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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 10:15

Commentaire sur Le journal pédagogique (9)

http://lesanalyseurs.over-blog.org/article-le-journal-pedagogique-9-97635631.html

 

Il y a dans ce post quelque chose de la perte. Quelque chose qui ne permet plus de supporter l’évènement, un évènement qui passe par l’oral et non l’écrit. Une sorte de basculement entre l’écrit et la parole. Entre l'amour du journal « A leur place souvent, j’écrirai mon journal, cela permet d’être sujet mais sans déranger le prof » et le rien, le rien de ceux qui n'écrivent pas. Je pense aux agendas scolaires de collégiens que je suis en train de récupérer, d’archiver. Créatifs, remplis d’humour, sorte de journaux de résistance. Pourquoi écrire un journal ferait de celui qui perturbe un cours, un être plus "sujet" qu'un autre ? Alors qu'il l'est autant en écrivant un journal qu’en parlant et discutant avec d'autres, et en se posant comme perturbateur ? N’est ce pas la même façon de se mettre à l’écart du collectif ? Est-ce que écrire c’est la même chose que penser à, et parler de ? Je m’en pose des questions. Pourquoi soudain dans un cours un élève n’est plus attentif au collectif, qu'est ce qu'ils avaient donc à se dire ces deux là ? Moi qui aime tant écrire, je sais que le journal est un outil de résistance formidable, silencieux, ami, confident, consolateur, intime, réparateur … Qui perd dans ce jeu, ceux qui sont sortis ou ceux qui ne sortiront pas ? Pourquoi donc choisir le bruit alors ... comme ces deux "délinquants".


Le journal lui est toujours là, physique mais pas vivant de respiration, il n’est pas de chair et pourtant il est la vie. C’est compliqué ce débat entre les lignes, mais aussi le débat collectif oral, mais de là émerge la pensée de chacun. L’une se lit l’autre s’écoute.

 

Remi dans ce post nous parle de son désir que ses étudiants vivent « la transe pédagogique » comme lui, les mots d’amour et d'émotion y sont forts, "j’adore mes étudiants, j’aimerai, transe, hystérie" adieu, retraite, j’ai fait mes 40 ans je retourne peindre (Remi peignait-il à la naissance et avant la naissance) qu’est ce que je « retour » je me suis dit. Il écrit « Je retourne peindre dans mon atelier ».

 

Quelle solitude finalement entre les mots écrits et la peinture, moi qui pratique les deux et qui ne suis pas une solitaire, je sais que ce sont des moments très seuls et en même temps bâtisseurs, constructeurs et encore une fois consolateurs. Comme si ce n’est justement pas l’autre qui console, mais soi avec les ateliers, les chantiers que l’on mène à bien ou à mal, comme l’écriture d’un livre ou l’achèvement d’un tableau. Ces naissances là, qui se renouvellent sans la dépendance de l’autre, sans dépendre de l’autre, comme pour la naissance d’un enfant l’autre est toujours là, avec son pouvoir de ne pas nous l’offrir, nous faire devenir mère, père ou grand-mère et grand père. Le journal, ou la peinture (et d’autres créations qui engagent le corps et l’esprit) sont sacrés, car elles sont à notre disposition sans se refuser à nous.

Dans ce post, je sens l’émotion des instants qui fondent, qui ne s’inscrivent nulle part, dans aucune mémoire. A part justement dans l’écrit et non dans la parole. Ce groupe perturbateur, n’est pas dans le désir du prof. Ça a à voir avec justement la règle et la loi et la sanction de Luca, de la conférence de Luca. Quel cadre avons-nous pour maintenir ce désir de l’autre dans le possible ?


Quel désir avons-nous de l’autre ? Puisque même en étant perturbateurs, l’autre sera cité dans un post, il prendra plus d'importance que tous les autres élèves étudiants non perturbateurs. On apprend dans ce post en effet « qu’ils sont sortis » ces deux « anti transe pédagogique », ils ont eu un instant le pouvoir de ne pas faire revenir le prof … l’abîme pédagogique, du découragement, de la tristesse, de l’impuissance de la loi et de la règle sur certains.


