Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
  • Contact

Recherche

4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 11:00

 

Propagation de proche en proche à partir d'un "germe", la transduction est une opération qui transmet une relation jusqu'aux deux extrémités d'une sorte d'éventail (Simondon préfère la métaphore de la cristallisation), ces extrémités étant les termes du mouvement de propagation, non ce mouvement lui-même : terme a ici le double sens de limite et d'achèvement par le fait de poser un concept - par exemple froid et chaud, petit et grand, bon ou mauvais, haut et bas... C'est notre pensée conceptuelle, non le réel, qui décide des termes, lesquels sont frappés d'une certaine métastabilité que Ravatin poussera au paroxysme, avec l'ultra-transduction produisant l'effondrement de concepts, la fuite des repères du local (de l'objet) vers le global (Ravatin, Théorie des champs de cohérence, Nîmes, Lacour éditeur, 1992). La transduction et surtout l'ultra-transduction s'éclairent grâce aux analyses en termes de vitesse, dont Paul Virilio est l'un des rares sociologues. Selon lui, "le principe de la commutation instantanée de l'émission /réception a déjà supplanté celui de la communication qui nécessitait encore un certain délai" (Virilio, La machine de vision, Paris, Galilée, 1988). L'être du sujet et l'être de l'objet sont supplantés par un nouvel être, l'être du trajet. Avec toutes ses implications, bien soulignées par Virilio, non seulement dans la mondialisation des médias mais dans celle, à tout moment, du risque d'apocalypse nucléaire, la vitesse devient la relation par excellence entre les phénomènes qui présentent comme l'un dans l'autre et, pourrait-on dire, se "zappent" eux-mêmes. Ce que Francisco Varela exprime, à propos de la multistabilité: "Chaque émergence se sépare des précédentes en fonction de son propre état initial et de ses limites. Ce qui rend l'émergence précédente toujours présente dans celle qui suit" (Varela, "Neurodynamique de la rétention", dans ouvrage collectif: Les neurosciences et la philosophie de l'action, coord. par J.L. Petitot, Paris, Vrin 1997). Ailleurs, au cours d'un entretien, il indique: "Il y a une espèce de suite d'émergences, de disparitions et de réémergences, des unités cognitives, modulaires mais intégrées" (Varela, Francisco Varela: "le cerveau n'est pas un ordinateur", La Recherche, n°308, avril 1998).

 

La théorie transductive est une théorie allagmatique c'est-à-dire concernant les opérations, par opposition à la théorie des structures, du donné (par qui?), du déjà-là (depuis quand?) La pensée allagmatique ne s'occupe pas des champs déjà structurés par la connaissance scientifique, mais des intervalles entre ces champs - pour ne pas dire les interférences (Simondon, L'individu et sa genèse physico-biologique (1)). L'opération est ce qui fait apparaître une structure ou qui modifie une structure, "par un acte analogique". "La méthode analogique suppose que l'on peut connaître en définissant des structures par les opérations qui les dynamisent, au lieu de connaître en définissant les opérations par les structures entre lesquelles elles s'exercent" (p. 264). "L'analogie, si elle était un simple transfert des modalités de la pensée par laquelle on envisage un être, ne serait qu'une association d'idées. L'analogie ne devient logique que si le transfert d'une opération logique est le transfert d'une opération qui reproduit le schème opératoire de l'être connu" (p 264-265). La science analogique vient compléter, sur un tout autre plan, holiste (Simondon dit : holique) la science analytique des structures. Les homologies structurales, qui furent un article de foi du temps du structuralisme triomphant, font partie du second mode de connaissance qu'évoque Simondon : dans le traitement interprétatif du rêve, elles permettent une gamme presque infinie de méta-discours à fonctionnalités psychique, politique, existentielle, thérapeutique... Les analogies opératoires, elles, comme faisant partie du premier mode de connaissance dans l'exposé de Simondon, renvoient à un acte, le rêver, dont le modus operandi est actif sur l'existence vigile par extension libératrice, par contribution au processus d'individuation de l'être dans son entièreté et non dans ses seules parties non sacrifiées par la raison contradictoire. Il y a en effet quelque chose de sacrificiel dans les révélations chaotiques et absurdes du rêver. Avec sa perception quasi subliminale, Henri Michaux l'avait dès longtemps noté: "Le rêve est l'apparition du morceau d'homme sacrifié" (Michaux, 1998, Oeuvres complètes, Paris, Gallimard, La Pléiade, Le rêve et la jambe).

 

Il faut avoir bien présente à l'esprit l'idée simondonienne d'une démarche opératoire, s'intéressant au "comment ça se passe" dans les intervalles (on peut dire aussi: dans la genèse) des structures. L'individu n'est pas premier, l'individuation le précède. L'individu est un aspect de L'être - cette conception s'appliquant à tout l'existant et non seulement à l'humain. En ce qui concerne ce dernier, l'individu est une tension jamais entièrement résolue, dans le devenir, entre un préindividuel physicobiologique et un transindividuel psycho-social. Ce qui explique, sinon justifie la division en deux ouvrages (Simondon, 1964 et 95 et Simondon, 1989) de sa thèse de doctorat d'Etat.

