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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 14:00

L’agorisme  virtuel

 

« Une personne qui ne tient pas de journal est dans une position fausse à l’égard du journal d’un autre » Kafka

 

Je ne sais pas qui a donné ce titre « forum de diaristes », je crois que c’est Augustin et je suis en total accord avec lui. C’est en intervenant dans ce forum, que j’ai eu cette idée d’Agora que je me dois d’expliciter. Il s’agit d’une sorte de place publique à Athènes où les Grecs anciens se retrouvaient pour débattre et délibérer sur les diverses questions et problèmes de leur temps. En matière pédagogique, les institutionnalistes adoptent cette méthode dans les cours ou les séminaires à l’école comme à l’université. On a recours aussi à cette méthode dans l’intervention socianalytique. L’agorisme suppose un lieu et des personnes physiques qui débattent entre eux librement et à égalité. Bref, c’est un lieu de parole.

Dans le domaine qui nous concerne ici, il ne s’agit pas de parole directe, même si l’on essaie d’imaginer l’interlocuteur ou les interlocuteurs pour se convaincre que l’on s’adresse à eux. Est-ce une illusion ? Je ne peux pas répondre. Toutefois, il se passe quelque chose qui se rapproche de ce que suscite la parole, qui se traduit par le geste d’aller sur le forum pour voir si quelqu’un traite du même sujet que le notre, qui répond à une question, qui émet un avis différent du notre, etc. Mais, le message, lorsqu’il y en a un, passe par l’écrit, écrit qui est une représentation, une médiation, comme un intermédiaire qui transmet un message oral, mais dans sa propre langue qui est l’écrit. Pour toutes ces raisons et bien d’autres, l’agorisme adopté dans ce forum de diaristes demeure virtuel et très différent de l’agorisme défini ci-dessus.

Cette introduction s’est imposée à moi car j’essaie d’éviter la facilité de rentrer dans un débat sans interroger les dispositifs, les mises en scène, les rituels, les allants de soi. Cela fait suite à ce que j’ai annoncé auparavant en disant que ce forum peut être aussi le lieu de questionner son mode de fonctionnement. On peut le faire au fur et à mesure de nos échanges pour produire une connaissance collective et critique de ce que nous faisons ensemble comme diaristes, ce qui, me semble-t-il, va dans le sens de ce que propose Augustin, selon Sophie, Patrick et André.

Dans le texte précédent, j’ai évoqué quelques références sur le Journal. Je tiens à préciser que ces références ne sont données qu’à titre indicatif ; ce ne sont que des exemples et chacun peut donner ou proposer des titres lus ou vus ou dont il a entendu parler. Je ne conçois pas les références comme exclusivité, autrement on tombe dans le jeu absurde mono - culturel et unidimensionnel. Cependant et compte tenu de la disponibilité, du temps consacré à ce forum et au reste des EC, il est utile parfois de citer des références sous forme d’articles courts ou encore mieux d’extraits de journaux riches en spontanéité et libérés de la contrainte éditoriale, pour évoquer l’agorisme. Et bien sûr, pour ceux qui ont du temps de lire de gros volumes de qualité, ils peuvent toujours les citer ou en donner des indications dans le journal de lecture. Entre nous diaristes, nous disposons d’une certaine liberté de citer et de parler.

Pour m’expliquer je dois raconter deux histoires : Il faut noter qu’elles sont liées aux propos tenus la semaine précédente. Afin de participer aux débats sur Mai 68, dans le cadre de la préparation d’un numéro de revue Les irrAIductibles sur l’AI et Mai 68, nous nous sommes interrogés sur la méthode à adopter. Certes, il existe des textes ici ou là, il y en a même assez pour écrire des pages et des pages sur ces événements, mais le problème est qu’à l’époque, la méthode du journal ou pour faire court les diaristes, notamment en Analyse institutionnelle, n’existaient pas ou très peu. En tout cas à notre connaissance et parmi les institutionnalistes nous n’avons pas retrouvé leurs journaux. Pourtant, nous savions qu’ils ont joué un rôle important sur le plan théorique et dans l’action, avant, au cours de et après cette révolte. En l’absence de ce matériau qu’est le Journal, nous nous sommes résolus à mener des entretiens avec les institutionnalistes sur leur implication dans Mai 68. L’entretien avec Patrice Ville mis en ligne sur le blog  Lesanalyseurs, http://lesanalyseurs.over-blog.org/article-27938496.html en est un exemple parmi d’autre. Nous mettrons d’autres entretiens avec Remi Hess, Michel Lobrot, et d’autres à venir probablement, à la disposition dès que possible.

