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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 10:26

I) Les étudiants (2)

 

 

Continuons l'examen des caractères spécifiques : il y a un tiers d'étudiants non-bacheliers à Vincennes. Une analyse statistique traduit mal, quoiqu'on puisse faire, le climat particulier de Vincennes et les caractéristiques originales de sa population. C'est là d'ailleurs, la difficulté majeure qu'on rencontre à vouloir écrire sur Vincennes : il existe un « esprit de Vincennes » qu'on ne peut rendre sans risquer de paraître aussitôt apologiste ou au contraire détracteur. Mais en réalité, ce qui se passe montre bien cette bipolarité : il y a ceux qui détestent Vincennes, et ceux au contraire qui n'accepteraient à aucun prix d'aller ailleurs. Il y a cette spécificité, qui est très forte, par exemple au niveau de son caractère international, et surtout « tiers-mondiste » d'une part, et d'autre part du caractère « adulte » déjà professionnalisé de la population. Même s'ils ne sont que le tiers, les salariés ont une importance décisive dans la création du climat. C'est ainsi qu'au début de l’année 1975-1976, les ASSEDIC (chômage avec allocations d'études) qui sont un millier à Vincennes, auront un rôle décisif dans l'affaire des « cours sauvages », notamment dans les départements d'urbanisme et de psychologie.

 

 

On le voit, le décompte, l'analyse statistique de la population ne peuvent entièrement rendre compte de la dynamique des groupes agissant dans cet établissement.

 

 

On peut encore le montrer d'une autre manière: les salariés à plein temps ont une scolarité plus ralentie que des non-salariés qui peuvent consacrer tout leur temps à leurs études.

 

 

En moyenne, les salariés de Vincennes obtiennent chaque année 6,6 U.V. contre 8 pour les autres, le maximum autorisé étant de 12 U.V. annuelles.

 

 

De plus, alors qu'on peut faire la licence, théoriquement en deux ans et demi (5 semestres, avec 6 U.V. maximum par semestre) les salariés mettent en moyenne quatre ans et demi pour obtenir la licence, alors que les autres l'obtiennent en 3,75 années.

 

 

Il y a davantage d'abandons en cours d'année chez les salariés (30%) que chez les autres (20%). On peut l'attribuer à la difficulté de poursuivre des activités professionnelles à plein temps et de faire en même temps des études. Mais il faut prendre en compte également, et c'est essentiel, le fait que le système pédagogique de Vincennes reste probablement mal ajusté à cette population de salariés, même si, cela est évident, le système de Vincennes convient mieux que le système traditionnel.

 

 

A Vincennes, comme ailleurs mais cependant moins qu'ailleurs, la tradition universitaire de l'enseignement, les formes de la pédagogie font que les étudiants à plein temps sont mieux « accueillis » que les autres. Le discours reste universitaire, l'institution fonctionne comme si la clientèle actuelle et à venir était définie par l'étudiant de statut social traditionnel : « pré-adulte » disponible pour découvrir et apprendre par tâtonnements successifs le fonctionnement du système. Cela ne pourrait changer que par un changement de société. Dans la société actuelle, malgré le dépérissement accéléré du système traditionnel, les normes de fonctionnement restent telles que - comme le montre Illich -, un étudiant de Sao-Paulo est plus proche de l'étudiant de Paris ou de New York que des travailleurs de son pays. A travers tous les changements voulus ou non voulus, programmés ou non, l'Université est toujours une institution de classe.

 

 

Que demandent ces travailleurs étudiants? La promotion sociale.

 

 

Cette demande est différente de l'étudiant non salarié qui demande, lui, des débouchés. La demande de promotion sociale est rarement niée. Elle se voit, par exemple, dans le fait que si un département ne peut garantir des diplômes nationaux, il tend à se dépeupler par rapport à ceux qui offrent actuellement à Vincennes, cette garantie.

 

 

Il faudrait connaître aussi, ce n'est qu'un exemple, les options idéologiques et politiques des catégories d'étudiants. On verrait probablement que l'étudiant salarié qui vient le soir, et pour rien quand il y a des grèves, est moins favorable à des luttes de type «gauchiste » dans l'université. Le « Gauchisme » exprime davantage la condition de l'étudiant habituel, et les organisations dites gauchistes sont essentiellement des mouvements de jeunesse. Mais on manque de moyens pour essayer d'analyser réellement, ce qui se passe, à tous les  niveaux, dans l'Université. On est réduit à faire en général des suppositions (1). Des statistiques sur les diplômes, les abandons en cours d'année, les choix des études ne donnent évidemment aucune indication sur les mécanismes qui jouent dans le système. Mais ces radiographies statistiques peuvent être faites à partir des cartes mécanographiques des étudiants, alors que ce qu'on voudrait savoir suppose des recherches qui sont, actuellement, impossibles.

 

 

On a cru que les différences entre salariés et non-salariés ne semblaient pas être statistiquement très importantes ; pourtant elles attirent l'attention sur des défauts du système, défauts qu'il n'est pas bon de vouloir dissimuler sous prétexte de donner une bonne image de Vincennes. La meilleure image finalement est celle qui s'efforce de dire la vérité.