Oral bien souvent supérieur à écrit, cet abîme qui rend chacun abîmé. Abîmé du désir de l’autre, du partage avec l’autre, du désir de l’autre. Ces étudiants, ces gens dans notre vie qui entrent « chez nous » pour partager du « avec nous » et qui après être entrés de leur plein gré, en ressortent par effraction. C’est en cela je crois que ce découragement de Remi a à voir avec la perte, la perte de l’autre, comme sujet désirant. C’est le désir qui est mis à mort, désir cruel "que l'autre m'écoute, partage, soit là, ait une présence", désir débouchant sur une déception aussi glacial qu’une prison, dans laquelle bien sur la liberté seule est en jeu. Le prof se transforme en gardien alors pour préserver non pas son pouvoir, mais le désir du désir.

 

Catherine Boivin

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 09:12

L'instituant ordinaire

 

La psychothérapie institutionnelle tente alors de recréer à l'intérieur de l'hôpital des espaces de responsabilisation, des espaces où chacun peut être sujet d'une charge. On multiplie les "institutions internes". Si on n'a pas de pouvoir sur les institutions externes (le statut du médecin, la loi gérant les attributions hospitalières), par contre on a la possibilité de créer ou de dissoudre les institutions internes : le club d'ergothérapie, le bar, les clubs de sport, l'atelier cuisine, etc. Ces institutions sont gérées au niveau d'une assemblée générale, d'un collectif, d'un conseil qui se réunit et qui évalue le travail de chaque espace, tant au niveau de son efficacité fonctionnelle que thérapeutique. De cette expérience dans laquelle chacun est impliqué à plusieurs niveaux (personnel et organisationnel, notamment), des concepts émergent. Une théorie se produit à partir du mouvement de la pratique, ce que Georges Lapassade a pu nommer / 'instituant ordinaire.

 

La psychothérapie institutionnelle a produit quelques concepts : institutions internes, institutions externes, groupes objets et groupes sujets, l'analyseur. Cette théorie amorcée par François Tosquelles dans les années 1950, ainsi que par l'équipe de psychiatres de Saint Alban se développe fortement dans les années 1960, à la Borde, sous l'impulsion de Jean Oury et de Félix Guattari.

 

Un aspect qui peut expliquer l'autre rapport à la différence qui s'est créé à Saint-Alban est l'aventure vécue par François Tosquelles lui-même. Médecin psychiatre espagnol, engagé du côté de la Révolution espagnole, il se trouve obligé d'émigrer après l'échec de la Guerre d'Espagne. Il est accueilli à Saint-Alban par des amis médecins, qui sont engagés politiquement à gauche, comme lui (ils sont proches du parti communiste). Son diplôme n'est pas reconnu en France. On lui donne alors un poste d'administratif dans l'hôpital ou de plongeur à la cuisine (nous ne connaissons pas les détails de l'histoire). Mais en même temps, on a conscience que, si l'institution externe ne reconnaît pas les titres du personnage, à l'intérieur, on sait qu'il est un grand thérapeute. Pour gérer cette contradiction, et en attendant qu'il repasse ses diplômes en France (ah les équivalences!), on lui dit qu'il a un rôle thérapeutique. Du coup, on découvre que la thérapie est un processus collectif. Le cuisinier, la femme de ménage peuvent intervenir dans le suivi des malades. Cette situation particulière change le rapport médecin/malade. Même les malades peuvent être thérapeutes pour leurs collèges ! On joue tous, à tour de rôle, différentes fonctions les uns pour les autres. A un moment ou à un autre, on devient un intervenant interne...

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 10:15

Histoire de la psychothérapie institutionnelle, telle que nous nous la racontons

 

Les Allemands avaient envahi la France. C'était entre 1940 et 1945. L'approvisionnement en nourriture était difficile pour tout le monde. Mais plus difficile encore pour les établissements psychiatriques. Y avait-il un projet nazi d'affamer les fous? Y avait-il une logique d'euthanasie de masse à l'égard des "populations dégénérées"? Des indices montrent qu'il y a eu, tant du côté allemand que du côté français, des gens qui ont mis de la volonté administrative à ne pas répondre aux demandes alimentaires des hôpitaux psychiatriques.