Je me souviens avoir posé la question à Georges Lapassade : « Où étais-tu en mai et juin 68 ? ». Il m’a répondu : « J’ai passé ce mois à La Sorbonne. A ce moment là, j’ai commencé à comprendre ce que veut dire passer un mois dans une université pour quelqu’un qui a passé une grande partie de sa vie au sein de l’Université. (Lire De Vincennes à Saint-Denis, Essai d’analyse interne de Georges Lapassade). Il est à noter que Lapassade non plus n’a pas laissé de journal du mouvement en question.

Je ne cherche pas à privilégier la méthode du Journal par rapport à l’entretien non directif. Tout dépend des conditions et des circonstances de la recherche que nous menons. Du moment où nous sommes convaincus de la pratique du journal, la question de le privilégier par rapport à d’autres postures ne se pose même pas.

La seconde histoire est en lien avec le journal de lecture et qui est un peu le contre exemple de la première histoire. En parlant de journaux liés aux mouvements sociaux, j’ai cité L’université en Transe, Les irrAIductibles. J’ai oublié involontairement un journal que j’ai lu dès sa parution : Christian Verrier, Poser Le Sac, Journal de grève, 1995, Presses universitaires de Saint-Gemme, Coll. « Journal des moments, moment du journal », 2006.

Ce matin, en voulant écrire ce texte, je me suis dit que j’allais y introduire un extrait de mon Journal de lecture, car je reste convaincu que j’avais écrit quelque chose dans mon journal de lecture sur ce livre de Christian Verrier. Je me mets à chercher dans mes journaux de lecture et dans d’autres journaux, mais je ne retrouve que quelques phrases que je ne vais pas retranscrire ici. Mais pourquoi évoquer ce journal ? Eh bien parce qu’il est l’illustration de ce que j’ai envie de dire sur la question posée la semaine passée sur notre implication dans cette période chaude en tant que diaristes.

Pour le chercheur, ce journal est un document précieux, écrit par quelqu’un qui fut à la fois cheminot, universitaire et syndicaliste. Son journal traite de la grève et du mouvement social de 1995, de l’intérieur. Lorsqu’on le lit, nous avons une description minutieuse, au jour le jour du mouvement depuis le début jusqu’à la fin. On y apprend beaucoup de choses sur l’auteur, sa personnalité, ses sentiments, ses actions, ses relations avec les amis et les camarades, sur son rôle en tant que militant, mais aussi comme intellectuel ; ses déplacements à l’université et ses analyses externes et internes sur ce qui se passe à l’université. Il traite aussi des médias, de l’écriture, de la lecture sans oublier la recherche. Tout cela est écrit si merveilleusement bien, que même des années après l’avoir lu, j’y pense souvent. La preuve en est que dès que j’en ai l’occasion, j’en parle avec beaucoup d’enthousiasme, y compris avec l’auteur lorsque je l’ai rencontré après la lecture de son journal.

Je rapporte cet exemple qui me parait une preuve concrète de l’utilité du journal pour le chercheur, et notamment lorsque celui-ci traite d’une période chaude. L’auteur nous dit qu’il l’a écrit en vue de comprendre et de pouvoir analyser ce qui se passait en cet hiver 1995, il n’avait pas prévu de le publier. C’est Remi Hess qui lui a demandé de le publier. Ainsi, nous disposons d’un document exceptionnel sur 1995.

