Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Mardi 21 octobre 2008,
«Qu’est-ce que la vérité? Question déjà posée à maintes reprises. Mais pour y répondre, il faut en poser d’autres et notamment la plus fondamentale d’entres elles, c’est-à-dire la volonté ou le vouloir de la vérité, quelle est l’origine de ce vouloir ou encore pourquoi chercher le vrai et pas le non-vrai, pourquoi ne pas chercher l’ignorance ou l’incertitude? «Qu’est-ce en nous qui veut trouver la vérité?».«Nous nous sommes interrogés sur la valeur de ce vouloir»p 27.
La chose en soi ou un dieu caché, c’est «la vérité» aucun doute là-dessus n’est permis, aucune antinomie non plus, la vérité se cache et il faut la chercher. C’est le lot de tous les métaphysiciens. C’est la mise en question de ce postulat que Nietzsche met en œuvre. Il dit que peut-être il y a autre chose et que des philosophes chercheront «ce peut-être».
Il ne faut pas que j’oublie de souligner que Nietzsche nomme cette «vérité-la chose en soi» le préjugé, qu’il se donne la peine de questionner.
Les philosophes, contrairement à ce qu’ils prétendent, obéissent eux-aussi à l’instinct de conservation, leur tour de passe, leur procédé en apparence logique n’échappe pas à leur instinct de vie même s’ils le nient.
Le jugement faux est nécessaire à la vie, y renoncer serait nier la vie. «Admettre que le non-vrai est la condition de la vie, certes, c’est résister dangereusement au sentiment qu’on a habituellement des valeurs, et une philosophie qui se permet cette audace se place déjà, de ce fait, au delà du bien et du mal»p31.
Nietzsche, dans l’élan, cite pour la première fois dans cet ouvrage Kant et Spinoza, comme représentatifs, je suppose, de cette philosophie qu’il veut mettre à nu.
La philosophie ne serait qu’une expression de la vie même du philosophe. Nietzsche ne croit pas à l’instinct de connaissance, il ne croit même pas au penchant du philosophe, que l’on peut trouver chez les savants.
«Chez le philosophe, au contraire, rien n’est impersonnel, et sa morale, en particulier, donne un témoignage net et décisif de ce qu’il est, c’est-à-dire de la hiérarchie qui préside chez lui aux instincts les plus intimes de sa nature»p34.
De la méchanceté des philosophes, Nietzsche cite Epicure contre Platon. Par la suite, il reproche aux philosophes de vouloir être ce qu’ils ne sont pas, par rapport à eux-mêmes et par rapport à la nature.
«La philosophie n’est autre que cet instinct tyrannique, la volonté de puissance sous la forme la plus intellectuelle, la volonté de «créer le monde», d’instaurer la causa prima»p37.
La posture nihiliste est ici réfutée car elle relève de l’instinct de la mort. Nietzsche s’attaque aussi au positivisme rejeté par les sceptiques qui cherchent à aller au fond de la connaissance, de la réalité et du corps. Il voit dans leur passéisme une volonté non pas de revenir en arrière, mais de passer au-delà.
Vient le tour de Kant, le plus influent selon Nietzsche, même s’il y en a qui veulent nier ce fait. «Il-Kant- s’enorgueillissait d’avoir découvert dans l’homme une faculté nouvelle, celle de former des jugements synthétiques à priori»p39. Nietzsche s’interroge sur le bien fondé de cette catégorie.
L’atomisme et son versant religieux et psychologique sont aussi mis en examen par Nietzsche (pp 42-43).
La primauté de l’instinct de vie sur celui de la conservation. Méfiance à l’égard de Spinoza.
La physique, science moderne fondée sur la base des sens (voir et toucher), dominera le siècle, assure Nietzsche. Mais, ajoute-t-il, cela se fera au détriment de la pensée platonicienne qui a établi un «réseau de concepts, pâles, froids et gris, autrement-dit une profondeur et de la jouissance à interpréter. Alors que les choses ont tendance à se limiter au voir et au toucher. Nietzsche ne se dresse pas, pour une fois contre Platon, mais il l’utilise contre les «scientistes».
Les organes ne sont pas des phénomènes comme le prétend la métaphysique ou encore ceux qui croient que le réel est l’œuvre des organes; dans ce cas, les organes seraient issus des organes, s’exclame Nietzsche.
L’introspection en prend elle aussi pour son grade. En effet, Nietzsche tente de la démanteler en prenant l’exemple de «je pense» et de «je veux». Il s’attarde sur le premier et démontrer sa vulgarité.
Encore une attaque contre le «je» ou le «moi» qui pense. Nietzsche estime que cela vient d’une superstition imposée par la logique et renforcée par l’atomisme.
«Ce n’est pas le moindre charme d’une théorie que d’être réfutable; elle séduit par là les esprits tant soi peu subtils. Il semble que la théorie cent fois réfutée «du libre arbitre» ne doive sa survivance qu’à ce charme là; on voit toujours à nouveau réapparaître quelqu’un qui se sent de force à la réfuter encore»pp48-49.
Nietzsche estime que la notion de volonté (vouloir) de Schopenhauer n’est guère différente de la chose en soi ou du moi et que je critique dans les pages précédentes. On constate le même procédé de préjugé a priori, ce qui induit qu’il suffit de vouloir pour réaliser ou créer. Or, Nietzsche interroge le qui veut, quoi, comment, etc. Vouloir suppose quelqu’un qui commande et un autre qui obéit, ou une chose. Autrement-dit, vouloir est soumis à des conditions et le tout exige une analyse fine et profonde, ce que ne font pas les philosophes.
«Dans tout vouloir, il s’agit simplement de commander et d’obéir à l’intérieur d’une structure collective, complexe, faite, comme je l’ai dit, de «plusieurs âmes»; c’est pourquoi une philosophe devrait pouvoir se permettre de considérer le vouloir sous l’angle de la morale, la morale conçue comme la science d’une hiérarchie dominatrice, d’où naît le phénomène de la vie»pp51-52.
Benyounès Bellagnech
Mis en ligne par Bernadette Bellagnech
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