 

À Saint Alban, en Lozère, dans un établissement situé à près de 1000 m d'altitude, la famine touchait l'hôpital. Les médecins n'avaient plus rien à donner aux malades. Allait-on les laisser mourir?

 

Quelqu'un fit alors une proposition:

 

-Et si on mettait les malades dans les fermes avoisinantes ? Ces fermes ont du mal à fonctionner. Les hommes sont partis à la guerre. Beaucoup sont prisonniers en Allemagne. Les femmes ne font plus face aux travaux quotidiens. Si on mettait les fous à leur disposition, ceux-ci pourraient rendre des services. Et en échange, ils pourraient manger, car il y a toujours quelque chose à manger dans une ferme ! La guerre est moins dure à la ferme qu'à la ville, ou dans les institutions fermées!

 

Cette proposition rencontra un enthousiasme de la part de toutes les parties concernées.

 

Si cette histoire est vraie, il est dommage qu'une enquête n'ait pas été faite et que l'on ne dispose pas de descriptions du vécu de ces années, mais il semble que la fin de la guerre ait obligé à interrompre cette expérience de sectorisation avant l'heure.

 

Quand les prisonniers sont rentrés, les fermières ont dû reprendre la place d'épouse. Leur mari leur a repris la responsabilité de chef de chantier, d'exploitant agricole.

 

Et les fous? Il a bien fallu qu'ils reprennent le chemin de lhôpital ! Maintenant, que l'on disposait à nouveau de nourriture, il fallait qu'ils reviennent à la chronicité. Cela n'a pas dû être très facile ! Peut-être ces malades s'étaient-ils habitués à l'ouverture, au travail à la ferme, à la responsabilité, à l'engagement dans des tâches utiles?

 

On imagine bien les ajustements qui doivent s'opérer dans de telles circonstances. Ces ajustements n'ont pas été sans regret, sans souffrance peut-être ! L'absence entraîne une autre vie de sa part et des autres. Il faut retrouver les marques d'avant. Mais on ne les retrouve pas exactement comme avant. Il y a toujours quelque chose qui a changé. Les gens qui ont connu l'exil connaissent cette difficulté de retrouver son chez soi, qui n'en est plus un.

 

On peut bien imaginer combien ces 5 ans d'ouverture de l'hôpital de Saint Alban ont fait bouger les choses : le retour à l'état d'avant ne s'est pas fait simplement. Les médecins ont dû constater que les fous s'étaient rendus utiles. Certains n'étaient-ils pas parvenus à la guérison ? Mais ceux qui avaient fait l'expérience de l'ouverture demandaient que l'on n'en revienne pas purement et simplement à la période d'avant 1940, qui était celle de l'institution totale, de l'enfermement !

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 11:16

CHAPITRE 4 :

 

La psychothérapie institutionnelle

 

S'intéresser à la psychothérapie institutionnelle, c'est faire un retour en arrière, essayer de se pencher sur les origines de l'analyse institutionnelle.

 

La psychothérapie institutionnelle, connaissance ou savoir reconstruit ?

 

La psychothérapie institutionnelle existait déjà, quand nous sommes nés. Nous pouvons dater la naissance de la psychothérapie institutionnelle aux années 1936-1945, bien que la théorisation de ce mouvement sous ce concept ne survienne qu'à partir de 1952.

 

Peut-on raconter une histoire que l'on n'a pas pu vivre ? Ce que nous transmettons ici est un savoir, et non une connaissance. La connaissance c'est un acquis que l'on a produit. On est né avec. C'est une co-production de la chose et de soi. Le savoir, c'est de la connaissance accumulée (par d'autres avant vous et/ou ailleurs). C'est ce que montre l'ouvrage de Michel Authier, auteur essentiel pour les institutionnalistes, à Pays de connaissances (1).

 

Ce que nous racontons maintenant est un savoir construit. C'est le savoir que nous avons voulu acquérir pour comprendre les origines du mouvement institutionnaliste, dans lequel nous sommes entrés entre mai 1968 à Nanterre, pour R. Hess, et 1978, pour Gabriele Weigand. À ce moment-là, l'Analyse institutionnelle se dégageait de ses origines : la psychothérapie et la pédagogie institutionnelles. Quel savoir sommes-nous parvenus à élaborer de cette phase antérieure à celle que nous avons vécue comme acteurs, comme militants, comme théoriciens?