Dans le texte précédent, j’ai posé la question sur notre implication au cours de cette période chaude que nous traversons, mais la question qui nous est posée ne se limite pas à notre position, bien qu’elle soit intéressante à rappeler, elle va au-delà, elle interroge notre position en tant que diariste, comme l’a fait Christian Verrier. Il s’agit en effet de la place de notre implication : Qu’on le veuille ou non et quelque soit notre position, on est toujours impliqué du point de vue de l’analyse institutionnelle. Ce n’est pas le fait d’être pour ou contre la grève qui nous importe en premier, mais comment un diariste décrit ce qu’il voit, regarde, entend et lit sur ce qui se passe autour de lui ou loin de lui. Nous sommes dans le présent, mais l’avenir aussi se profile et des changements s’opèrent autour de nous, avec ou sans nous. A l’université, il se passe quelque chose qui touche à la formation des enseignants, au statut du chercheur  ; le débat sur la psychiatrie touche les éducateurs, l’éducation spécialisée, l’enseignement… Un étudiant même en ligne ne peut que s’intéresser à ce qui touche sa formation, un étudiant diariste de surcroît ne peut pas négliger, alors qu’il écrit au jour le jour, ce qui se passe et comment il analyse et ressent ce qui l’entoure.

Pour Claire et Bruno qui s’interrogent sur la grève, il est légitime démocratiquement d’adopter la position que l’on estime juste, de la défendre avec des arguments et cela incite les autres à intervenir pour ou contre cette position. Je pense qu’il est utile également de décrire ce que l’on voit ou que l’on vit ou que l’on entend et ce quelque soit notre jugement, jugement qui est aussi important à émettre. Le Journal permet cela aussi.

Cette remarque positive du diariste concerne aussi Julie et Jean-Marie qui sont en faveur du mouvement actuel et cela probablement peut faciliter l’écriture du journal. Car on écrit davantage lorsque l’on ressent du plaisir et quand on a des questions et des arguments à faire valoir. Je dis cela parce que moi-même je travaille sur le militantisme et j’essaie de comprendre ce phénomène qui existe bel et bien et qui mérite d’être étudié. Je le fais mais de manière concrète, ce qui complique la tâche de la posture du chercheur et pose le problème de la relation entre le militantisme, l’entrisme, l’engagement, etc. J’écris un journal de militant et c’est l’un des plus difficiles et des plus compliqués des journaux que j’ai écrit jusqu’à présent. On peut reprendre cette discussion si certains le souhaitent.

Je reviens maintenant à notre forum. Comme la fois précédente, je lis avec beaucoup d’intérêt les textes mis en ligne et j’essaie de donner mon avis, non pas sur tout mais sur ce qui m’est proche pour s’en tenir à la relation pédagogique définie comme rapport d’égalité entre les interlocuteurs.                                  

Maia écrit : « Après, c’est une chose que de s’intéresser plus à certaines théories, mais faut-il qu’elles me fassent échos dans ma pratique professionnelle, pour que je puisse la mettre en pratique, ou plutôt que la dialectique entre la théorie et la pratique devienne une congruence… ». Je te remercie de soumettre des interrogations qui nous concernent en tant que diaristes et chercheurs à la fois. Tout d’abord, je t’encourage à poursuivre le rythme d’écriture soutenu que tu entreprends et je souligne qu’il ne s’agit pas de course, ni de « maillot jaune » comme l’a écrit quelqu’un. Bien au contraire, il s’agit d’encourager tout le monde avec le respect du rythme de chacun. Il se trouve que le diarisme est une pratique individuelle, elle peut être parfois collective mais c’est très rare. Par conséquent, la singularité relative du rythme et du style est plus présente dans l’écriture du journal.

Quant à la relation entre la théorie et la pratique, il faut souligner qu’il s’agit là d’un débat interminable, mais que l’on peut du moins entamer sur ce forum. Je donne un exemple : lorsque Remi Hess écrit son journal Le Lycée au jour le jour, il est enseignant dans le lycée qu’il décrit, cela n’a pas été facile, mais le journal en tant que tel tend vers l’articulation entre la théorie et la pratique. La description de la pratique professionnelle est un pas vers la théorie. L’autre pas consiste à vérifier sur le terrain de la pratique les concepts acquis par la lecture. Pour rester dans le même exemple, je renvoie à une analyse du journal cité ci-dessus, analyse publiée dans Quelle éducation pour l’homme total ? par Nour Eddine Hamouti à propos de l’ouvrage Le lycée au jour le jour. L’auteur de cette étude nous explique que ce livre fut enseigné pendant cinq ans au Brésil.

