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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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Qu'est-ce que l'analyse institutionnelle? Penser, agir après la mort de René Lourau (6)

Dans le train, jeudi 18 mai 2000, 9 h


Je vais au colloque de l'ADECE. Je suis en seconde. C'est infernal. Tous les voisins ont des portables. J'ai du mal à me concentrer pour écrire. J'ai lancé des pistes pour amorcer ma conférence de demain matin sur les échanges de classes, mais impossible de trouver un calme minimum pour écrire. Je me demande si l'on ne pourrait pas imaginer des wagons interdits aux portables…


Je suis parti saluer Louis Porcher (que je ne connaissais pas) et Dominique Groux, qui sont dans un wagon voisin. Un jeune, qui dit galérer, ne cesse de téléphoner dans la France entière en ne cessant de dire, "je baise ta mère", "je baise ta grand-mère", "je la scotsche", "ta mère, c'est une piste d'atterrissage", etc. Je voudrais profiter du voyage pour noter les derniers incidents concernant l'AI.


La semaine dernière, j'ai passé deux jours avec Christine Delory à Montpellier, déjà. Nous y étions avec J. Demorgon, N. Carpentier et quelques autres (Bruno Mattéi) pour animer l'atelier L'école face au mondial du colloque Penser la mutation organisé par Cultures en mouvement.


(Long développement sur le DEA de Paris 8. Je coupe).


Valence est déjà passé. C'est formidable la vitesse, lorsque l'on parvient à se concentrer sur quelque chose. Je vais abandonner Paris 8 pour revenir à Jean-François Raguet. De la pourriture est un livre fort. J'ai téléphoné à l'auteur pour le féliciter. Certes, il m'égratigne injustement comme beaucoup d'autres, mais globalement l'idée centrale est juste: la réédition du Dictionnaire des philosophes correspondait à une entreprise de liquidation de la pensée des auteurs, influencés par le mouvement de mai 1968. De plus, cette purification idéologique a pris parfois des formes de pudibonderie assez loufoques… On supprime l'information que Plotin a tété le sein d'une nourrice jusqu'à l'âge de huit ans; on édulcore les bêtises d'Augustin, avant sa conversion, etc. On supprime toutes les notices de philosophies ayant travaillé sur la sexualité. On rajoute des théologiens cathos à la pelle, etc. La plupart n'ont pas écrit une ligne sur la philo. Toutes ces critiques sont justes. Bref, ce livre est une véritable analyse institutionnelle de la philosophie.


René Lourau aurait beaucoup aimé ce livre. Avec G. Lapassade, M. Lobrot et les autres (H. Lefebvre, Cl. Lefort, J.-M. Brohm) il voit sa rubrique terriblement réduite. Et ce que l'on enlève est justement ce qui fait politiquement sens. C'est vraiment intéressant d'avoir mis à jour ce fait. Ce livre a mille faiblesses. Plus qu'une analyse, c'est un analyseur, mais ce sont les analyseurs qui font l'analyse. Il faudrait revenir aux sources de l'AI. J'ai l'idée de faire une UV, un jour, sur cet ouvrage. "Analyse institutionnelle et philosophie".


Lundi dernier, j'ai eu à la maison la réunion du groupe de travail sur le colloque H. Lefebvre. Armand (qui a beaucoup travaillé avec René Lourau entre 1985 et 1993) a mis sur le net des textes de René. On en a parlé avec Dan Ferrand-Bechman mardi midi, à table, car elle est inscrite à ce colloque (Patrick aussi d'ailleurs) qui aura lieu en novembre prochain. J'ai affiché des informations sur ce colloque dans la salle de l'AI.


***


Les étudiants de l'AI, mardi, disaient qu'ils suivraient Patrice si celui-ci faisait un séminaire privé d'AI l'année prochaine. Patrice dit être prêt à le faire! Bravo! Mais j'ai peur que Patrice n'aie pas la force de réaliser ce rêve. Pour ma part, j'ai eu lundi soir la visite de Y, un Africain, ancien chargé de cours en ECA, qui disait venir au nom des thésards de Lourau :

-M. Hess, votre devoir, c'est de ne pas abandonner les Africains. R. Lourau nous accueillait, nous aidait. Maintenant qu'il est parti, plus personne ne s'occupe de nous!


***


Gilles explique aux profs que suivre une thèse ne relève pas de leur compétence. Tout le monde, même lui, peut aider à la réalisation d'une thèse. Oui? Cependant, comment quelqu'un qui n'a jamais été, lui-même, confronté à la publication d'un livre peut-il aider quelqu'un à produire un texte publiable? Mystère, mystère!


[Lorsqu'Antoine a fait capoter le projet de livre de Patrice, il ne lui a vraiment pas rendu un grand service].


