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Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.

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"L'homme total" Une approche de l'éducation tout au long de la vie 77

2.2.3 Contre le fascisme

 

En 1936, Henri Lefebvre écrit La conscience mystifiée. Georges Politzer n’accepte pas ce livre qu’il prend comme une attaque personnelle. Pour lui, il n’y a que des mystificateurs. Plusieurs de ces livres envoyés au chef du Parti lui seront retournés. Il écrit en collaboration avec Norbert Gutterman, entre 1933 et 1934 sur la crise qui sévit en Allemagne. Le chômage est important et la population ouvrière tente de trouver son salut dans le fascisme. Au départ, ces deux auteurs manquent de documentation. Henri Lefebvre effectue un long voyage en Allemagne, en 1932. Il va d’une auberge de jeunesse à l’autre pour découvrir l’ambiance du pays. Il y découvre alors l’ardeur de la jeunesse hitlérienne et la contradiction avec le KPD, le Parti communiste allemand. Il découvre alors que « les ouvriers allemands se laissaient séduire par le national-socialisme ; parce que celui-ci se donnait pour socialiste et révolutionnaire (H. Lefebvre, 19594, p. 445) ».

 

La conscience mystifiée témoigne du pouvoir de l’idéologie et de sa place dans l’aliénation collective. Cette nouvelle force mise en place « définissait l’état comme forme politique du nationalisme et de l’impérialisme, achèvement et exaspération de l’état national de la bourgeoisie et du capitalisme (H. Lefebvre, 19594, p. 452) ». Il faut comprendre aussi que la crise de 1929 parvient aux oreilles des communistes et surtout des marxistes comme annonciatrice des prédictions de Marx quant à l’économie capitaliste. Le peuple est donc en attente d’une grande révolution et d’un changement considérable. C’est dans le Parti National-socialiste que les Allemands pensent alors découvrir une réponse à leur rêve. Ce livre présente donc le contexte en cette année 1934, avec la crise, la décadence culturelle, la place de la bourgeoisie. Ensuite, il approche l’aspect mystificateur de la conscience collective, en montrant comment le peuple se laisse berner par des promesses, par l’idéologie. Puis, il termine sur la description de la conscience aliénée et la place de la vérité et du mensonge. La conclusion dit alors que « chaque fois nous devons déceler et dénoncer la réalité contraire à l’apparence. Ainsi deviendra pratiquement efficace la théorie de la connaissance. Le temps des mystifications géantes n’est pas terminé. À nous de faire pénétrer dans chacun de leurs torves détails la lucidité de la dialectique (H. Lefebvre et N. Gutterman, 19363, p. 215) ». En 1999, ce livre est republié, augmenté d’une seconde partie La conscience privée. Pour H. Lefebvre, son souhait était de produire un second volume La conscience privée, afin de répondre à la thèse que celle-ci est constitutive de la conscience publique.

 

En 1937, Henri Lefebvre écrit Le nationalisme contre les nations. En cette période, de la montée du fascisme, la place de la nation n’est plus très claire dans l’esprit de chacun. Il remet donc en lumière les concepts de nation, de nationalisme, d'internationalisme, de patriotisme. H. Lefebvre s’interroge alors : pourquoi au moment où l'on assiste à la mondialisation du marché, des échanges, des communications, les nations se replient-elles sur elles-mêmes ? « Le sentiment national est devenu si répandu et si familier qu’on ne songe guère à rechercher les motivations. On n’en remarque même plus les paradoxes (H. Lefebvre, 1937², p. 28)». Ce livre est écrit en cinq chapitres. Le premier reprend le contexte à la fois historique et progressif de la naissance des nations. Henri Lefebvre précise le fond de sa pensée d’entrée de jeu : « Nationalisme, Fascisme se caractérisent par le développement systématique des aspects formels de la nation, parce qu'ils espèrent dissimuler par là aux yeux des masses les problèmes sociaux que posent réellement sa vie. Ce « fétichisme » est en même temps une « mystification ». Une analyse précise des éléments de la nation permet de la définir pourtant en dehors de tout formalisme comme une « communauté nationale populaire », tout à fait concrète (H. Lefebvre, 1937², p. 28) ». Il s’attache à définir une définition qui puisse être universelle, qui ne reprenne aucun élément d’une identité nationale précise. Dans le chapitre suivant, il tente de mettre en lumière ce que peut représenter le fascisme pour le peuple allemand. L’objectif est d’atteindre une uniformisation de la nation en présentant alors qu’une seule race, c'est-à-dire arienne. Henri Lefebvre écrit que « le fascisme hitlérien se présente en effet avec deux séries de justifications contradictoires. Tantôt il parle au nom du « peuple », tantôt au nom des exigences mystérieuses de la divinité « État et « Nation ». Tantôt il expose les exigences réalistes de la politique impérialiste et de l’État ; tantôt il se présente lui-même comme un créateur de mythes (H. Lefebvre, 1937², p. 22) ». Pour la solution marxiste exprimée à la suite, la nation s’explique par le concept de self-détermination. Toutefois un tel discours présenté par Otto Bauer est exclu pour Rosa Luxembourg, car rien ne peut se déterminer par sa seule destinée. Cet auteur détermine que dans toute construction nationale, il y a une part d’oppression et de lutte pour se construire en tant que nation.

 

Henri Lefebvre, lors de la réédition de ce livre en 1988, écrit une postface. Dans celle-ci, il déclare que «l'objectif de cette période historique (dont les événements seuls diront s'il est réalisable sans discontinuité brutale) est la réalisation d'une nation d'un type neuf : une nation sans nationalisme, une nation qui donne un contenu nouveau à la liberté, et qui, d'autre part, sur le plan international, donne également un contenu aux aspirations démocratiques en s'efforçant d'organiser le mouvement démocratique mondial et d'arriver par cette voie à l'unité.

 

Il s'agit donc de formuler une nouvelle charte des peuples, une nouvelle déclaration des Droits de l’homme : qu'ils ne soient plus les droits de l'homme isolé, mais de l'homme dans sa véritable condition humaine, de l'homme dans la communauté. Cette déclaration développera l'ancienne, comme la démocratie concrète accomplit en la dépassant la démocratie formelle (H. Lefebvre, 1937², p. 28) ».

 

En 1938, alors qu’Hitler est au pouvoir et que les conflits se multiplient, Henri Lefebvre écrit le livre Hitler au pouvoir, bilan de cinq années de fascisme en Allemagne. Ce livre est en réalité indisponible car très rapidement la maison d’édition qu’il l’a publié a fermé. Par ailleurs, il fut vite retiré de la vente compte-tenu de son inscription sur la liste Otto. N’ayant pas eu l’occasion de le consulter, je me suis référée au livre La Somme et le Reste, dans lequel une présentation rapide était faite. Ce livre a été écrit au cours de ses voyages en Allemagne. Henri Lefebvre le décrit peu «certaines pages sont l’écho atténué des entretiens avec Hainchlin sur les questions militaires, écho atténué car nous étions assez pessimiste mais il ne fallait pas l’écrire (H. Lefebvre, 19594, p. 485) ».

 

Sandrine Deulceux

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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