J’ai cité Michel Leiris, dont le journal L’Afrique Fantôme a été conçu au départ comme un journal de voyage. Par la suite, il est devenu un document historique de référence dans les recherches anthropologiques sur l’Afrique. Bref, la théorie n’est pas une affaire abstraite et métaphysique, c’est une vision bien humaine qui se construit et s’élabore dans une relation dialectique entre l’homme et la réalité dans laquelle il vit.

 

Marylineécrit :  

« Mais le lien à soi devient-il si incontournable lorsque l’on se lance dans la "recherche véritablement", dans la réflexion approfondie sur un thème, lorsque le journal devient "outil pédagogique". Le détour vers soi est-il alors nécessaire, justifié, utile. Qu'en pensez-vous ?? Maryline ».

C’est une question pertinente à laquelle on ne peut que souscrire, tout en revenant sur ce que nous avons dit auparavant. Te souviens-tu des questions posées sur le « moi », est-il ceci ou cela. On avait noté qu’il peut être ceci ou cela, mais en même temps le tout à la fois. Le moi c’est d’abord le moi qui écrit ; les questions qui suivent relèvent du pourquoi écrire, à qui écrire et comment écrire.

La discussion générale que l’on mène sur la pratique du journal tend entre autres à répondre à l’ensemble de ces questions et ce faisant on mène nos recherches. Si dans un journal quel qu’il soit y compris pédagogique on ne met pas du sien –le détour vers soi- le journal deviendrait une dissertation sans corps ni âme. Certes, il existe une tendance scientiste qui considère la subjectivité comme non scientifique, mais cette tendance est désavouée par la réalité de son échec pédagogique que tout le monde constate en ce moment. Cela étant, le débat n’est pas clos et il est intéressant de le poursuivre.

Laurence et Marie-Pierre évoquent le journal et le journal de lecture et Xavier parle de ce que l’on appelle l’échec scolaire. Ce sont de vastes chantiers sur lesquels il faudra revenir plus longuement.

Je vous incite à vous inscrire sur la newsletter du blog : http://lesanalyseurs.over-blog.org. Il suffit de mettre son adresse e-mail à droite, puis de confirmer l’email reçu d’Overblog. Cela ne coûte rien et peut vous permettre d’être à jour dans nos échanges et d’y participer si vous le souhaitez. Nous comptons y publier des extraits ou des journaux entiers.

 

Merci à tous les participants et à bientôt


Benyounès Bellagnech

 http://lesanalyseurs.over-blog.org/

 

 

 

 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 19:12

Bonjour

 

Ma pensée va d’abord vers ceux et celles qui hésitent à se lancer dans cette aventure pédagogique et de recherche. Qu’ils soient rassurés, c’est un sentiment que l’on peut avoir le plus normalement du monde lorsqu’on entre dans quelque chose de nouveau. Moi-même, malgré la présentation envoyée dimanche à Augustin, malgré le fait d’entamer un nouveau journal en lien avec ce forum, je me suis interrogé sur comment faire ? Par quoi faut-il commencer ? Qu’est-ce qui m’attend ?... Cela fait penser à toute rentrée scolaire ou de travail, ou encore d’arrivée dans un pays que l’on ne connaît pas avec son lot d’inquiétudes et d’angoisses légitimes ou non.

 

La lecture des premières interventions dès lundi me rassure et me donne l’impression d’entrer dans un Agora virtuel où les gens ont l’habitude de se rendre, de s’exprimer et de débattre. Je ferai de même en me précipitant, afin d’intervenir pour rattraper le rythme presque quotidien. Et pour cause. Le diarisme est une pratique quotidienne, comme son nom l’indique, et certains ont pris cette bonne habitude d’écrire au jour le jour, ce qui est louable. On va donc échanger nos points de vue sur le sujet, dans une démarche réflexive.

 

L’écriture du journal est d’abord une pratique connue, très répandue depuis bien longtemps et retrouvée dans diverses civilisations et cultures, chez les navigateurs, les aventuriers, les princes, les historiens, les romanciers, les artistes et les chercheurs dans des domaines divers et notamment dans le domaine pédagogique.