 

L'histoire que nous racontons à nos étudiants, et que nous nous racontons, a-t-elle un rapport avec une quelconque réalité, ou est-ce purement et simplement un mythe? C'est de toute manière une belle histoire. Il y a certainement une part de mythe dans ces histoires que l'on reprend à d'autres, et que l'on embellit à chaque narration! Cela a-t-il du sens de raconter de telles histoires? N'est-ce pas participer à la création d'un mythe ? Encore une fois, donc, nous reprenons cette histoire.

 

Quand nous avons montré à Georges Lapassade la première version de notre livre, il a dit : il manque un chapitre sur la psychothérapie institutionnelle.

 

La psychothérapie institutionnelle est un bon thème dans ce cours, car cela montre un mouvement historique, un continuum.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

(1) Michel Authier, Pays de connaissances, Monaco, éd. du Rocher, 1998.

 

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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 09:52

IV) L'analyse institutionnelle et les sciences sociales traditionnelles

 

Dans la lutte contre l'aliénation et la bureaucratie, les institutionnalistes proposent des méthodes qu'ils distinguent des procédés des sciences sociales traditionnelles et de la tradition de la recherche-action. Confronter l'Ai à ces deux traditions permettra de montrer quelques dimensions caractéristiques de l'analyse institutionnelle.

 

Dans le domaine d'une analyse des institutions, selon le modèle sociologique traditionnel, on peut mentionner les études françaises bien connues par les lecteurs allemands : d'une part celle de Baudelot et Establet dans L'Ecole capitaliste en France (1971) et les études de P. Bourdieu et J. C. Passeron sur Les Héritiers ou La Reproduction. Dans ces deux cas, les auteurs arrivent à élaborer leurs thèses à partir de recueils de données quantitatifs. Ils mettent l'accent sur une élucidation objective des faits sociaux. Là du moins est leur projet. Bien qu'ils montrent une attitude critique envers l'ordre social, ils ne visent pas directement le changement social.

 

René Barbier caractérise cette forme d'approche, vue par un institutionnaliste comme "une analyse institutionnelle sur le papier". Par cette formule, il indique une dimension caractéristique de l'analyse institutionnelle : la critique de ces études quantitatives faites du dehors. Pour les institutionnalistes, intervenir dans l'ici et maintenant des institutions semble être la meilleure manière d'entreprendre l'analyse. Sur un ton ironique, R. Lourau voit dans ces études une sorte de compilation de tableaux, de statistiques, de courbes avec seulement quelques pages de textes (1)! Là contre, l'analyse institutionnelle se trace son propre chemin. Ce chemin semble se rapprocher - à première vue - des hypothèses des différents courants de la recherche-action.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 (77) - R. Lourau, "Travailleurs du négatif, unissez-vous", in Basaglia et al. Les criminels de paix, Paris, PUF, 1980, p. 187.

 

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25 mars 2012 7 25 /03 /mars /2012 14:57

Premier commentaire :

Les distinctions que Michel Lobrot propose sont, à mon avis, tout à fait pertinentes : ce sont les hommes qui forment les autres hommes - et j'ajoute, eux-mêmes. Pour rester bref - ce que Michel Lobrot souligne est moins une critique que plutôt une précision.

Mes recherches sur la métaphore de la translatio imperii m'ont fait prendre conscience qu'il y a d'autres approches à la formation des collectivités face auxquelles l'analyse institutionnelle reste tout à fait impuissante. Par conséquent - et encore en prenant un raccourci, à déployer ailleurs - pour qu'il y ait institution, il faut des hommes formés d'une certaine manière.


P.S. Problématique à considérer en période électorale : quel concept de collectivité sous-tend les différents programmes proposés par les candidats ?

Cordialement, Leonore Bazinek.

 

Un commentaire vient d'être posté par Luc Desdoigts

Et le bas de la page de ce post nous proposait par hasard ce jour-là cette conclusion:

"Votre Permis Retiré ?