 

 

Par exemple : il faut souligner le caractère hyper-sélectif du système, non pas à l'entrée (2), mais en cours de route. Les abandons sont déjà très importants dans les premières années  Mais ils deviennent massifs à partir de la maîtrise. En 1973- 1974, on délivre 2 000 licences par an, et environ 800 maîtrises

 

 

Ces chiffres ont tendance à mettre Vincennes sur le même pied que les autres universités. L'impression est cependant que les abandons se multiplient au cours de l'année de maîtrise. L'une des raisons probables réside dans le fait que la maîtrise suppose un long mémoire de recherche (50 à 100 pages) qui constitue l'essentiel de la scolarité, cette année-là. C'est une rupture avec le système des U.V. La rédaction suppose des savoir-faire nouveaux : ils ne sont pas acquis au cours des premières années, ou très peu, et il n'y a pas de formation spécifique ensuite, à l'écriture. (Cela est dû en partie au « style » pédagogique de Vincennes, mais surtout au décalage entre les effectifs étudiants et les moyens matériels disponibles. Apprendre à écrire ne peut se faire dans une salle sans chaise, ni table, de 60 mètres carrés contenant étudiants en début d'année...).

 

 

Cela fait que finalement, l'enseignement de Vincennes est un enseignement de masse jusqu'à la licence. Mais on sait aussi que la moitié des étudiants ne demandent pas d'U.V. sur une année. Par là, il apparaît que l'expérience indique des tendances assez profondes au changement du système universitaire et une évolution, encore très mal connue, de ses « clients ».

 

 

On constate chaque année des effectifs plus importants au premier semestre qu'au second dans le cadre de la plupart des U.V. Ce phénomène révèle le processus de sélection interne qui se renforce en cas de grève prolongée, comme c'est le cas en mai 1976. La désertion des enseignements correspond à un processus d'auto sélection puisque les étudiants manquants ainsi ne demandent pas de validation. Le système des validations à Vincennes est tel qu'il ne permet pas de se présenter à des examens de fin d'année comme dans les autres universités. Cet allégement administratif entraîne une auto-élection étudiante extrêmement sévère et l'aspect paradoxal, c’est que cette sélection s'opère sous des formes de «libéralisme avancé ».

 

 

(1) Avec les moyens actuels, une équipe de recherche à Vincennes dispose d'un budget annuel qui varie entre 1500 et 3000 francs ! Ce livre est produit par des étudiants et enseignants appartenant à 3 laboratoires différents.

 

(2) Pour les non-bacheliers, nous assistons actuellement à une modification des critères d'entrée. La commission pédagogique se situe par rapport à une lettre du secrétariat d'Etat aux Universités qui souhaite voir limiter l'entrée de Vincennes aux non-bacheliers ayant travaillés pendant au moins trois ans, ou aux femmes ayant eu un enfant avant l'âge de 23 ans.

 

La commission pédagogique ne comprend pas cette nouvelle restriction amenant un nouvel élément de sélection. On sait que jusqu'en 1976, il suffisait d'avoir plus de 24 ans ou d'avoir travaillé deux ans pour pouvoir, en tant que non-bachelier, entrer à Vincennes.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 15:21

I) Les étudiants (1)

 

 

Des études statistiques sont assez régulièrement consacrées à examiner la population de Vincennes. Celles que l’on va utiliser ici sont de 1973, elles donnent une indication de tendances assez constantes, la différence essentiellement étant que, depuis lors, la population étudiante de Paris VIII est passée à 20 000 (rentrée 1974) puis à 32 000 (rentrée 1975).

 

 

En 1972-1973, des étudiants se distribuaient en trois groupes à peu près égaux :


- Un tiers des étudiants faisaient des études dites littéraires (lettres, langues) (les langues sont en partie fonctionnelles, en partie littéraires, mais on les classe traditionnellement dans les « lettres ».) Cette population a tendance à baisser ou à stagner comme partout ailleurs. Ce sont des études qui conduisent traditionnellement à l'enseignement dans les lycées et là, le marché de l'emploi est saturé.


-   Un tiers font des Sciences Humaines : la psychologie, la psychanalyse, la sociologie, l'histoire, la géographie, les sciences de l'éducation sont mises sous cette rubrique. Tendance ici à l'augmentation des effectifs; les licences délivrées ici sont comme les précédentes à réglementation nationale, ou comme on dit, ce sont des disciplines « reconnues », conduisant actuellement, à Vincennes à un diplôme national.


- Enfin, un tiers des étudiants de Vincennes allaient dans les autres disciplines : le droit, l'économie, les arts (musique, théâtre, cinéma, arts plastiques), l'urbanisme, l'informatique, les mathématiques. Ici également, il y a tendance à l'augmentation des effectifs.

 

 

Vincennes a été considérée au début essentiellement comme une faculté de «Lettres et de Sciences Humaines ».

 

 

On peut considérer, en effet, que les disciplines assurées relèvent en majorité de cette ancienne classification, antérieure à la loi d'orientation qui détruit, en principe les « Facultés » (plus ou moins remplacées par les U.E.R.) pour les remplacer, par des Universités pluridisciplinaires.

