans l’amphithéâtre.
- Que voulons-nous collectivement ?
- Peut-on éradiquer la précarité ?
- On pourrait demander la libération de tous les jeunes emprisonnés. On critique Villepin, Sarkozy, mais que peut-on proposer ?
Un intervenant se présente comme membre de la Ligue trotskiste. Il se met à lire un long texte :
- Il ne comprend pas ce qu’il dit !
- Les gars entrent et sortent. Qu’est ce que l’on fait ? Doit-on voter la grève ?
- Si on est là, c’est qu’on est en grève !
- Il y a des cours qui ont lieu !
- Les profs font cours. J’ai été demandé à un prof de soutenir le mouvement. Il m’a dit : «Chacun fait ce qu’il veut ! ».
- Cela pénalise les étudiants qui sont dans le mouvement.
Le trotskiste ne sait pas improviser. C’est un manque de formation. Ce qu’il voulait dire serait peut-être passé, s’il avait tenu compte du climat du groupe présent.
- Faut-il bloquer la fac ? Les cours ?
- Si on va dans les cours pour bloquer, il va falloir justifier. Que dire pour justifier notre intervention ? Il faut envisager des thèmes, qui soient porteurs et plus larges que le CPE.
- Cela peut-être utile de temps en temps de perdre une année…
- Il y a des profs qui sont pour le CPE. Il y a des étudiants qui sont pour le CPE. Il faut les respecter.
- Moi je suis de Paris I. Je n’ai trouvé aucune affiche, pour annoncer cette AG. Je trouve que les responsables sont inconséquents. Il faut mettre des affiches !
- C’est une AG improvisée.
- Ah bon ! Comment organiser la grève générale ?
L’amphi continue à se remplir. 300 personnes sont là, maintenant.
Je fais une intervention sur l’idée de grève générale. Il y a déjà grève générale. Je décris comment j’ai vécu la manif d’hier, comment je l’ai perçue comme une lame de fond, une articulation d’implication globale et d’implication singulière, particulière. Les ouvrières de la CGT étaient regroupées par entreprises. Ils étaient nombreux les groupes, qui avaient vécus des conflits récents avec l’Etat : EDF, GDF, Air France, etc. J’ai senti un mouvement qui avait des composantes à la fois nationales, mais aussi locales et internationales.
Je suis applaudi.
- Le nombre de personnes présentes dans l’AG devient important. Pourquoi abandonne-t-on nos cours ? Pour agir ! Je propose que l’on se lance dans l’action. Il faut aller bloquer une poste, ou aller bloquer une entreprise. Il faut conduire le gouvernement à la chute. L’AG doit faire une proposition qui gène. Il faut agir. Maintenant ! On pourrait s’installer à un carrefour.
- Je ne suis pas contre l’action, mais attention de ne pas retourner la population contre nous !
- Je propose une action à Colombes, à la cantine d’Alcatel. Il y a des tracts.
- Je propose d’aller tous à la Sorbonne. Et de cerner ce lieu historique, maintenant militarisé.
- On ne peut tolérer l’occupation de la Sorbonne par la police. On a accepté l’occupation de la police. C’est insupportable.
Un étudiant irlandais parle dans sa langue. Il est traduit.
- Je salue votre mouvement qui s’affronte à l’impérialisme et au capitalisme français. Il faut s’opposer à l’occupation de l’Irak. Je propose de construire un vrai parti ouvrier.
- Je propose d’aller bloquer l’autoroute : une telle action est possible. Cette proposition avait été faite au lycée Paul Éluard.
- Une plateforme a été rédigée. Il faudrait la discuter et la voter.
- Moi, je suis de Tolbiac. Il me semble que les directions syndicales sont contre la grève générale.
- Si on bloque le pays, les seuls perdants, ce sera nous. C’est le peuple qui sera bloqué. Il faut déplacer les manifs chez Villepin. On est contre des personnes qui gèrent l’Etat contre nous.
- L’Etat est devenu l’instrument d’un petit groupe. L’Etat, c’est nous !
- Si la loi est passée, c’est que deux personnes se disputent pour devenir président de la République. Je propose de bloquer ces gens-là, en allant occuper leur domicile.
Une étudiante parle du Parlement, comme l’assemblée générale.
J’ai oublié de noter que j’ai dit qu’il fallait développer les actions locales.
- Je propose de diversifier les slogans. Ne pourrait-on pas attaquer la politique d’immigration du gouvernement ! Je veux qu’on diversifie les slogans. C’est toute la politique du gouvernement, qu’il faut attaquer.
- Il faudrait penser à l’heure qui passe. A 3 h, certains d’entre nous doivent aller à la coordination…
Un étudiant noir veut que l’on parle des étrangers.
Les « animateurs » de l’AG lui coupent la parole. Il faut voter la plateforme !
- Je ne suis pas venue pour entendre les gens se disputer, dit une étudiante.
Quelqu’un se décide à lire la plateforme qui comporte les revendications globales et des revendications locales.
Parmi les propositions, sa demande de réduire de 70% le salaire des Ministres.
L’AG éclate de rire.
Je demande un exemplaire de la proposition de plateforme.
- Je propose de rajouter la suppression des lois Perben 1 et 2.
L’amphi X est plein.
- Vous ne trouvez pas que l’on exagère. On ne peut pas inscrire toutes nos revendication personnelles. Sur cette liste, vais-je demander que l’on supprime l’arme nucléaire ?
- Pourquoi pas !
- On passe au vote !
- Non ! on continue la discussion !
(Même débat que la semaine dernière).
Les animateurs du mouvement veulent voter leur mandat. Cela n’intéresse pas l’AG…
Une minorité lève la main pour le blocage de la fac. Les gens qui animent l’AG décident que la majorité de l’AG est pour le blocage demain matin… C’est absurde. Pourtant, les étudiants restent dans l’AG.
Remi Hess
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