Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
Je pratique le "journal" depuis fort longtemps, à peu près depuis les années 70 donc depuis plus de trente ans. J'ai pubié dans les années 80 un ouvrage "journal" intitulé "Apprendre à vivre" et un autre, peu après, intitulé " Le mal d'aimer". Je suis depuis environ sept ans attelé à un ouvrage intitulé " Le grand écart" où j'essaie de combiner librement le journal, l'autobiographie et la réflexion psychologique et sociologique.
Je vous mets, en pièce jointe, une page de ce journal intitulé "mon père".
Je suis à votre disposition, Michel Lobrot, mlobrot@wanadoo.fr
Mon père faisait claquer sa langue quand il était content… Après chaque repas, il disait « ah, ça va mieux »… Il exprimait discrètement sa satisfaction… je ne le vois pas riant même faiblement… Il avait un côté calme et réservé qui excluait les expressions bruyantes ou intempestives… Je ne l’ai jamais vu en colère….. Mais alors quel sentiment exprimait-il ? L’apaisement… Il était apaisé, paisible, pacifique… Il était content que ses enfants l’entourent et soient gentils avec lui, par exemple qu’ils lui apportent ses chaussons quand il rentrait… Ah si, je le vois embrassant ma mère et lui disant « ma chérie » ou « darling » et je vois ma mère se raidissant et le repoussant gentiment … Tout chez nous était gentil… Je vois surtout mon père faisant quelque chose, agissant. Par exemple, je le vois en train de bricoler. Il le faisait beaucoup et bien. J’ai appris à bricoler avec lui… Il conduisait la voiture et le faisait bien. Quand il s’appliquait à quelque chose, il avait une façon très particulière de sortir la langue… Quand il parlait aux enfants de sa femme, il disait « votre mère ». Par exemple « votre mère veut que vous fassiez ceci ou cela »… Au fond, je n’ai aucun souvenir valable et intéressant de mon père. Je ne savais pas ce qu’il faisait professionnellement. C’est à la fin de sa vie, quand il avait environ 80 ans que je lui ai demandé : « papa, quel était ton métier ? » Il m’a répondu, à ma grande surprise : «Je faisais de l’import-export… ». Il disait cela parce qu’il parlait assez bien l’anglais et l’espagnol. Il avait été employé dans plusieurs boites au service commercial et traduisait les lettres en anglais et en espagnol … IL m’aidait un peu dans mon travail scolaire. Je le revois penché sur des atlas, recherchant désespérément la localisation de telle ou telle ville… Tout cela est désespérément vide et ennuyeux, sans intérêt… Le seul intérêt que présentait mon père était de pousser ceux qui le connaissaient à découvrir son mystère… Qu’y avait-il derrière cette façade parfaite et lisse ? Je ne l’ai jamais su….
Extrait de son journal Le grand écart