 

 

Vincennes serait, donc une «grande Faculté de Lettres», comportant en plus une « petite Faculté de droit » (Sciences Juridiques et Politiques, Economie Politique), une Faculté des Arts (mais ceci est nouveau, les « arts » relèvent d'autres instances que l'Université), et comportant enfin l'urbanisme, l'informatique, les mathématiques...

 

 

En tant que «Faculté de Lettres et de Sciences Humaines», Vincennes devrait avoir une population à majorité féminine, comme cela se produit partout ailleurs pour les disciplines dites littéraires, pour la psychologie, etc. Or, la même année (1973) il y avait 40% d'hommes inscrits à Nanterre, où la distribution des disciplines est assez semblable, et il y en avait 55% à Vincennes.

 

 

Vincennes est « plus masculine » que les Universités à composition semblable. Ceci est dû à d'autres facteurs (taux plus élevé d'étrangers, etc.) que l'on va examiner.

 

 

La population de Vincennes est plus âgée : l'étudiant d'université a en moyenne 22 ans ; à Vincennes, il a 27 ans. Les gens qui ont dépassé l'âge universitaire statistiquement normal dans notre système (soit entre 20 et 26-27 ans) viennent plus facilement à Vincennes où l'âge ne fait pas de problèmes. Ce sont des étudiants qui reviennent, après avoir quittés depuis longtemps parfois, leurs études, parce que Vincennes ouverte aux non-bacheliers leur en donnait la possibilité pour la première fois, ou parce que « l'ambiance » à Vincennes est si particulière, si ouverte, si libérale, ceci n'est pas un discours de propagande, mais la réalité difficile à exprimer, que des gens viennent à Vincennes pour reprendre des études qu'ils avaient, abandonnées, ou n'avaient pas entreprises.

 

 

La moyenne d'âge est plus élevée, également parce que Vincennes est largement ouverte aux travailleurs. On vient à Vincennes, dans la moitié des cas, après l'entrée dans la vie professionnelle, en étant déjà salarié à plein temps, alors que l'on ne va pas dans les autres universités après l'entrée dans la vie professionnelle.

 

 

C'est une définition tout à fait particulière. Ces caractéristiques d'âge, de professions, d'ouverture aux non-bacheliers, mais aussi d'orientation vers des disciplines non-traditionnelles, font que très probablement Vincennes préfigure une Université à venir après la crise et le dépérissement d'une Université ouverte à ceux qui veulent entrer dans la vie professionnelle à l'issue des études, etc.

 

 

Un autre caractère d'avenir dans la population de Vincennes, c'est son caractère international : un tiers d'étudiants étrangers. Ils viennent surtout des pays francophones, mais aussi du monde entier, y compris d'Amérique du Nord et d'Extrême Orient. Or, le pouvoir voudrait réduire à 10%, selon sa norme, le nombre d'étrangers.

 

 

On dit ici que c'est un caractère d'avenir parce qu'une université nationale n'a plus lieu d'exister dans la société moderne. On réclame des diplômes nationaux, alors qu'il faudrait créer des diplômes internationaux (le système d'équivalence ne suffit pas). Remarquons-le au passage : les enseignements de langues, qui sont en crise, ne pourraient trouver un sens nouveau que si Vincennes, pour ne parler que de cet établissement, était en connexion directe (pas seulement le «jumelage», assez fictif) avec le réseau mondial des universités, ce qui supposerait des échanges systématiques d'étudiants et d'enseignants, etc.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 10:56

La liberté

 

 

L'entrée dans les salles de cours est totalement libre. Elle n'implique aucune inscription préalable, aucune exhibition d'une carte d'étudiant (il n'y a pas de contrôleurs, pas de « vigiles » musclés ou pas, et la preuve est ainsi faite qu'on n'en aurait évidemment besoin nulle part). Quand on connaît Vincennes, se promener aux alentours d'Assas ou de Clignancourt donne la nausée.

 

 

Il est évidemment difficile quand on fréquente surtout Vincennes d'établir des comparaisons et de mesurer la distance entre ce système et celui des autres universités. Mais, si nous prenons un terme de comparaison qui nous est familier : à l'U.E.R. de psychologie clinique de Paris VII (Censier) qui est pourtant un lieu réputé libéral, et qui l'est en effet, il existe un nombre limité d'étudiants dans chaque cours (30 environ par U.V.) et les autres ne peuvent qu'aller à Vincennes

 

 

Car Vincennes a refusé jusqu'ici le numerus clausus, la sélection à l'entrée, ainsi que l'application de la « Circulaire Soisson » qui exige la pré-inscription des étudiants dans leur pays d'origine : d'où l'accroissement rapide des effectifs... Par là, Vincennes à la fois se « singularise » et fonctionne comme un « déversoir » du trop-plein refusé ailleurs. N'oublions pas enfin que malgré les promesses, il est de fait impossible pour un non-bachelier d'aller ailleurs qu'à Vincennes. Mais on le voit, cette singularité est toute provisoire, du moins espérons-le! Elle cessera lorsque d'autres Universités ouvriront réellement leurs portes à des non-bacheliers, à des travailleurs, c'est-à-dire lorsque le système de Vincennes commencera à se généraliser à l'ensemble du système universitaire.