Annulation ou Suspension Récupérez votre permis de conduire !"

Cela me semblait, en effet, une conclusion de circonstance.

 

Message

A qui répond Michel Lobrot ?


Bonjour, 
Suite à la mise en ligne aujourd'hui de la réponse de Michel Lobrot à une réaction au texte de lui récemment publiée sur ce blog, je suis intéressé, si possible, pour prendre connaissance de cette réaction institutionnaliste - et que sauf erreur de ma part vous n'avez pas publié sur le blog.

Vous remerciant,

Bien Cordialement,

Jérémy P. (Etudiant à Paris 8)

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 08:32

Cher ami,

 

Enfin des réactions par rapport aux critiques que je fais à l’analyse institutionnelle…

 

Bien sur que l’analyse institutionnelle ne peut pas se réduire à la posture rogérienne ou à la mienne. Ceci est vrai par définition. Tout le problème est de savoir ce qui peut faire changer les individus, car finalement, qu’on le veuille ou non il faut atteindre les individus, que ce soit au travers de l’institution ou autrement. Or, ce que je prétends et qui ne peut être résolu par des discours mais seulement par l’observation est que les individus ne sont pas atteints par les institutions, même si celles-ci changent. Je veux dire qu’ils ne sont pas atteints dans leur idées, leurs convictions, leurs croyances, etc. Ils sont touchés bien sûr, mais non changés. Par exemple Remi Hess ne parle que de Lourau, Lapassade, Henri Lefebvre parce que c’est eux qui l’ont formé. Ce ne sont pas des institutions mais des hommes. Je suis sûr qu’il en est de même pour toi comme pour moi. Je n’affirme pas que les institutions n’ont aucun effet ni aucune action ce qui serait absurde. Mais je prétends que les institutions ne forment pas les hommes. Ceux-ci sont formés par d’autres hommes, qui sont ou non dans des institutions. Voilà ma position, qui est forte. Ceci dit je ne crois pas que l’action politique ou institutionnelle soit inutile….

 

Bien amicalement,

 

M.Lobrot

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 09:58

III) L'approche anthropologique de l’analyse institutionnelle

 

Les socianalystes ne situent pas le point de départ pour un changement, en priorité, au niveau de la société globale, mais plutôt au niveau du micro­social, c'est-à-dire au niveau des groupes et des individus. Sans poser explicitement la question anthropologique (1), l'analyse institutionnelle s'enracine dans l'idée que l'essence de l'homme est d'être capable de se prendre en charge, d'être sujet de sa vie et de son histoire. En même temps, l'analyse institutionnelle vise une réalisation de cette essence de l'homme, en prônant une autogestion non seulement au niveau du projet individuel ou inter-individuel (modèle psychosociologique), mais aussi au niveau social -qu'il soit micro ou macro - (niveau politique).

 

En posant de tels principes, elle n'a pas l'illusion qu'elle va susciter une utopie ou une harmonie, à la manière d'un Rousseau ou d'un Fourier... L'idée de supprimer les tensions entre la volonté individuelle ou la "volonté de tous" et la "volonté générale" ne fait pas partie de son projet.

 

Au contraire, elle voit le fondement du social dans cette tension entre l'individu et les institutions, entre l'aliénation et l'autogestion, entre la réification et la liberté, c'est-à-dire la dialectique entre l'instituant et l'institué engendrant une multitude de contradictions. En voyant ces contradictions, l'analyse institutionnelle confie à l'homme une autonomie vis-à-vis des structures sociales (groupes, organisations, institutions...), et de l'État. Et en plus, elle croit en sa capacité et sa possibilité de lutter contre le danger permanent de l'aliénation et de la réification.

 

La réalisation de ce projet prend forme dans la posture que peut choisir l'homme de ne pas accepter le système institutionnel tel qu'il est, et qui traverse sa vie, mais d'objectiver ce système en l'analysant, en le décrivant, en le critiquant et en faisant des efforts pour intervenir pour le changer. Cela signifie que l'homme ne naturalise pas le système institutionnel comme à l'époque de l’« état de droit divin ». Dans le prolongement de Tocqueville, l’institutionnaliste sait qu'aucune institution n'est éternelle, qu'aucune institution ne peut survivre à la volonté des hommes. L'institutionnaliste pense donc la praxis (individuelle, mais aussi articulée à d'autres) comme possibilité d'être sujet du processus d'institutionnalisation de la société.