 

L’écriture du journal est ensuite une approche théorique, c’est-à-dire l’élaboration d’une vision qui accompagne la pratique. C’est une sorte d’un aller et retour de et vers les journaux que l’on écrit. Cela peut se faire aussi bien avant de commencer à écrire le journal et c’est pour cela que j’ai pensé au début à ceux qui souhaiteraient écrire le journal. Leur questionnement participe de la théorie du diarisme, dans le sens où ils s’interrogent sur : Pourquoi écrire le journal ? A quoi cela peut servir ? Quelle est son utilité et sa finalité ? Peut-on entrer ou faire de la recherche sans écrire de journal ?... Je suis d’avis d’introduire ce type de questions dans le débat car elles permettent de questionner les certitudes, de fournir à ceux qui se posent la question l’occasion de s’exprimer, arguments à l’appui, et de mieux défendre leur posture.

 

Dans ma démarche, je privilégie le débat contradictoire dans le sens où il donne vie à et envie de pousser le questionnement au bout comme étape incontournable en matière d’entrée dans la recherche. Des questions importantes ont émergé dans la discussion : Le moi, par exemple, est très présent dans tout journal, ne faudrait-il pas l’interroger. De quel moi s’agit-il ? Psychologique, psychanalytique, biologique, social, intellectuel, familial ou encore tout cela à la fois ?

 

La spiritualité peut aussi se transformer en question de recherche. La vivre c’est bien, partager une réflexion sur la question est encore plus souhaitable. Je peux dire la même chose de la profession, de l’institution, de la recherche, etc.

 

Le journal qui est une forme d’expression et de représentation peut être le moyen également d’approfondir ces questions en les transformant en objet unique ou pluriel de recherche. Ainsi on peut qualifier le journal de journal de recherche.

 

Dans les interventions, certains abordent le journal de lecture. En ce qui me concerne, je renvoie encore une fois à un journal de lecture intégré dans le corps de ma thèse. Je vous invite, pour ceux qui ont le temps, à jeter un coup d’œil sur cette partie, ou sur la partie intitulée «Comment j’ai écrit mes journaux ».

 

Dialectique et pédagogie du possible, métanalyse Tome 1 :

http://193.54.168.65/docs/IMG/pdf/These_de_Benyounes1-2.pdf

Dialectique et pédagogie du possible, métanalyse Tome 2

http://193.54.168.65/docs/IMG/pdf/These_de_Benyounes2-2.pdf

 

Par ailleurs, je viens de mettre en ligne aujourd’hui sur le blog une note de lecture publiée dans les IrrAIductibles, sur le livre : Voyage à Rio. Sur les traces de René Lourau de Remi Hess, comme exemple qui répond au lien entre le journal et le voyage.

http://lesanalyseurs.over-blog.org/article-28360297.html

 

A bientôt

Benyounès Bellagnech

 

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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 19:08

Bonjour

 

Avant d’intervenir ce dimanche matin dans ce forum, je relis les neuf pages - écran, ce qui représente 32 textes. Ma première réaction se résume dans un sentiment de plaisir, d’abord de lire les uns et les autres et ensuite de partager presque les mêmes préoccupations quant à l’écriture du journal.

 

Mon point de vue ne peut être considéré que dans le cadre de la relation pédagogique telle que je la conçois et me semble-t-il l’ensemble de ceux qui ont écrit. Autrement-dit, mon statut d’intervenant externe à l’EC, sans contrainte de validation pour l’obtention du diplôme et n’étant pas rémunéré pour cette participation, me permet une certaine liberté dans la manière d’aborder les questions soulevées dans ce forum.

 

En effet, la pédagogie est d’abord une relation. Celle-ci ne peut être établie qu’à partir de deux personnes. Dans notre cas, nous sommes plusieurs à entrer en interaction. La nouveauté pour moi, et pas seulement, réside dans le fait que la pédagogie de tout temps a été une relation concrète entre des personnes qui se rencontrent dans la réalité, ce que l’on a appelé le présentiel, avant, pendant et après l’école, tandis que notre relation pédagogique se situe dans le virtuel. C’est une pratique qui a tendance à se généraliser. Il serait temps de l’interroger et de la traiter comme problématique de recherche. Il s’agit d’une simple suggestion que je tente d’appliquer d’abord à moi-même et de proposer à ceux qui y voient un intérêt quelconque de recherche.