 

 

Cela se fera. On découvrira alors que ce « chaos » Vincennes dénoncé un peu partout était lié aussi au refus de l'innovation ailleurs, à un conservatisme renaissant qui se protégeait en se donnant, à Paris, sa « poubelle »...

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 17:10

L'enseignement par petits groupes

 

 

L'enseignement par petits groupes était déjà possible quand l'effectif réel ne dépassait pas dix mille étudiants. De plus, il supposait une régulation spontanée des flux, l'ensemble se répartissant de façon équilibrée à l'intérieur des activités proposées. Il n'y a pas, en principe, de « cours magistraux » à Vincennes. En fait, il y a des grands cours, avec un public qui s'entasse, et à côté des U.V. assez peu fréquentées, selon divers facteurs horaires, habitude, côte des enseignants, degré de son libéralisme pour les contrôles, encore qu'un libéralisme systématique provoque la désertion : à quoi bon venir assister au cours si l'on est à peu près assuré d'obtenir à la fin de l'année son inscription sur la liste des U.V ..... Dans ce système, d'ailleurs, les U.V. dites libérales servent de soupape, de déversoir, aux U.V. moins libérales, où l'on exige, et c'est plus fréquent qu'on ne le croit, (c'est pratiquement la règle aujourd'hui) de la présence, des travaux individuels écrits, des exposés...

 

 

Les travailleurs, les non-bacheliers

 

 

C'est pourquoi les « mesures de divers ordres » recommandées par les statuts à l'intention des non-bacheliers, des travailleurs, ne sont pas prises de manière systématique.

 

 

On l'a vu pour l'aménagement des horaires d'enseignement. Il ne correspond pas systématiquement aux réclamations de la population concernée. Il y a beaucoup d'enseignements qui se font le soir. Mais il semble que cela a tendance à diminuer.

 

 

Naturellement, ces critiques doivent être tempérées par le fait que non seulement Vincennes est actuellement la seule université de France à recevoir ainsi les travailleurs et les non-bacheliers, mais surtout qu'elle est la seule à pouvoir le faire : il est probable que s'ils étaient envoyés ailleurs, ces étudiants ne pourraient pas mieux y rester. La « pédagogie » de l'université exclut absolument une telle éventualité. Les conditions matérielles et pédagogiques d'accueil à Vincennes ne sont d'ailleurs pas les seules raisons de cette exclusion.

 

 

Autrement dit, et pour que tout soit clair maintenant, (mais on suppose cela déjà compris), tout ce qui est dit ici ne pourrait être dit ailleurs parce qu'ailleurs règnent le vide, l'ennui et le conservatisme pédagogique le plus plat. Il ne serait même pas possible de faire un livre sur Censier ou Jussieu qui n'ont aucune existence collective ni même sur une jeune ou vieille université de province comme on peut faire un livre sur Vincennes. Car Vincennes est d'abord un ensemble social réel avec ses propres normes, ces crises...

 

 

Le nombre relatif des non-bacheliers a tendance à diminuer. Il constitue entre le tiers et la moitié de la population étudiante. Pour les étudiants salariés, ou les salariés étudiants, les travailleurs d'usine y sont l'infime minorité; la plupart d'entre eux appartiennent au secteur dit « tertiaire » ; ils sont enseignants, animateurs, fonctionnaires de diverses catégories. S'y ajoutent enfin les chômeurs des ASSEDIC (allocation chômage attribuée pour poursuivre des études), qui sont ici pris en compte dans les départements au lieu d'être isolés, comme cela se fait ailleurs, dans des ghettos dits de recyclage et de formation permanente.

 

 

Quelqu'un disait un jour qu'à Vincennes, on ne fabrique pas de chômeurs, que Vincennes est la seule université française à ne pas fabriquer de chômeurs. Et dans un sens, c'est vrai. Cette idée signifie que les chômeurs y sont déjà pour une formation nouvelle, et d'autre part, vu l'importance des salariés ayant déjà un emploi et qui viennent y faire des études, (et donc qui n'auront pas à chercher un travail à la sortie comme les autres étudiants), eh bien que Vincennes se trouve être l'université qui a le taux de chômeurs, à la sortie, qui est le plus bas (et de loin).

 

 

L'organisation de l'année universitaire en trois « semestres », dont un l'été, nécessairement, est un projet depuis longtemps abandonné. L'organisation en deux semestres est, par contre, effective. Pratiquement tous les départements établissent chaque année, fin février, pour le premier semestre, en juin pour le second, les listes de validations.

 

 

Un étudiant peut obtenir un maximum de 6 U.V. par semestre. Chaque U.V., cela a déjà été dit, correspond à un enseignement hebdomadaire de 3 heures (On y ajoute le temps passé à préparer des travaux correspondant à ces 3 heures qui sont ainsi, en principe, triplées).