 

 

(1) SIMONDON Gilbert, 1958 et 1969, Du mode d'existence des objets techniques, Paris, Aubier ; 1995, L'individu et sa genèse physico-biologique, Grenoble, Jérôme Millon, nouvelle édition très enrichie; première édition Paris, P.U.F, 1964; 1989, L'individuation psychique et collective, Paris, Aubier; 1966, "L'imagination et l'invention", Bulletin de psychologie, 248-XIX-13-15

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 09:58

 

L'adulte est un état métastable - un, parmi d'autres, des états modifiés de conscience (Lapassade, Les états modifiés de conscience, 1987), une façon parmi d'autres de se dissocier, même si ce type de dissociation n'est pas compris dans la classification des pathologies. Le rêver nous fait passer, inchoativement, néoténiquement, d'un état modifié de conscience à un autre état - disons plutôt d'un moment à un autre moment au sens hégélien de phases et déphasages concomitants. La variable vitesse est essentielle dans la narration que chacun de nous essaye de reconstituer sur le rêver. C'est la tyrannie de la vitesse absolue, que connaissent les cadres commerciaux, industriels ou administratifs. Le libéralisme a rendu de plus en plus onirique le budget-temps diurne du bon cadre, dont 50% des actions, paraît-il, ne durent pas plus de neuf minutes. Avec Internet, le risque de fragmentation, de dissociation, ne cesse de croître pour ces cadres et pour ceux qui tentent de les singer". (R. Lourau, Le Rêver, inédit, 1998).

 

Ce passage, à cause de sa densité, a l'intérêt de reprendre et de lier ensemble : dissociation, analyse régressive-progressive, théorie des moments, inscription de la pensée institutionnaliste dans une filiation hégélienne. Il s'agit de l'introduction d'un ouvrage inédit consacré au rêve. Ce livre se termine 'd'ailleurs par un chapitre intitulé "L'autre logique", dans lequel un paragraphe concerne la transduction. Il s'intitule Transduction, individuation. Nous nous permettons de le citer longuement, puisque ce texte est totalement introuvable (1). II est une sorte de conclusion de l'ouvrage, qui se réfère aux textes I, II, III, IV, et V, qui constituent les chapitres qui précèdent ce raisonnement (2). Ce texte nous intéresse aussi pour montrer que le rêve est une sorte de lieu privilégié de cette autre logique :

 

"Attraction/répulsion(gravité);actualisation/potentialisation;hétérogènéisation/homogénéisation : la "raison contradictoire" fonctionne dans le cerveau et dan autres choses, le rêver constituant une exposition universelle permanente de fonctionnement sur lequel la logique binaire, non-contradictoire, pose pudiquement la feuille de vigne de deux opérations privilégiées, la déduction et l’induction auxquelles s'ajoutent, pour les besoins de la pulsion interprétative, l'association d'idées ou d'images en fonction d'une grille préétablie: une pensée modélisante offre des avantages heuristiques pour la science instituée, et aussi de graves défauts réductionnistes, liés au découpage trop sélectif et excluant d'un champ.

 

Contre ces risques et en passant nécessairement par la critique de la notion de champ, la logique de Gilbert Simondon apparaîtrait comme une nouvelle mouture de l'associationnisme si le rôle fondamental, pour lui, de la relation - et de la propagation de proche en proche, à partir d'un centre, de cette relation -n'avait une tout autre signification. Car ce ne sont pas, à la différence de l'associationnisme, des idées ou des images qui sont mises en relation, mais des éléments qui ne viennent au jour que par cette propagation transductive. C'est la relation qui crée le ré mental aussi bien que physique, biologique ou social. Elle est première constituante, et cette place n'est plus occupée par des éléments déjà existants qui viendraient s"'associer" plus ou moins librement.

 

Ces éléments pré-existants selon la logique habituelle, ces substances que l'on sépare avant d'effectuer des efforts méritoires afin de découvrir leurs rapports (et d'abord les substances que seraient le sujet et l'objet) ressortissent d'une philosophie hylémorphique, postulant le dualisme entre matière et forme, fond et forme, contenu et contenant, dont a vu (Texte I) comment un artiste comme Stokhausen pouvait allègrement se passer... Héritage de Platon et d'Aristote, le postulat hylémorphique, avant les découvertes de la physique moderne, était rarement interrogé par la philosophie dite oçcidenïtale. Comme Lupasco, Simondon (ainsi que son continuateur Ravatin) s'appuie sur les apports scientifiques du vingtième siècle, avec un intérêt plus particulier pour la théorie de l'information, d'où l'emprunt du terme transduction, que l'on voit employé déjà aussi bien en physique qu'en biologie moléculaire (cf. les travaux contestés du biologiste Jacques Benveniste).

