Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Rue Marcadet, vendredi 5 mai 2000
J'attends Léonore dont je n'ai pas pu décommander le rendez-vous. Elle traduit Schleiermacher. Or, j'ai une rencontre à l'OFAJ au même moment. Comment m'en sortir?
En attendant, je note deux ou trois choses. G. Lapassade s'est fait refuser un article pour les Cahiers de l'implication, dans lequel il pensait l'institutionnalisation de l'A.I. Expérience paradoxale de censure par ceux qu'il défendait pour entrer dans le numéro de Pratiques de formation sur R. Lourau. Cette censure opérée par Gilles entraîne des remous dans la secte. Deux ou trois groupies de Gilles s'en détachent. La paroisse n'est plus enthousiaste par ce vicaire qui s'est fait "élire" évêque par un sacristain et deux ou trois bigotes, qui faisaient la queue devant son confessionnal. L'abbé Monceau va avoir du mal à survivre à cette situation. Il a harcelé Christine Delory (deux appels téléphoniques de plus de 3/4 d'heure) pour que celle-ci n'écrive pas dans le numéro de Pratiques de formation sur R. Lourau. Ce que je tire de ces nouveaux incidents :
-R. Lourau en partant si brusquement a laissé une situation de l'A.I. assez complexe… C'est dur de voir les choses se détériorer ainsi.
-Pour ma part, j'ai du mal à me positionner. J'ai écrit mardi après-midi un texte assez personnel sur l'institutionnalisation du nom (de mon nom). Le donnerai-je à cette revue? C'est la revue de R. Lourau, mais, en même temps, elle fait l'objet d'une annexion de la part de la secte.
Comme l'a dit Georges Lapassade, une analyse de contenu montre que ce qui la caractérise, c'est la juxtaposition de textes théoriques produits par des profs (souvent extérieurs au mouvement de l'A.I.) et des textes "impliqués" d'étudiants incapables de construire un discours autre que celui du ressenti, de l'implication affective. Je pense que cette revue a été pensée par R. Lourau comme une «entreprise intermédiaire».
Dans le métro
J'ai réglé mon problème avec Léonore. Je suis en route pour l'OFAJ. L'absence d'Ursula toujours hospitalisée, va être dure pour moi.
R. Lourau voulait un article sur l'OFAJ, dans le n° sur l'institutionnalisation des Cahiers de l'implication. Je l'ai écrit. Faut-il le rendre? C’est un moyen de parler d'un courant de l'AI à travers un terrain. Perspective plus juste que celle de parler de l'institutionnalisation de l'OFAJ lui-même…
La crise avec l'abbé Monceau m'avait amené à penser qu'il ne fallait rien rendre au Cahiers. Mais ce serait abdiquer, abandonner l'héritage louraldien aux intégristes de la secte. Or, R. Lourau était beaucoup plus que le chef d'une secte.
A l'OFAJ. Il y a Michel Bernard, Dieter Geulen, Burkhard Müller, Christoph Wulf, Lucette et moi. On regrette de ne pas avoir le texte de R. Lourau promis pour le livre Université et interculturalité. Lucette :
-Il faudrait demander à Julie!
Moi :
-Oui!
***
Plus tard. Je relis la lettre que Constantin Xypas m'a envoyée le 21 avril. J'y vois prévu comme n° 2 de la revue en cours de création (Éducation, sociétés et cultures) : Hommage à R. Lourau et F. Guattari.
Hier, on a conçu le comité de rédaction de cette nouvelle revue. G. Lapassade regrettait que l'on ne consacre pas le premier à R. Lourau. Sur quel thème écrire sur R. Lourau dans le cadre de ce numéro, sans trahir la posture interculturelle que nous souhaitons donner à ce numéro, ou plus généralement à cette revue? On peut développer la pensée transductive comme logique nécessaire de la rencontre interculturelle. Il y a aussi la dimension internationale de René, sa présence à l'autre, aux autres des autres pays.
Et concernant Félix Guattari? Christoph Wulf était étonné que nous rapprochions les deux personnages ; Constantin ne semble pas connaître Félix. Cela me fait découvrir ce que je sais et que les autres ne savent pas.
OFAJ, samedi 6 mai 2000, 11 h
Michel Bernard m'apporte le livre de Jean-François Raguet, De la pourriture, qui vient de paraître et où je suis abondamment cité, commenté, critiqué, insulté. Il s'agit d'un livre à l'emporte pièce qui me passionne. D'une certaine manière, c'est une analyse institutionnelle de la philosophie française contemporaine. Il y est question des institutionnalistes : R. Lourau, H. Lefebvre, G. Lapassade, M. Lobrot, J.M. Brohm, etc. Le sous-titre est : "Comparaison de deux éditions, 1984 et 1993, du Dictionnaire des philosophes". J.-François Raguet met à jour l'opération de nettoyage qui s'est opérée, notamment dans le fait de supprimer mes notices ou de les raccourcir… J'avais mal vécu cette purification idéologique… Là, elle est identifiée, pointée, conceptualisée… Ce qui est génial dans ce livre, c'est qu'il fait la théorie d'un vécu ancien, traumatique, mais refoulé, du fait du contexte d'activitisme, dans lequel je me trouvais à ce moment (mise en place de l'IUFM de Reims : j'avais 700 étudiants dans mon cours à la fac de Reims). Lorsque le Dictionnaire des philosophes m'a demandé de réduire de 4/5e la plupart des rubriques dont j'étais l'auteur, j'ai été consterné. J'ai refusé finalement de faire ce travail. Cela a d'ailleurs été signalé dans l'introduction de la réédition.
Remi Hess
http://lesanalyseurs.over-blog.org