 

 

Cela signifie qu'un travailleur qui ne peut venir que le soir, arrive chaque soir à 19 heures, suit un enseignement de 19 à 22 heures pendant les cinq jours de la semaine, correspondant à 5 U.V. et peut également venir suivre des cours le samedi, toute la journée. Il peut, évidemment, cela va sans dire, suivre des U.V. dans la journée également s'il dispose du temps nécessaire, mais il n'est pas possible d'obtenir plus de 12 U.V. dans l'année.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 18:11

La recherche pédagogique

 

Dans ces conditions, « la recherche pédagogique », «permanente », inscrite dans les statuts n'a rien de systématique. D'ailleurs, c'est un projet vague. On ne précise pas dans le texte officiel si c'est une recherche sur les « institutions » mises en place dans l'établissement, ou sur les procédures, les programmes...

 

 

Il se fait une recherche pédagogique de type sauvage, essentiellement à la faveur des crises, quand l'institué commence à être légèrement ébranlé, quand on discute des programmes et des professeurs dans les assemblées générales de départements. Mais dans l'ensemble, la pédagogie s'adresse toujours, de préférence, spontanément, aux héritiers, même si ce sont ces autres qui sont, au début, attirés par Vincennes.

 

 

Il suffit d'entrer dans les salles de cours quand ce n'est pas la crise générale : le modèle du savoir qui est proposé aux étudiants est à peu près comme partout ailleurs, il se formule avec les mêmes mots, les mêmes phrases, quelquefois même plus alambiquées que dans les enseignements dits traditionnels. C'est probablement l'une des raisons essentielles de la désertion.

 

 

Il existe à Vincennes une commission pédagogique. Elle réunit des délégués qui sont des enseignants : un par département. Cette commission se réunit, comme les autres commissions, assez régulièrement, une fois par quinzaine, c'est à dire au même rythme que les «collectifs » d'enseignants qui se réunissent dans chaque département.

 

La commission pédagogique sert ainsi de lieu central de coordination. Son rôle devient plus important quand il faut répondre aux problèmes posés par la réforme. En temps ordinaire, on y parle des filières nouvelles (peu nombreuses encore parce qu'elles supposeraient souvent qu'on sorte du cadre des départements, et on a vu qu'il est très difficile d'en sortir). Prenons l'exemple des études africaines, un projet que l'on agite à Vincennes depuis longtemps déjà. Si l'on examine les programmes affichés par les départements, on constate qu'un assez grand nombre (il y en a au moins 7) touchent à ces études africaines. On traite de l'Afrique en sociologie, en économie politique, en droit, en sciences de l'éducation, en histoire, en géographie et probablement ailleurs encore. Mais si l'on voulait réellement donner vie à ce projet, l'organiser, il faudrait instituer une concertation permanente entre étudiants et enseignants des départements concernés.

 

 

En réalité, le projet devient actif quand les étudiants s'en occupent. Ils proposent alors de créer un nouveau département « des études africaines » qui risque à son tour de se replier sur lui-même et de défendre ses intérêts. Or, l'enveloppe budgétaire globale de l'Université (heures de cours, etc.) n'augmente pas davantage que le nombre des enseignants...

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 10:13

Le caractère expérimental

 

 

En 1968, l'ensemble universitaire de Vincennes avait reçu le nom de « Centre expérimental ». Huit ans après le début de cette expérience, on assiste à la mise en place - et, dans un autre langage, plus polémique, à la «normalisation» -de l'université de Paris VIII. En même temps, ceux qui mettent en place les structures définitives demandent aux pouvoirs publics que le caractère « expérimental » de Vincennes soit toujours pris en compte (1),

 

 

Ce qui implique :

 

a) le développement de l'interdisciplinarité des études

b)      une recherche pédagogique permanente,

c)       l'enseignement par petits groupes

d)     des mesures de divers ordres (aménagements des horaires, modalités du contrôle des connaissances, organisation de l'année en trois semestres) susceptibles d'améliorer les conditions de travail des étudiants salariés ou non, bacheliers ou non.

 

 

Ce principe de l'expérimentation est l'idée centrale. Il implique s'il n'est pas un leurre, la permission relative, pour Vincennes, de se donner ses propres normes de fonctionnement, de gestion, d'enseignement, de contrôle des connaissances, En réalité, cette liberté instituée trouve des limites très précises dans le système de la loi d'orientation, puis des décrets, arrêtés et circulaires qui définissent l'application de la loi.

 

 

L'expérimentation suppose cependant quelque liberté de principe dans les aménagements locaux. Il faut y insister : l'impression assez générale de liberté que donne Vincennes tient à ce principe expérimental au moins autant qu'aux idéologies des responsables et des enseignants.

 

 

On peut reprendre maintenant les aspects principaux de l'expérimentation définie par les statuts.

 

 

L'interdisciplinarité

 

 

L'interdisciplinarité, c'est une idée « récupérée » par le Ministre ; elle était l'un des thèmes universitaires majeurs de Mai 68. D'ailleurs, on ne veut pas l’appliquer qu'à Vincennes ; on pense en faire une règle générale pour l'ensemble des Universités.