 

 

(1) Comme deux autres ouvrages de cette époque (La clé des champs et Implication/transduction), cet inédit avait été donné à R. Hess pour l'édition, mais l'auteur est décédé avant qu'un contrat d'édition ne puisse être signé.

 

(2) Nous avons supprimés ces renvois, ici inutiles.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 16:13

On pourrait citer d'autres passages du journal qui commence par l'évocation de l'inauguration de l'amphi H. L. à Nanterre, puis un rêve concernant Lefebvre, etc. Mais arrêtons-nous là dans cette description de la place étrange qu'H. Lefebvre occupe dans l'œuvre de R. Lourau. Recentrons-nous sur la théorie de l'implication.

 

Cet épisode de l'analyse de l'auto-implication de R. Lourau, à travers son écriture diaristique, est intéressant car elle illustre justement la notion de transduction, telle que se la représente R. Lourau. Il s'agit d'une logique de dérive dans un topos onirique. L'objet de recherche est prétexte à des dérives de lectures érudites. Mais rien ne nous assure que les transductions qu'opèrent l'auteur concernant l'effectif de Lefebvre qui devient pour lui affectif n'existe pas dans son traitement des pensées de scientifiques comme Simondon ou Ravatin. Il faudrait relire tous les textes, vérifier toutes les citations. Nous n'en avons pas le temps ici. Un exemple suffit pour construire la théorie.

 

Même si nous manquons d'outils pour proposer une interprétation de la topique onirique de R. Lourau, ce qui nous importe ici, c'est de souligner son apport à cette construction de l'autre logique. Car sa manière de penser existe chez chacun d'entre nous. Piaget a attribué cette logique transductive à l'enfant. Pour lui, c'est un stade infantile, qui a la vocation à être remplacé par la logique hypothético-déductive...

 

Comme H. Lefebvre (théories des moments), G. Lapassade (critique du mythe de l'adulte), R. Hess (théorie des moments), R. Lourau critique la théorie des stades :

"La théorie néoténique en biologie pose l'inachèvement à la naissance et pendant une longue période de la vie comme caractéristique de l'être humain, à la différence des animaux qui deviennent presque immédiatement ou très rapidement adultes. Pour Georges Lapassade, la rémanence de cet état de foetalisation prolongée permet de faire l'hypothèse que la notion instituée d'adulte n'a qu'une faible valeur anthropologique (Lapassade, L'entrée dans la vie, 1963). L'écriture néoténique, inachevée, s'impose - ce n'est pas une question de choix esthétique ou technique - pour "décrire", en l'absence de repères, de contexte et donc de l'indexicalité familière en général à l'acte d'écrire, les états modifiés de conscience, les états multiples de l'être produits par le rêve aussi bien que par les hallucinations du délire ou les expériences avec des substances hallucinogènes. Sur un autre plan, l'écriture automatique peut probablement atteindre parfois celui de nos états multiples qu'est un "moi" fœtal.

 

Cet éclairage du processus d'individuation n'est pas sans intérêt pour l'étude du rêver. Le psychologue expérimental et clinicien Daniel Stern a mis fortement en doute la théorie piagetienne et canonique des "stades" de l'évolution de l'intelligence chez l'enfant, en montrant que, les phases successives étaient cumulatives et non éliminatoires des précédentes (Stern, Lnterpersonal World of the Lnfant, New-York, traduction française, Le développement interpersonnel du nourrisson, PUF, 1989). Ce point de vue conduit à des conclusions anthropologiques révolutionnaires, comparables à celles que le vieux Lucien Lévy-Bruhl, à l'extrême fin de sa vie, avait entrevues en reniant les termes de "pré-logique" ou "inférieur" appliqués spécialement aux "primitifs" reniement qui pouvait rabattre sur les "civilisés" l'existence plus ou moins refoulée, insue, d'un "pré-logique" (Lourau, Le journal de recherche, 1988): aucune des transformations que nous subissons pendant les premières années de notre vie ne disparaît comme provisoire ou "inférieure"; l'individuation est plus cumulative que sélective, même si l'éducation et l'idéologie de l'état d'adulte exigent que nous nous fassions de notre développement affectif et cognitif une idée uniquement évolutionniste, éliminatoire, et non régressive-progressive.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 19:37

Lundi 6 décembre 1993

 

...Dans ce journal, je n'ai pas suffisamment souligné l'importance de ma redécouverte de la transduction chez Henri Lefebvre.

 

Sur le continuum entre processus et exposé, il faudrait faire l'hypothèse d'un processus homologue à l'écriture; et celle de l'écriture comme processus de recherche.

 

La première hypothèse est la plus délicate. Partir de l'inscription sur/dans le terrain, le champ ? La place de l'obs, etc. Et la place de l'institution (de recherche, éditoriale...)".