 

Revenons maintenant à notre carrefour. Il n’est pas question pour moi de tenter un résumé des interventions, ou de privilégier tel ou tel sujet ou telle ou telle question à traiter. Il n’est pas non plus question de rassembler le tout et d’en dégager « l’essentiel » comme le veut l’habitude scolaire. Ma démarche relève de la dialectique, dialectique qui exige entre autres de tenir compte de la singularité, non pas dans l’absolu, mais dans l’expression relative et en lien avec l’universel. Dans notre cas concernant ce forum sur le journal, la singularité pourrait être le propre style de chacun, la propre voie, les caractéristiques de chaque diariste ; et le fait de participer au forum est une approche pédagogique spécifique désignée dans le cas présent par l’entrée dans une relation pédagogique. Nous sommes bel et bien entre nous des pédagogues qui échangeons nos idées sur notre pratique diaristique.

 

Je partage avec Elise, Claire, Marion, Pauline et Maïa, l’interrogation sur le devenir du journal. Je l’ai vécu à mes débuts en tant que diariste. J’ai commencé par écrire ce que j’avais appelé à l’époque Le journal total, dans lequel je consignais tout ce qui me passait par la tête. Au bout de cinq volumes – le volume étant un cahier de 192 pages – j’ai arrêté d’écrire ce journal, grâce et suite à des échanges avec Remi Hess, aux lectures des travaux de recherche sur les journaux : Le journal de recherche de René Lourau, La pratique du journal de Remi Hess, Le journal d’exploration de Jean-Manuel Morvillers… et aussi grâce aux lectures de journaux célèbres de Kafka, Malinowski, Leiris, Castaneda…

 

Un autre facteur qui a été –me semble-t-il – déterminant réside dans les échanges avec Remi Hess, lequel développe la théorie des moments, et comme le souligne Vincent à juste titre, l’approche des moments peut faciliter la distinction dans la vie entre les moments : travail, fête, amour, famille, voyage…

 

Il est à noter, toutefois, que l’institutionnalisation de la recherche exige par le biais de la commande, qu’un travail de recherche soit rendu dans le temps et dans la forme. Pour répondre à la commande, on se sent dans l’obligation de se décider un jour ou l’autre à fournir une compilation appelée épreuve, ou travail de recherche. Sur ce point, je suis en accord avec Annabel et Jean (progression par le journal et AI et journal).   

 

Quant au sujet de recherche, je ne suis pas de l’avis consistant à dire que l’on sait à priori ce que l’on cherche : l’objet de recherche se révèle en cherchant, en lisant, en écrivant, en se posant des questions, en essayant de trouver des réponses ; en se posant la question du plaisir et de la contrainte que cela nous procure ou nous impose. J’estime que l’on peut se laisser aller et emporter par ce que l’on vit et ce que l’on découvre au jour le jour. Le journal est un outil merveilleux qui trace la voie de la recherche. Après tout, en Licence, il n’y a pas à ma connaissance de mémoire de recherche exigé en fin d’année d’étude. Ce n’est qu’une préparation à l’entrée dans la recherche.

 

Les réponses de Patrick, de Vincent, de Flora, de Nadine me paraissent convenables. Je me sens en résonance avec vous sur les différentes méthodes de classification. Le plus intéressant à retenir est la liberté de disposer par soi-même de ce que l’on écrit. Le diarisme échappe au contrôle. Ce n’est qu’à la restitution ou lorsqu’on s’interroge sur le destinataire du journal que les problèmes commencent. L’une des pistes d’exploration est la concertation, la discussion, le fait de poser le pour et le contre et la finalité de donner à lire ou à publier son journal. Je suppose que tout diariste se pose cette question et nous aussi.