 

 

A Vincennes, l'interdisciplinarité signifie que chaque étudiant doit pouvoir organiser comme il l'entend son itinéraire. L'étudiant qui arrive sait qu'il devra finalement obtenir trente Unités de valeur, chacune correspondant à un  cours de trois heures hebdomadaires pendant un semestre, pour avoir le titre de licencié. Mais, pour que ce titre soit accompagné d'une mention (licence de sociologie, de théâtre, d'urbanisme,...), il faut que plus de la moitié du total, soit quinze U.V. au moins, soit prise dans la même matière dominante.

 

Dans la pratique, cela donne la démarche suivante: l'étudiant nouvellement inscrit, choisit le plus souvent, le département correspondant à la discipline envisagée et il va s'installer dans ce département, tout en allant ailleurs dans d'autres départements, chercher les U.V. complémentaires, ou « U.V. de sous-dominante ». Et ceci va reconstituer l'ordre universitaire traditionnel. De plus, il y aura assez peu de collaboration organisée entre les départements correspondant chacun à une discipline : chaque département tend à se refermer sur lui-même, sur ses intérêts propres, ses enseignements, ses chargés de cours dont le paiement dépend surtout du nombre des inscrits « en dominante ».

 

 

C'est seulement l'étudiant qui, par sa demande propre, peut réaliser plus ou moins le projet interdisciplinaire. Qu'il se débrouille! Le système indique mal, ou pas du tout, les itinéraires à parcourir. C'est très mal jalonné. Il faut, comme partout, aller lire les panneaux d'affichage, les horaires de cours que les enseignants affichent, chacun pour soi, à sa convenance, dans la meilleure tradition de l'Université traditionnelle. On verra diminuer ainsi le nombre des cours du soir, qui ont pour clientèle des étudiants salariés. Pourquoi le dissimuler? Dans cette université expérimentale, les enseignants ont souvent pour modèle, avec simplement un peu plus de libéralisme, ce qui se fait partout ailleurs.

 

 

(1) «Au palmarès des universités» publié dans Le Monde de l'éducation (juillet 1976), Vincennes est en tête du classement pour la linguistique, et bien placée pour la psychologie, la sociologie, les sciences de l'éducation. D'autre part, Le Point (juin-juillet 1976), dans un numéro spécial sur les universités, cite cinq ou six innovations à Vincennes, dont la bio-énergie. Les indices journalistiques montrent assez bien le « double » visage de Vincennes qui se veut à la fois « comme les autres » et « différente », et protégée par son statut expérimental.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 09:53

La cogestion instituée

 

La Loi d'orientation implique, non pas l'autogestion (le terme n'apparaît nulle part) mais l'autonomie de chaque Université et la cogestion dans le cadre de l'autonomie.

 

L'autonomie signifie essentiellement une « autonomie budgétaire ». Chaque université va recevoir une «enveloppe» pour ses équipements, son fonctionnement et elle va gérer cette allocation.

 

La cogestion signifie que des conseils d'U.E.R. et un Conseil de l'université, avec représentation paritaire des enseignants et des étudiants, vont être élus, qu'ils vont élire un Président de l'Université et qu'ils vont gérer le budget, les programmes, etc., dans certaines limites. C'est bien ce qui se passe à Vincennes.

 

Mais s'il est vrai que des Conseils de gestion sont élus dans la plupart des U.E.R. de Paris VIII, dans la réalité, ces U.E.R. ont presque tous éclaté en « départements » qui sont, de fait, autonomes.

 

Il existe à Vincennes comme ailleurs, un Conseil de l'Université régulièrement élu, un Bureau du Conseil, et un président de l'Université comme on l'a déjà indiqué. Mais un certain nombre d'enseignants ne vote pas.

 

Et pourtant, les enseignants - et moins directement les étudiants -, « participent » cependant, mais par des voies non institutionnalisées, à la gestion de Vincennes.

 

Et c'est là, semble-t-il, un trait original de ce «laboratoire social».

 

 

« L'autogestion informelle » : les « commissions consultatives »

 

Le conseil de Paris VIII, pour des raisons de conjoncture politique, est donc élu par une minorité d'enseignants et d'étudiants.

 

Or, il est nécessaire de « gérer », même si on ne «gère» que la pénurie. Plus exactement : on va gérer, précisément, parce qu'il y a « pénurie ». Par exemple : il faut répartir les crédits entre les différents départements qui réclament des équipements, des budgets de fonctionnement, des chargés de cours (assurant 60% des enseignements de Vincennes) pour compléter le personnel enseignant mensualisé.

 

Ce travail de gestion (concernant la répartition des budgets et des locaux, les options pédagogiques, la répartition des heures complémentaires, etc.) se fera dans des Commissions consultativesoù chaque département va envoyer un représentant.

 

Les départements eux-mêmes sont gérés par des collectifs d'enseignants» dont la tache tend à être plus effective que celle des conseils d'U.E.R. Enfin, dans les Départements, des Assemblées Générales des étudiants et des enseignants tendent, souvent, à prendre la direction des affaires ou du moins à devenir le lieu d'un contrôle étudiant.

 

C'est à ce niveau « informel », mais à ce niveau seulement, qu'on pourrait parler d'autogestion à Vincennes.