 

Je me permets de citer longuement l'entrée du 15 janvier 1994 qui évoque H. Lefebvre à la fin, mais qui nous intéresse surtout quant à la relation triangulaire Lourau/Castoriadis/Lefebvre, dans laquelle on aperçoit les implications de R. Lourau à l'endroit de ses deux aînés:

 

"Samedi 15 janvier 1994

 

Castoriadis, Le Monde morcelé, 1990. Recueil d'articles. Intéressant pour constater qu'il s'adapte à ses publics. Et pour montrer en creux le projet, le work in progress (on en parlait avec Dimitri K. ces jours-ci). Mais, grands dieux, que ce Grec est bavard, donc les Grecs, etc.

 

J'aime sa naïveté de monsieur-je-sais-tout, économiste, politologue, sociologue, psychanalyste. Les premiers mots de son Avertissement : "Le monde — pas seulement le nôtre — est morcelé. Pourtant il ne tombe pas en morceaux".

 

Et dans le train picoré le dernier texte du Monde morcelé, "Temps et création" (ébauche d'un livre annoncé?):

 

(248)     "La subjectivité n'épuise pas l'être (à moins qu'on ne se laisse aller à un délire subjectiviste absolu)".

(249)      "Les sujets ne peuvent pas exister en dehors d'un monde."

 

"La société se crée — s'institue — le long de deux dimensions tissées ensemble : la dimension ensembliste-identitaire (ensidique) et la dimension proprement poïétique."

 

"Le temps social imaginaire serait le sujet le plus important à traiter" (on s'en est occupé ! Lefebvre avec sa critique de la vie quotidienne, moi avec l'écriture diaristique!!!).

 

 

(266-7) La mathématique traite de l'espace ensidique, abstrait, qui n'est pas "l'espace effectif (l'espace où nous vivons aussi bien que l'espace du monde en soi)".

 

... (encore l'autobiographie !)

 

Et je retarde le moment de proposer I /T à un éditeur.

 

Lundi 17 janvier 1994

 

...Lefebvre: "critique radicale de l'instant" (interview dans La quinzaine littéraire, après la sortie de La Somme et le Reste).

 

Mercredi 26 janvier 1994

 

David Bénichou me branche sur une émission de France-Culture sur Lefebvre. Espérons que ça ne se perdra pas dans les sables, comme le projet Antenne 2.

 

Mardi 8 février 1994

 

Aujourd'hui interview par une équipe de France-Culture pour l'émission sur Henri Lefebvre (David Bénichou)".

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

Partager cet article
Repost0
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 15:31

Lundi 22 novembre 1993

 

1947, Logique formelle, logique dialectique. J'ai la réédition 1969, Anthropos.

 

Chapitre IV - Logique concrète (dialectique)

 

(147)   "Si l'on s'en tient à la forme, et si l'on définit par elle la raison (confondant ainsi l'entendement avec la raison), le réel se trouve rejeté dans l'irrationnel".

 

(148)   Cite Hegel, Logique: "Nous donnons le nom de dialectique au mouvement plus élevé de la raison dans lequel ces apparences séparées passent l'une en l'autre (...) et se dépassent" (I- 108).

 

Très proche de la transduction. Dans la préface de 1969, H.L évoque le projet d'une Théorie générale des formes. Mon rêve secret aussi!

 

Il faudrait retrouver le critique que Simondon et Ravatin adressent à la dialectique, sans la rejeter entièrement. Simondon entr'autres lui reproche d'isoler et de figer les divers moments conçus comme successifs (?). (J'ose soupçonner Simondon, et bien d'autres, d'une connaissance très légère de la Grande Logique —rajout frappe)

 

(164) Toujours Lefebvre: "Notre étude du mouvement abstrait de la pensée a rejoint l'étude du mouvement de la pensée dans son histoire, — et rejoint à travers elle les résultats acquis des sciences de la nature". Proclamation solennelle, en italiques. Je corrigerai : "la pensée dans son histoire", peu clair, et "acquis", car la science vaut par son dynamisme plus que par ses acquis.

 

Un peu plus loin, H.L parle d'une "théorie de ces lois universelles du mouvement dans la pensée et dans le réel" (165).

 

"Nous en arrivons donc à démentir expressément le principe d'identité, puisqu'en fait nous posons comme une sorte de critère logique du réel la contradiction interne et puisque nous en tirons une règle méthodologique. Pour déterminer le concret, le plus ou moins concret, découvrez les contradictions" (171).

 

(172)   Les contradictions passent l'une en l'autre "comme le germe qui est produit par l'être vivant, qui est lui, et cependant n'est déjà plus lui et veut être pour son compte, et pousse vers sa "fin" l'être qui l'a produit ou comme l'idéal qui est autre chose que le réel, qui lutte contre lui et qui cependant n'est rien s'il ne plonge dans le devenir réel des racines profondes et s'il ne se réalise pas, cessant ainsi d'être un idéal".

 

Le troisième moment est l'historicité, le devenir, le mouvement (je dirai: l'organisation dans le devenir, le devenir de l'organisation, c'est-à-dire... la transduction! rajout frappe).