 

L'analyse institutionnelle, contrairement à ce qu'un lecteur pressé pourrait croire en lisant certains passages de livres de Michel Lobrot (par exemple), ne peut pas se réduire à une posture rogérienne ou à une posture de psychologie humaniste qui met au centre de tout changement : l'individu. L'analyse institutionnelle regarde toujours l'homme dans ses rapports groupaux et sociétaux. Pour Carl Rogers, la limite du projet "libertaire" ne se situe pas en effet au niveau de l'individu. Par un travail sur l'individu, celui-ci peut en effet conquérir sa liberté (2). La limite rogérienne de la liberté se situerait plutôt dans tout le système social qui entoure l'individu, et qui empêche toute possibilité d'autogestion sociale. Par contre, dans l'analyse institutionnelle, même si on trouve comme chez Rogers une confiance en l'homme, celle-ci va plus loin dans la mesure où elle pousse cette confiance jusqu'à l'idée que l'homme peut jouer sur son environnement social.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

(1) Encore que l'on puisse trouver dès L'entrée dans la vie, de G. Lapassade, 1963, une solide lecture anthropologique chez les Institutionnalistes. R. Hess ne dirige-t-il pas la collection "Anthropologie" aux éditions Anthropos?

 

(2) Voir C. Rogers, Le développement de la personne, Paris, Dunod, 1972.

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 10:08

Chers amis à titre individuel, ou membres de collectifs, d'associations ou de réseaux dont je fais partie.

 

Il y a environ une semaine, choqué par les dégâts humains considérables suite à la poursuite du démantèlement des RASED, j'avais rédigé une lettre ouverte aux cadres de l'Education nationale.

 

Les rééducateurs de l'Education nationale du Bas-Rhin et du Haut-Rhin ont décidé hier de donner à cette lettre toute la diffusion possible : responsables de l'Education nationale dans la France entière, élus, parents, associations, collectifs, réseaux sociaux, organes de presse, syndicats concernés par les problèmes de l'éducation. Cette lettre leur est apparue un peu comme une dernière cartouche susceptible de faire bouger quelque chose.

 

Je m'adresse donc à tous ceux qui ont un réseau personnel même étroit, aux amis de la Pédagogie Freinet ou Institutionnelle, d'Europsy, à ceux à qui je suis lié simplement par l'amitié.

 

Peut-être arriverons-nous à quelque chose ?

 

La lettre est en format pdf, ce qui permet moins de manipulations malveillantes (c'est déjà arrivé !)

 

A tous et à chacun,

 

Raymond

 

 

 Lettre ouverte

 

 

Raymond Bénévent, philosophe, ancien professeur à l’IUFM d’Alsace/Université de Strasbourg

 

Destruction de l’Education Nationale : responsables et exécutants, comment vous sentez-vous ?

 

Mesdames et Messieurs les Inspecteurs de l’Éducation Nationale,

Et Mesdames et Messieurs les Inspecteurs (aujourd’hui Directeurs) d’Académie (peut-être?)

Mesdames et Messieurs les Recteurs d’Académie (sait-on jamais ?),

 

Pour avoir quelque chance d’être lu, permettez-moi de préciser d’emblée que ce courrier n’est pas d’accusation, mais bien plutôt de compassion. Manière de dire que je n’aimerais pas être à votre place dans les moments présents…

 