 

En réalité, il y a dans ce système, des zones d'autorégulation collective de la gestion qui se juxtaposent à la structure légale de la cogestion des U.E.R. et de l'Université.

 

Il s'agit donc là d'autogestion « spontanée » mais non institutionnalisée. J'entends ici par autogestion, en effet, la gestion par la collectivité des membres d'une institution donnée. Ainsi, il est bien vrai que les Assemblées Générales des départements sont des institutions « autogestionnaires ». Mais quel est leur pouvoir effectif de gestion? Tout le problème est là.

 

 

Un double système

 

Il n'existe donc pas un modèle simple de Vincennes. Vincennes est co-gestionnaire par la loi d'orientation et donc anti-autogestionnaire. Mais comme la conjoncture politique de Vincennes a empoché jusque ici l'application stricte de la cogestion, une autogestion de complément a permis à la cogestion instituée de fonctionner.

 

Il faut ajouter, enfin, que le modèle « autogestionnaire » implicite, ou informel, (non prévu par la loi, imposé par les circonstances) parait être actuellement en régression. En même temps, le pouvoir de la structure officielle co-gestionnaire (le Conseil de l'Université) est de plus en plus effectif.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 18:27

Chapitre 1

 

 

Analyse interne à Vincennes

 

 

Introduction

 

Le premier août 1968, Edgar Faure, sur l'avis d'Alliot, son chef de cabinet, décide de créer deux centres universitaires indépendants de la Sorbonne: Dauphine pour la gestion, l'économie et le droit, (Vedel fût nommé chargé de mission pour concevoir ce « Centre Dauphine») ; et Vincennes.

 

 

Création de Vincennes

 

 

Vincennes sera un centre spécialisé dans les sciences humaines. Las Vergnas, alors président de Paris-Sorbonne, eut la responsabilité de concevoir ce nouveau centre. Pourtant rapidement épuisé par Mai 68, il se déchargea plus ou moins du fardeau et passa le relais à Pierre Dommergues, son assistant à la Sorbonne.

 

 

D'annexe prévue pour 1500 étudiants, on passa progressivement à l'idée d'une université de 3000, puis 4500 et finalement 7000 étudiants au cours du mois d'août sous la pression du rapport de force conjoncturel de Mai-Juin 68, mais aussi grâce à l'insistance du groupe d'études réuni autour de Dommergues.

 

 

Il s'agissait alors d'essayer de définir de nouvelles conceptions pédagogiques telles qu'elles semblaient découler de Mai. Dommergues passa son mois d'août à tenter de visualiser ces projets en concevant le dispositif spatial (petites salles, choix des matériaux...) qui se forment à partir d'autres critères que ceux existant à la Sorbonne. Les enseignants devaient être choisis en fonction de leur compétence, mais surtout en fonction de leur intérêt pour les questions pédagogiques.

 

 

Michel Foucault fût chargé de composer l'équipe du département de philosophie; Passeron, celle de sociologie; Julliard, celle d'histoire ; Levailland, celle de Français ; Frioux, celle de Russe ; Debeauvais, celle de sciences de l'éducation... Il y avait aussi H. Cixous et Dommergues en anglo-américain, et quelques autres…

 

 

Deux conceptions vont alors s'affronter.

 

 

D'une part, celle d'une université critique, ouverte aux non-bacheliers et aux travailleurs ; d'autre part, celle qui voyait dans Vincennes un super centre de recherche (dont l'absence se fait toujours sentir).

 

 

C'est la première conception qui devait l'emporter. Non sans mal. Ainsi Pierre Dommergues était en difficulté avec le Ministère au moment des premières inscriptions: sur la question des non-bacheliers, Dommergues qui s'était occupé des examens d'entrée en faculté pour étudiants non-bacheliers lorsqu'il était à la Sorbonne, était isolé vis-à-vis du ministre... Ce qui a précipité les choses, c'est une action du personnel vincennois qui a mis à sac les salles d'inscription et qui, en distribuant largement des cartes d'étudiants à des non-bacheliers, a réussi à faire pression. (De ce point de vue, le Bulletin Officiel de l'Education Nationale de novembre et décembre 68 est intéressant : sa lecture montre les glissements successifs du Ministère sous la pression des premiers étudiants et enseignants).

 

 

Dès le départ, Dommergues voulut orienter le Centre universitaire vers un enseignement non-magistral, en vue de changer le rapport « enseignants-enseignes ». D'où l'importance de son travail pour fixer la base matérielle de l'institution, dans une perspective de non-retour. Cette institutionnalisation rapide ne peut pas être à l'abri de toute critique... Ainsi, l'acquisition de matériel lourd en audiovisuel (qui a coûté des centaines de millions) n'a pas été conçue rationnellement.

 

 

En effet, Dommergues, en tant que linguiste, n'avait de l'audiovisuel qu'une vision linguistique (laboratoires de langues...). Il n'a pas eu l'idée que ce pourrait être les besoins abordés du point de vue d'une modification de la relation pédagogique; conception par les étudiants du travail de création... qui aurait nécessité un matériel beaucoup plus léger...