 

(197): "cette transition d'autre chose en lui (l'être, ndRL): le germe à partir duquel il se développe (...). Le germe n'est pas l'essence (...). Le mouvement de la connaissance dans la mesure même où elle pénètre le devenir de cet être à partir de ses manifestations ne reste pas extérieur à ce mouvement objectif de l'être par lequel il se forme et peut le reproduire bien qu'elle y pénètre du dehors. Elle l'atteint dans la mesure même où elle est active, vivante — mouvement de pensée, pensée en mouvement et pensée du mouvement".

 

L'essence, c'est la réalité concrète, au-delà de l'apparence (108-109).

 

Le dépassement : l'enfant se continue dans l'homme, non pas tel qu'il fut, non pas "en tant qu'enfant" (213).

 

(214) "l'enfant est bien un moment de l'adulte, au sens complexe du mot, qui signifie à la fois: élément actuel, phase ou étape du devenir, condition dépassée".

 

Il y a donc actualisation, déphasage, potentialisation.

 

La "condition dépassée" est la négation de la négation, ce qui dans la transduction est la partie du jaune qui s'annule en devenant vert.

 

En refeuilletant la préface à la deuxième édition (1969), page XXIII, EUREKA!

 

"A côté de la déduction et de l'induction, la méthodologie approfondie dialectiquement devait présenter des opérations nouvelles, telles que la trans­duction, opération de la pensée sur/vers un objet virtuel pour le construire et le réaliser. Ce serait une logique de l'objet possible et/ou impossible."

 

Donc : la relation entre actualisation et potentialisation est la transduction. On n'est pas très loin de Simondon (et de Lupasco); en fait, tout est déjà dans Henri Lefebvre, ce qui pour moi boucle la boucle ouverte il y a plus de trente ans, été 1962, rencontre avec H. (rajout à la frappe, 6-12-93).

 

Le passage d'H.L est dans une séquence intitulée "Sur l'histoire récente de la logique" et après qu'il ait rappelé dès le début de la préface son projet de Traité du matérialisme dialectique en 8 volumes (cf. le grand projet parallèle sur Critique de la vie quotidienne).

 

(XXVI) "une théorie générale des formes à partir du Livre I du Capital" (Cf. Jean-Pierre Faye).

 

(XXXIX): "Aujourd'hui, l'analyse dialectique prend entre autres formes celle de l'analyse institutionnelle, qui saisit du dedans et du dehors l'implication des idéologies et des institutions. Ce qui ne va pas sans une critique en acte: l'analyse implique un analyseur, une diagnose et un diagnostic."

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 15:25

b).- R. Lourau

 

R. Lourau met en exergue de son livre Implication/transduction (1), publié en 1997 (mais écrit entre juin 1993 et mai 1995), une citation du livre H. Lefebvre de 1961: "Les transductions théoriques et les transducteurs affectifs relèvent d'une même théorie". Le seul problème, pour nous qui connaissons l'œuvre d'H. Lefebvre, c'est que H. Lefebvre n'a jamais écrit cela. H. Lefebvre écrit: "Les transductions théoriques et les transducteurs effectifs (concret) relèvent d'une même théorie".

 

Si nous nous reportons au journal de recherche de R. Lourau, dans Implication/transduction, intitulé "Nipponites mirabilis, écriture diaristique" (p. 65 à 198), nous pouvons lire :

 

"Dimanche 10 octobre 1994

 

Alfredo venait de faire une deuxième découverte en relisant Critique de la vie quotidienne de Henri Lefebvre, tome 2, 1961. Quelques lignes sur la transduction. Il m'en a fait photocopie car naturellement je n'ai pas retrouvé mon exemplaire.

 

H.L dit en gros ce qu'il écrira dans l'intro de 1969 à LFLD. C'est un peu léger. L'intérêt est dans la place occupée par cette menue notation dans le chapitre consacré aux "instruments formels".

 

C'est après avoir parlé de l'hypothèse stratégique (120) et de la "création le l'objet" (par ex la construction d'une ville nouvelle). "Il ne s'agit plus du cas habituellement considéré, celui de l'observateur qui modifie l'observé ou qui fait lui-même partie de l'observable". C'est une "situation extrême" susceptible de "fonder une rationalité pratique large".

 

(121 et 122) "Transduction et transducteurs" commence par : "Les opérations classiques du raisonnement ne peuvent plus suffire". Au-delà de l'induction et de la déduction, la transduction "qui construit un objet virtuel à partir d'informations". Les autres caractéristiques sont très plates et je ne les mentionne pas.

 

H.L. introduit "transducteurs sociologiques" après "transducteurs psychologiques" des théoriciens de l'information (très vague référence, comme souvent chez H.L.).