Dans les semaines écoulées en effet, sont tombées simultanément, dans toute la France, les décisions de fermetures massives de classes, voire d’écoles, et les notifications de suppression de postes en Réseaux d’Aide Spécialisée pour les Elèves en Difficulté (RASED), voire de RASED tout entiers. Ainsi s’achève le démantèlement complet du seul dispositif qui permettait aux enfants ne parvenant pas à s’intégrer dans l’univers scolaire de retrouver quelque chance d’y accéder. Je pourrais développer ici la méprise – ou la supercherie – qui consiste à essayer de faire croire que ce dispositif pouvait être avantageusement remplacé par une « aide personnalisée » dont le présupposé est que les difficultés scolaires sont avant tout d’ordre cognitif ou méthodologique, et que, à part quelques cas qu’il faudra médicaliser (s’ils sont petits) ou judiciariser (s’ils sont adolescents) il n’y aurait à accompagner que des enfants ayant intégré le métier d’élèves mais y rencontrant des difficultés. Déni massif de la réalité, aveugle au sort de ceux pour qui l’univers scolaire signifie tellement peu qu’il est inexistant, ceux qui ne peuvent trouver l’entrée d’un édifice qui n’a pour eux aucune réalité, ceux-là qui sont massivement les «clients» des Rased. Bref, le nouveau dispositif, s’il peut servir à quelques-uns, déjà élèves mais empêchés, n’est pour les autres même pas un «emplâtre sur une jambe de bois», mais un « emplâtre à côté de la jambe de bois !» J’ai travaillé, en philosophe, les tenants et aboutissants de cette méprise, mais ce n’est pas là ce qui me mobilise aujourd’hui. C’est quelque chose de beaucoup plus simple, et cependant dramatique.

 

Qui a été chargé de décider les fermetures de classe et de les annoncer ? Des « Commissions » diverses, au niveau académique ou départemental, protégées par leur effet d’anonymat collectif. Mais qui a dû informer, pour les personnels des RASED, maîtres E (enseignants spécialisé chargés de l’aide à dominante pédagogique) et maîtres G (enseignants spécialisés chargés de l’aide à dominante rééducative) de la suppression de leur poste, voire de l’intégralité de leur réseau, après avoir dû choisir les condamnés ? Dans la plupart des cas, vous-mêmes, Inspecteurs de l’Education Nationale de leur circonscription.

 

Or face à vous, la plupart des enseignants spécialisés concernés ont vécu une triple sidération:

 

1 – Celle de voir tenus pour rien leur compétence, leur engagement, l’itinéraire de toute une vie professionnelle.

 

2 – Celle de réaliser que rien décidément ne semble pouvoir arrêter une entreprise de destruction systématique emportée par sa propre folie, que rien ni personne, enseignant, parent ou élu n’est désormais capable de tenir en respect.

 

3 - Mais celle surtout de se voir annoncer leur propre annulation et celle de tout un dispositif par des Inspecteurs, assez souvent anciens collègues qui, pour la plupart, désapprouvaient ce qu’ils étaient chargés d’annoncer. Et si quelques-uns ont exécuté la consigne sans troubles apparents, il n’en a pas été de même pour tous :

 

- certains d’entre vous ont laissé apparaître leur trouble et même une certaine détresse, finissant par s’abîmer dans une demande muette d’être soutenus par ceux-là même qui allaient être décapités !

 

- d’autres s’en sont sortis en se « déshabitant », en se clivant, en renonçant à leur propre parole de sujets pour n’être que les « ventriloques » glacés de la parole officielle.

 

- d’autres parmi vous que l’on connaissait humains, amicaux, mais surtout habités par une vraie foi en l’école républicaine, ont joué le cynisme : « Bien sûr, vous perdez votre poste, mais vous n’avez rien à craindre : vous restez fonctionnaires, et c’est bien cela qui compte pour vous, n’est-ce pas ? »

 

- d’autres enfin ont viré aux manoeuvres de type pervers, utilisant d’anciens témoignages de découragement pour les retourner contre les auteurs. À un ancien Maître E privé de son poste : « Vous m’aviez bien dit il y a 2 ans que vous étiez prêts à sortir de l’Enseignement spécialisé, que vous pensiez sans avenir. Alors voilà, j’ai pensé à vous ! »

 

Ce sont la violence et le potentiel de destruction portés surtout par les deux dernières attitudes qui ont sidéré vos interlocuteurs : vous étiez pour eux méconnaissables !