 

Avant de passer à un autre sujet, je m’adresse à Maïa pour lui dire que le fait de poursuivre l’écriture de son journal n’est pas en contradiction avec la question qu’elle se pose sur la place de la recherche. Le journal est intimement lié à la recherche et celle-ci se révèle et se décline par le journal entre autres : observations, enquêtes, archives, entretiens… Me concernant, lorsque j’ai abandonné le Journal total, j’ai écrit le Journal de l’implication tout en le limitant à la description de ce que je vivais à la fac : séminaire, réunion, colloque, rencontre, etc. Ainsi ce journal là comme mes autres journaux avaient chacun leur objet spécifique, mais je ne pouvais pas les concevoir comme dissociés du Journal de la recherche ; c’est l’ensemble qui m’a aidé à m’orienter vers le concept de la Pédagogie du Possible.

 

Arielle : tu évoques le journal de lecture. Je suis en parfait accord avec toi. En effet, la lecture n’est pas aussi simple que l’on essaie de nous le faire croire, c’est une pratique plus complexe et ce malgré l’apparence d’une stabilité du corps, elle mobilise d’autres compétences, sens, souvenirs, vécus, lieux, circonstances, aspirations, etc. C’est pour cette raison que du moment où l’on commence à interroger la lecture, on découvre des problèmes, d’autres questions que les non diaristes ne se posent pas. En ce qui me concerne et dans la continuité de ce qu’Arielle écrit, je distingue dans la lecture entre l’écriture d’une note de lecture qui est soumise à la commande de l’éditeur de l’ouvrage, à son auteur ou à une publication dans une revue. Ce faisant, je lis en essayant d’aller à l’essentiel, - ce qui reste bien évidemment relatif -, de ce que l’auteur du livre veut transmettre au lecteur. Je deviens alors comme un soutien qui défend l’ouvrage en tentant de convaincre le lecteur d’aller lire le livre en question. Est-ce que la note de lecture peut faire partie du Journal de lecture ? La réponse est oui. La différence entre les deux postures, c’est qu’en écrivant tout simplement son journal de lecture, on se permet tout : être ou de ne pas être d’accord avec l’auteur, accepter ou rejeter ces arguments, apprécier ou non son style, porter un jugement sur le fond comme sur la forme, dire si l’on éprouve du plaisir ou du déplaisir à le lire. Bref, on prend le large et de la liberté dans la manière de traiter ou d’interpréter le livre. On peut même se permettre d’écrire que le livre n’a aucun intérêt pour nous et ne rien écrire dessus. Libre à nous de justifier ou non cette position.


La discussion entre Vincent et Patrick me concerne dans le sens où elle traite de la transe. Votre échange avance bien. Je voudrais juste ajouter une suggestion dans le débat en évoquant Georges Lapassade, lequel a consacré une partie de sa vie et de sa recherche à cette notion. Il définit la transe par l’état de conscience modifié, et ce après plusieurs années de recherche  documentaire et de terrain en Tunisie, au Brésil, au Maroc, en Italie. Il me semble qu’il est difficile pour un chercheur de traiter la question de la transe sans aller voir du côté de Georges Lapassade.

 

Avant d’achever mon intervention dans cette discussion, je dois ajouter une dernière remarque sur la contextualisation de ce débat. En tant qu’étudiants en Licence, êtes-vous en grève ou pas. Quelle est votre approche de la situation à partir de votre milieu de travail, d’études, de famille, de société, média ou autre ? Je pose cette question non pas pour interroger nos implications seulement, mais parce que l’une des conditions du diarisme est l’écriture au jour le jour, et lorsqu’on regarde, on écoute, on observe, on lit, on est obligé parfois de traiter du mouvement social, de l’école, de l’université, de l’Outre-Mer, de la grève générale…etc. Nous avons l’exemple de L’université en transe,  écrit par Georges Lapassade, Patrick Boumard et Remi Hess, le numéro cinq de la revue Les irrAIductibles : L’école et l’université en question. Il me semble que le regard du diariste a quelque chose de spécifique et mon souhait est de pouvoir échanger aussi sur ce sujet.

 

Avec l’intervention d’aujourd’hui, j’ai eu l’idée d’entamer une rubrique dans « notre blog » http://lesanalyseurs.over-blog.org sous le nom de pédagogie virtuelle, dans laquelle je mettrai en ligne mes contributions en vue d’élargir la discussion avec d’autres qui ne sont pas nécessairement inscrits dans un cursus universitaire.

 

A bientôt

Benyounès Bellagnech                                   

 

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