 

Il finit par une phrase énigmatique : "Les transductions théoriques et les transducteurs affectifs (pratiques) relèvent d'une même théorie" — avec un renvoi en note sur Mandelbrojt (l'oncle, qu'il connaissait de l'auteur des fractales?): Lecture de l'expérience, PUF, 1955, p. 43 (donc l'oncle!) sur les transducteurs psychologiques (ajout à la frappe: quel beau titre, "Les transducteurs affectifs"; au moins à mettre en exergue de I/T).

 

R. Lourau s'installe dans son erreur de notation dans son entrée du

 

"Samedi 26 novembre 1994

 

Transducteurs affectifs (Mandelbrot, Lefebvre)".

 

Est-ce que la photocopie envoyée par Alfredo Martin était défectueuse? Je ne puis le dire. Cependant, on peut constater une erreur de copie non seulement d'effectif à affectif (ce qui, d'un point de vue interprétatif devrait offrir de nombreuses ouvertures à nos amis psychanalystes), mais encore du mot entre parenthèse (concret) qui devient (pratiques). Tout lecteur ami de R. Lourau se rappellera que ce dernier n'écrit pas son journal en ayant sous la main les ouvrages qu'il évoque. A l'image d'H. Lefebvre, il fait plus d'une citation de mémoire (il le précise à certains endroits de ses journaux).

 

Le jugement négatif sur Lefebvre ("C'est un peu léger") nous apparaît d'autant plus surprenant que dans l'ensemble de son journal, R. Lourau semble penser à Lefebvre constamment, et en bien. On a l'impression que l'affection qu'il porte à Henri, évite à René d'avoir à se confronter à la pensée de Lefebvre (2).

 

Le nom d'H. Lefebvre est cité très souvent avant la découverte de ce passage qui semble essentiel, car il aurait dû orienter R. Lourau dans une toute autre direction que celle qu'il a choisi. Nous tenterons de définir très précisément le hiatus qui existe entre Lefebvre et Lourau à propos de la transduction. Mais disons tout de suite que la transduction semble être chez Lefebvre une sorte de dépassement (Aufhebung)intuitif, (peut-être génial, prophétique, effet de transe) qui permet de dégager des possibles concrets. Chez R. Lourau, la transduction est presque synonyme de "pensée associative" à l'intérieur du continuum orinique(pour ce qui le concerne), et i peu plus général chez Simondon et Ravatin qu'il cite constamment.

 

Il nous semble important de proposer à notre lecteur quelques passages antérieurs de ce journal où R. Lourau cite H. Lefebvre. On va y trouver sa découverte de l'utilisation de la transduction dans la préface à Logique formelle et logique dialectique, de Lefebvre. Ce journal de recherche est en même temps un excellent exemple de "journal de lecture". Les chiffres entre parenthèses signalent les numéros des pages des ouvrages travaillés:

 

"Dimanche 3 octobre 1993

 

La vie quotidienne des dieux grecs,un peu décevant, se moque de Lefebvre, mais ignore la vraie question posée par H.L., des moments, de la nature qualitative de la temporalité (Hegel plus Bergson ? — ajout à la frappe).

 

(1) R. Lourau, Implication/transduction, Paris, Anthropos, 1997, 198 pages.

(2) Historiquement, cet évitement de la pensée d’H. Lefebvre, lorsqu’elle prenait un tour critique à son endroit, apparaît comme un continuum chez R. Lourau. Alors qu’H. Lefebvre fait une critique très développée du « principe d’équivalence », posé par R. Lourau en 1972 (200 pages dans De l’Etat, 4 vol, 1976-78), R. Lourau n’a jamais évoqué ces critiques, n’y a jamais répondu, se contentant de renvoyer de manière très générale à l’ouvrage d’H. Lefebvre dont le vol 3 était dédié à R. Lourau et R. Hess !

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 10:28

La transduction

 

Deux auteurs institutionnalistes ont particulièrement exploré la notion de transduction: Henri Lefebvre et R. Lourau :

 

a).- H. Lefebvre

 

Dans La vie quotidienne dans le monde moderne, (Paris, Gallimard, Idées, 1968, p. 345-346), H. Lefebvre parle de la socio-analyse qui suppose une intervention dans la situation existante, la quotidienneté d'un groupe. L'intervention socio-analytique dissocie les aspects de la situation quotidienne, mêlés d'une fausse évidence, en un lieu et un temps. Elle associe des expériences jusque-là extérieures. Pour Lefebvre, la socio-analyse "procède par induction et transduction".

 

La transduction est une forme de logique présente fréquemment dans l'œuvre de Lefebvre du début des années 1960 jusqu'en 1969. Ainsi, dans la préface de la seconde édition de Logique formelle et logique dialectique, publiée en 1969, p. XXIII, H. Lefebvre écrit: "A côté de la déduction et de l'induction, la méthodologie approfondie dialectiquement devait présenter des opérations nouvelles, telles que la trans-duction, opération de la pensée sur/vers un objet virtuel pour le construire et le réaliser. Ce serait une logique de l'objet possible et/ou impossible".

