Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

Publicité

Parution : Armand Ajzenberg : L'abandon à la mort... de 76 000 fous par le régime de Vichy : extrait 1

Michaël Guyader

 

 

L’étude de la question de l’extravagante surmortalité à l’hôpital psychiatrique pendant la guerre ne saurait se comprendre autrement qu’à l’enseigne d’une étude attentive des conditions de l’oubli organisé des malades les plus fragiles par le régime de Vichy. […]

 

 

Il ne va pas de soi que la dénonciation des modalités particulières de pensées dominatrices était en l’espèce largement obérée par l’idée que les fous ne participaient pas pleinement de l’humanité commune et que donc les oublier à leur sort misérable et qui ne saurait les mener qu’à la mort ne posait pas de problème particulier et ne convoquait certes rien du côté de l’obligation chrétienne en particulier d’aimer l’autre comme soi-même, ce qui n’est possible que si l’autre est semblable à soi-même.

 

 

Quel que soit le nom donné à cet épisode tragique de l’histoire de la folie elle est paradigmatique de la tendance des puissances dominantes et excluantes à désigner l’autre comme radicalement autre, étranger, porteur le plus généralement avili des fantasmes les plus éculés qu’il convient de convier dans le meilleur des cas à l’oubli et dans le pire à l’élimination organisée.

 

 

Que l’on soit d’avis de rajouter des morts aux placards de Vichy ou pas n’a pas d’importance, ce qui compte dans cette affaire est que les fous ont une fois encore payé au prix fort leur être autrement […].

 

 

L’époque actuelle ne manque pas de confirmer qu’en tout cas l’ardente obligation de donner hospitalité à la folie se heurte aux priorités gestionnaires et scientistes de la société du contrôle et de mise à la norme. En témoigne tout particulièrement le discours d’un président de la République, Nicolas Sarkozy, à l’hôpital Erasme d’Antony le 2 décembre 2008, et la loi dont l’exigence s’y est formulée et qui a été votée par le Parlement le 5 juillet 2011. Elle prévoit pour prévenir le déferlement sur une société aux abois de la menace représentée par les malades mentaux d’organiser la continuité de la contrainte au prétexte de la continuité des soins elle-même constamment mise à mal par la puissance publique dans sa désorganisation de la formation des personnels, la restriction budgétaire et l’affirmation de la prévalence d’une appréciation de surface des causes de la souffrance psychique, réduite à des désordres organiques correspondant à une hypothèse strictement organiciste de la structuration psychique des humains.

 

 

Une fois de plus la façon qu’une société a de traiter ses fous est un bon témoignage de son degré de civilisation.

 

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article