À Paris 8, toute une partie de mon travail a consisté à déconstruire les bêtises enseignées par certains collègues, qui prétendaient expliquer la méthodologie de l'écriture alors qu'ils n'avaient jamais publié une ligne de leur vie… Ils se faisaient un plaisir d'engager les étudiants sur des fausses pistes… Aujourd'hui, je n'enseigne plus du tout. J'ai déposé le bilan. Je ne comprends plus ce qu'il reste à faire… Je préfère, comme hier soir, parler à des publics populaires (j'ai animé un café vert sur l'éducation à Bagnolet), ou de spécialistes (comme à Montpellier) que de rentrer dans des dispositifs tordus (DEA par exemple) où ce sont Dany et Jean-Yves qui décident du sens de ce qu'il y a à enseigner, à écrire, etc. Ils contrôlent le TC1, le TC2 et ils bloquent donc tout déviant par rapport à leurs normes. Je ne connais pas leurs normes.


Sylvain Sangla, de la Revue française, me disait lundi que Jean-Yves était devenu hyper rigide. «Cette posture met en péril la revue», a-t-il ajouté.


Le CNU a invalidé tous les praticiens des histoires de vie, par exemple, mais a validé Latchoumanin qui n'a publié aucun livre, qui est totalement incapable de tenir un discours de recherche, durant cinq minutes, en public, qui n'a jamais lu le livre d’Éliane Wolff (comme il me l'a dit lui-même). Comment invalider de vrais chercheurs, lorsque l'on qualifie des amateurs? C'est la posture opposée à celle que j'avais adoptée vis-à-vis de Latchoumanin, à qui j'avais demandé d'écrire un livre. Je voulais qu'il s'y mette vraiment. Maintenant qu'il va être prof sans avoir rien fait, que peut-on attendre de lui? Le CNU invalide des savants comme Tapernoux ou Xypas sous prétexte que ce sont des "cathos" (nos collègues sont ignorants ; ils préfèrent se fier aux apparences que d'y regarder de plus près), et ils valident Latchoumanin parce qu'il est (?). Évoquer cela ici est intéressant, parce que l'on touche ici à l'institution. L'accès à l'institution, c'est ce qui la définit. Qui est dedans? Qui est dehors? Je suis heureux d'être dedans. Au niveau de la paie, c'est le plus important. Cependant, depuis un an, je dois faire face à une campagne de délégitimation, du fait que je fais trop de thèses avec G. Avanzini. Sic! La troisième République sectaire qui est aujourd'hui au pouvoir au CNU (en fait d'anciens enfants de chœur reconvertis dans la pureté des valeurs républicaines) m'a labellisé comme Catho. C'est tout à fait amusant (dans le même temps J.Fr. Raguet montre que les auteurs que j'ai traités sont exclus pour hostilité théorique au monde de la théologie catholique!), ridicule. Mais cela fonctionne! Mes thésards (beaucoup ont davantage écrit et publié que leurs soi-disant censeurs) se retrouvent donc non qualifiés. Ce n'est donc plus un service que de les diriger. D'une certaine façon, on s'en fout! Ils n'ont qu'à changer de directeur de thèse s'ils veulent faire carrière… ou attendre que je me présente au CNU. C'est une éventualité à envisager. Lors des journées Fac verte (samedi et dimanche dernier), j'en ai eu l'intuition. En même temps, je n'ai jamais eu le désir d'aller perdre mon temps dans ce genre de dispositifs, gestionnaires de l'institué. Mon boulot, c'est de créer, d'aider les gens à créer.


Depuis janvier, on a publié cinq livres dans nos collections: La production de l'espace, Dan Bechmann, Paivandi et Farzad, G. Lapassade et Schérer, Christine Delory. Ces ouvrages sont du plus haut intérêt. Lequel aurait dû ne pas exister? Lequel a-t-on fait en trop? Antoine a dit à la réunion de DEA que beaucoup de livres publiés ne méritaient pas d'exister. De quels livres parlait-il? Des siens? Mis à part celui qui a coulé la collection AI, parce qu'il s'en est vendu moins de trente exemplaires, ne voyant pas les chiffres de vente des autres, je ne les juge pas superflus. Ils ont apporté quelque chose. À moi, au moins.


Dans les livres de Lourau, Lapassade, Lefebvre et moi-même, j'aimerais bien qu'Antoine fasse la liste des ouvrages inutiles, superflus. Tous les livres n'ont pas la même fonction. Certains se justifient par une actualité, une conjoncture. D'autres sont des ouvrages de fond. Ils visent à une certaine pérennité.


15 h 30. Grand amphi de l'IUFM de Montpellier


Je repense à un coup de fil de Georges qui voulait tout savoir sur ce qui s'était dit à Paris 8 à propos du séminaire de l'AI.

-Même si Patrice passe sa thèse d'État, il ne pourra pas avoir son séminaire?

-Non! Oui! Le paradoxe, c'est qu'on tient compte de ce que sont les gens, au moment où l'on organise la rentrée… On ne travaille pas sur le virtuel ou l'imaginaire des gens. On ne se base que sur du passé accumulé. L'une des forces du LSE pendant longtemps, c'est d'être parvenu à faire exister le virtuel et l'imaginaire comme du réel, de l'institué. Vivre d'avantages imaginaires acquis a été l'une des caractéristiques des états H. Ils sont parvenus à obtenir des statuts sur ce capital imaginaire… Le problème, c'est que, de temps en temps, quelqu'un se lève et dit :

-Mais ils sont nus!

-Non, cher ami, vous rêvez ?

-Ah bon, excusez-moi.


Remi Hess

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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