 

Dans un article paru dans Architecture, formes, fonctions n°14 (1968), et repris dans Du rural à l'urbain, (1970, 3 éd. 2001, p. 155 à 157), Lefebvre propose une définition de la transduction, en signalant "l'urgence d'une transformation des concepts et des instruments intellectuels". Il reprend ici des formulations employées ailleurs. Il s'agit de faire la liste de certaines démarches mentales encore peu familières, mais qui sont indispensables : "a) La transduction. C'est une opération intellectuelle qui peut se poursuivre méthodiquement et qui diffère de l'induction et de la déduction classique, mais aussi de la construction de "modèles", de la simulation, des énonciations d'hypothèses. La transduction élabore et construit un objet théorique, un objet possible, à partir d'informations portant sur la réalité, ainsi que d'une problématique posée par cette réalité. La transduction suppose un feed-back incessant entre le cadre conceptuel utilisé et les observations empiriques. Sa théorie (méthodologie) met en forme les opérations mentales spontanées de l'urbaniste, de l'architecte, du sociologue, du politique, du philosophe. Elle introduit la rigueur dans l'invention et la connaissance dans l'utopie". (Le b) concerne l'utopie expérimentale).

 

Où Lefebvre développe-t-il pour la première fois la notion de transduction? C'est en 1961, dans le volume 2 de la Critique de la vie quotidienne intitulé Fondements d'une sociologie de la quotidienneté(p. 2). Ce texte est important à la fois par sa précision, et par le fait qu'il happe totalement à R. Lourau quand celui-ci reprend cette problématique en juin 1993, c'est-à-dire deux années après la mort de Lefebvre.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0
28 mai 2012 1 28 /05 /mai /2012 16:04

Chapitre 9 :

 

UNE AUTRE LOGIQUE

 

Nous avons vu que l'analyse institutionnelle, dans sa complexité, recherche une autre logique. D'une part, elle reconnaît les dissociations du sujet, du monde morcelle (G. Lapassade, C. Castoriadis), d'autre part, elle ne s'identifie pas à la science hypothético-déductive: même si elle tient compte des résultats de la science, elle prône la reconnaissance : et de l'imaginaire (C. Castoriadis, R. Barbier) et d'une logique transductive (H. Lefebvre, R. Lourau), indispensables à la fois pour ouvrir au possible, et pour expliciter le travail de l'implication. De cette confrontation dialectique  entre  l'acceptation  de  la  dissociation  comme  ressource  et  de  la  reconnaissance de l'imaginaire et de la transduction comme outils d'une logique  dialectique  renouvelée, l'analyse  institutionnelle redécouvre l'importance d'une théorie des moments (H. Lefebvre, R. Hess, P. Ville), seule susceptible d'articuler à la fois raison et passion, logos et poésis, sociologie et histoire, approche génétique et structurelle de la réalité sociale.

 

La dissociation

 

Dans toute une série d'ouvrages (L'entrée dans la vie. Essai sur l'inachèvement de l'homme, Paris, Anthropos, 1997, Les états modifiés de conscience, 1987; Les rites de possession, Paris, Anthropos, 1997; La découverte de la dissociation, Paris, Loris Talmart, 1998; Regards sur la dissociation adolescente, 2000), Georges Lapassade constate que les recherches sur la dissociation ont longtemps perçu celle-ci comme pathologique. Toute la psychiatrie a tenté de réunifier le sujet. Or, citant des auteurs cliniciens, G. Lapassade tente de montrer que la dissociation, tant dans l'espace que dans le temps; peut constituer une ressource: l'enfant est déjà adulte; le vieillard peut avoir des comportements d'enfant, etc. D'autre part, il est fréquent que le sujet soit fragmenté, dissocié entre plusieurs personnalités (personnalités multiples), entre plusieurs modalités de présence au monde.

 

Cette perception du sujet est d'ailleurs valable pour le monde dans lequel nous vivons. C. Castoriadis le formule à sa manière, dans Le monde morcelé: "Le monde — pas seulement le nôtre — est morcelé. Pourtant il ne tombe pas en morceaux".

 

L'expérience de la dissociation est donc une expérience actuelle aussi bien au niveau du sujet, qu'au niveau des institutions ou du monde, dans sa globalité.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

Partager cet article
Repost0
27 mai 2012 7 27 /05 /mai /2012 14:07

Ma manière de voir

 

J'ai renoncé à la moitié de mes revenus pour prendre un mi-temps, pour pouvoir me consacrer à plein temps à cette recherche. Parfois, on m'a reprochée de devenir l'exemple de l'exploitation, un modèle pour une nouvelle forme d'aliénation !

 

Dans mon optique, j'étais à fond dans l'expérience. Je ne pensais pas à l'argent que je gagnais en travaillant. Je n'ai jamais travaillé pour gagner de l'argent. Je travaillais parce que j'étais passionnée par mon travail. Je gagnais de l'argent, mais étant investie totalement dans ma recherche, je n'avais pas de temps du tout pour consommer. J'ai conscience d'avoir été un contre-modèle pour les syndicats. Mon attitude permet à l'Etat de trouver des justifications pour ne pas créer de poste supplémentaire. Je faisais faire des économies à l'Etat, c'est évident. Il faut dire qu'à l'époque, j'écrivais mon habilitation. J'avais donc choisi de prendre du temps pour moi.