 

Êtes-vous pour autant des salauds, des traîtres, des arrivistes ? Non, simplement des hommes et des femmes parmi d’autres qui, soumis au piège de la double contrainte, ne peuvent que se briser, se cliver, ériger tout l’édifice des dispositifs de défense, y compris les plus destructeurs pour autrui, le cynisme et la perversion, pour tenter d’éloigner d’eux des dilemmes insoutenables.

 

À quel prix pour les autres, mais aussi pour vous ? Se remet-on jamais d’avoir cédé sur sa foi, sur son éthique, professionnelle voire personnelle ? Bref, les dispositions actuelles détruisent non seulement les enfants, les parents, les enseignants, mais aussi les responsables que vous êtes. Peut-être avez-vous été séduits un moment par la rhétorique présidentielle qui voulait que la preuve d’une juste réforme était qu’elle fasse mal ? Peut-être vous êtes-vous perçus, en toute bonne conscience, comme les chevaliers d’un vrai renouveau ? Lorsqu’un régime utilise la confiance que nous lui faisons pour exiger notre acquiescement aux dommages qu’il nous fait, il ne mérite qu’un nom : lequel, d’après vous ?

 

Depuis Socrate au moins et l’obéissance à son «démon» contre les dérives de la Cité, fussent-elles couvertes par les lois, il existe quelque chose qui se nomme objection de conscience. Vous qui êtes comme tout un chacun victimes de dispositions perverses et destructrices, accepterez-vous d’y être en outre des bourreaux, fût-ce par délégation ?

 

Vous êtes à une place stratégique dans les rapports entre élèves, parents, enseignants d’une part, autorités étatiques de l’autre. Une révolte collective de votre part pèserait d’un poids considérable pour redonner un espoir à chacun, et un avenir à tous dans la défense de l’école de la République. Et vous y retrouveriez votre honneur, qu’on a tenté de vous faire perdre.

 

Raymond Bénévent

Philosophe, ancien professeur à l’IUFM d’Alsace/Université de Strasbourg 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 09:57

II) Problèmes centraux : Aliénation et réification

 

Si l'on a pu parler plus haut d'une unité de l'analyse institutionnelle conquise par l'extérieur, peut-on tout de même identifier une unité qui vient de l'intérieur ?

 

Dans toutes les recherches et toutes les tendances théoriques et pratiques de l'Aï, on retrouve la problématique de l'aliénation et de la réification de l'homme dans les structures et les institutions sociales, marquées par une bureaucratisation incessante, et par un poids sans cesse plus fort de l'institué.

 

Les analystes institutionnels se trouvent ainsi dans une longue tradition intégrant la phénoménologie de l'esprit (Hegel) (1) et les sciences sociales. En même temps, ils ont développé des formes spécifiques pour améliorer la visibilité des acteurs sur les structures. Ils ont cherché des nouvelles possibilités pour conduire un changement des formes sociales à la base dans une perspective autogestionnaire. Comme le disait Jean-Paul Sartre de l'intellectuel, il ne faut pas que celui-ci reste sur une position de conscience malheureuse "idéaliste, sans effet sur le réel".

 

Il faut plutôt accepter les problèmes ou plutôt transmuer le moment intellectuel pour trouver un nouveau statut démocratique. Les institutionnalistes inscrivent leur projet dans le prolongement de cette idée sartrienne. Eux aussi refusent la conscience malheureuse. Ils veulent intervenir, et agir pour changer les choses, même de manière limitée, dans l'ici et maintenant. Leur conception de la "praxis" trouve donc sa place dans une prolongation de la philosophie sartrienne (2).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

(1) Dans La phénoménologie de l'esprit, Hegel explore les conditions pour passer d'une conscience commune à une " conscience, consciente d'elle-même ". Le travail d'explicitation de la conscience caractérise les démarches : phénoménologique (Hegel, Husserl, Sartre, etc.), herméneutique (Schleiermacher, Dilthey, Gadamer, Ricoeur, etc.) et institutionnaliste (Lefebvre, Lapassade, Lourau, etc.).

 

(2) Critique de la raison dialectique, mais aussi dans "Plaidoyer pour les intellectuels " in Sartre, Mai 68 und die Folgen, Reinbeck b. Hambourg, 1975, pp. 9-64.

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