 

Ce mode de vie me permettait de prendre de la distance par rapport aux conflits que je percevais davantage sous l'angle écologique. Je ne me sentais jamais agressée, personnellement. Une grande partie des autres collègues était impliquée affectivement, car ils ne parvenaient pas à prendre de distance par rapport à leur quotidien professionnel. Souvent, pendant la durée de l'année scolaire, le moment du travail occupe tout le temps; et quand surviennent les vacances, on se défoule : on part, on se repose. Cette coupure entre travail et loisir n'organisait pas ma vie.

 

Le travail en équipe

 

Une chose que les collègues appréciaient dans ce projet, c'était le travail en équipe. Former des équipes permettait de renouveler le rapport au travail. L'Etat acceptait de payer une heure par semaine pour 3 ou 4 collègues par classe de surdoués, pour aider à la constitution d'équipes. C'était la première fois, dans l'histoire de l'éducation, que l'Etat payait des gens pour se réunir et discuter.

 

Nous avions ce budget pour 6 ans. Et pour les collègues impliqués dans cette expérience, il était évident que le travail en équipe était très supérieur au travail solitaire. Cette prise de conscience a favorisé la conception de projets communs : temps, espaces, contenus furent débattus. Sur le plan personnel, on a découvert que l'on n'était pas seul avec ses problèmes.

 

Partager avec d'autres les difficultés que l'on rencontre, en faire l'analyse, permet de sortir de son isolement : c'est plus intéressant. Cela permet de sortir de l'idée (très répandue en milieu enseignant) selon laquelle l'incompétence serait personnelle. Non, il y a des problèmes qui existent, qui doivent être réfléchis, en dehors de soi. L'équipe est là pour chercher des solutions. C'est un progrès pour dépasser la solitude traditionnelle des enseignants, et situer les problèmes à l'endroit où ils se posent: le groupe, l'organisation, l'institution, (et non: soi, ou la relation inter-individuelle, comme on a tendance à le vivre).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

Partager cet article
Repost0
26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 14:11

Le conseil

 

Dans ma classe, j'ai introduit le conseil de classe une fois par semaine. Dans ce conseil, on réglait les problèmes, les conflits vécus pendant la semaine. On essayait de trouver, ensemble, des solutions. Ce dispositif a très bien marché. Les élèves se présentaient aux autres. Ils s'exprimaient bien. Ils étaient à la fois sérieux et prudents. Ils parlaient de leur difficulté d'accepter certains élèves de la classe, ceux qui avaient une attitude anti­sociale. Ainsi, il y a quelques mois, j'ai été invitée à faire un exposé sur cette expérience dans cette école. Quand la parole a été donnée à la salle, des mères sont intervenues pour dire que le conseil de classe fut très formateur pour leurs enfants. Une mère dit même :

-Je me demande si le conseil de classe n'a pas été la chose la plus importante dans cette matière!

 

Les élèves étaient évidemment influencés par la perception des parents sur cette expérience. Les querelles de la classe ou de l'école se prolongeaient à la maison. Ces conflits extérieurs traversaient la classe. Ils étaient parlés dans le conseil. Les enfants racontaient que les mères se téléphonaient l'après-midi, pour commenter tel ou tel incident, pour discuter ce que qui s'était passé le matin à l'école. Les mères des surdoués revendiquaient une protection particulière dont les autres contestaient l'utilité. À travers ce que les enfants racontaient, j'ai pu sentir un égoïsme fondamental chez beaucoup de parents.

 

Les notes

 

Une autre dimension délicate de notre expérience était le problème des notes. Des enfants surdoués avaient de très mauvaises notes dans certaines matières. Lors des conseils, j'ai défendu l'idée qu'ils ne devaient pas redoubler. En Bavière, quand un élève a deux fois 5 ou une fois 6 dans une matière, il doit redoubler. Mes collègues pensaient «dans le système». Ils n'imaginaient pas pouvoir ou devoir faire des exceptions, pour ces cas particuliers. Je voulais laisser du temps aux enfants inadaptés, pour qu'ils puissent s'intégrer progressivement aux normes de l'école. Mais, nous étions une équipe pédagogique. Je né pouvais pas maintenir une position isolée au sein de l'équipe. J'ai souvent parlé avec des psychologues qui ont suivi le projet de l'extérieur, ou alors des psychologues qui animaient nos groupes de supervision. Ils m'ont dit qu'il n'y a jamais une pédagogie vraie ou fausse. Ils m'ont dit que prendre en compte la réalité du groupe des professeurs était une nécessité. C'est une composante importante de la pédagogie. C'est cela le réel, même si on est persuadé que sa propre pédagogie est la meilleure.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0