 

 

Voici comment un autre instituant de Vincennes, Michel Debeauvais, présente cette naissance de l'établissement : « La création du « Centre universitaire expérimental de Vincennes», décidée en août 1968 par le Ministre de l'Education nationale a été à l'origine une « innovation décentralisée » conçue « à la base » par ses futurs participants.

 

 

Le projet n'a pas été élaboré par les Services du Ministère ; c'est M. Las Vergnas, alors Doyen de la Sorbonne (Lettres) qui fut chargé de préparer le projet et de soumettre ses propositions au Ministère. Celui-ci constitua un groupe de travail d'enseignants qui élabora en quelques semaines les quelques principes pédagogiques qui demeurent encore les seules modalités de fonctionnement réglementées à Vincennes: système des Départements, des semestres et des unités de valeur (10 par an), ouverture aux non-bacheliers et aux travailleurs, interdisciplinarité. Cette innovation n'a pas été planifiée à l'avance, mais a eu (et gardé) un caractère de quasi-improvisation. Entre septembre et décembre 1968, 250 enseignants volontaires furent nommés (par un système de cooptation en deux étapes), l'emplacement choisi, et la construction réalisée. L'accueil des premiers étudiants (10 000 au lieu des 7 500 prévus) eut lieu au début de janvier 1969, soit cinq mois après la décision initiale. Un décret précisa le statut expérimental du Centre universitaire sur quelques points particuliers : admission des non-bacheliers, inscription des étudiants sans conditions restrictives fondées sur le lieu de résidence, modalités du contrôle des connaissances.

 

 

Avec l'application de la Loi d'orientation sur l'enseignement supérieur (1969), le Centre universitaire de Vincennes est devenu l'une des treize universités parisiennes, sous le titre de Paris VIII. Son statut expérimental n'a été ni confirmé, ni expressément abrogé. Ce qui en reste dans les faits se réduit au recrutement national (i.e. sans limitation de résidence) et à des modalités plus souples pour l'admission des non-bacheliers et le contrôle des connaissances ». (in : Connexions, 4).

 

 

L'expérience de Vincennes, c'est celle de la cogestion instituée par la loi, mais « doublée » ou complétée par une « autogestion informelle ».

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 10:07

 

Présentation

 

 

Nous regroupons ici quatre textes qui témoignent de l'engagement de G. Lapassade dans l'invention d'une méthode d'analyse interne. C'est dans son travail à l'université de Paris 8 qu'il développe cette méthode.

 

 

Le chapitre 1 : Analyse interne à Vincennes est historique à la fois pour l'histoire de Vincennes, mais aussi pour l'histoire du mouvement de l'analyse institutionnelle à Vincennes, dans la mesure où il fut au cœur d'un dispositif analyseur de notre courant intellectuel, qui déterminera la suite de notre histoire groupale, et surdétermine peut-être encore aujourd'hui les clivages qui traversent ceux qui se réclament de l'analyse institutionnelle à Paris 8. Analyse interne à Vincennes a été écrit entre mai et juin 1976. C'est le premier, d'une certaine consistance, consacré par Georges Lapassade à l'analyse interne. A cette époque, dans notre mouvement de l'analyse institutionnelle, à côté du dispositif socianalytique, Georges Lapassade milite pour construire une autre forme de dispositif: celle de l'analyse interne que des acteurs d'un établissement doivent développer pour faire une analyse institutionnelle de l'intérieur... Il ne rencontre pas l'enthousiasme du côté des tenants de la socianalyse, qui voit l'effort de Georges comme une transgression de notre dispositif de référence. Plutôt que de faire un texte programmatique, Georges Lapassade tente, ici, de prouver le mouvement en marchant. Il tente l'analyse interne de l'université de Paris 8. Ce texte est intéressant, pour nous aujourd'hui pour de multiples raisons. Sur le fond, il montre avec une grande précision l'état de Vincennes en 1976, c'est-à-dire 7 années après sa fondation. Vincennes est le lieu d'établissement du courant socianalytique de l'analyse institutionnelle depuis septembre 1973. A cette époque, Georges Lapassade a réussi à faire entrer dans le département des sciences de l'éducation : Laurence Gavarini, alors socianalyste, Remi Hess, René Lourau (1933-2000), Antoine Savoye et Patrice Ville. Compte tenu de sa grande qualité d'écriture, on peut regretter que ce texte soit resté inédit jusqu'en 2004. Cette année-là, il trouve sa place dans le N°6 des irrAIductibles, intitulé Des dispositifs 1. Au départ, ce texte devait être la partie consistante d'un ouvrage terminé, coordonné par Georges Lapassade, René Lourau et moi-même sur L'analyse institutionnelle de Vincennes. Il avait une dizaine de collaborateurs. Il avait été rendu à l'éditeur (les éditions Jean-Pierre Delarge) dans les derniers jours de juin, et mis aussitôt en fabrication. Or, début juillet, alors que l'on s'apprête à recevoir les épreuves, René Lourau s'oppose à l'édition du livre, par l'envoi d'une lettre recommandée, envoyée à l'éditeur (1)...

 

 

Le chapitre 2, L'analyse institutionnelle en tant qu'«analyse interne», est le compte-rendu d'un atelier que G. Lapassade anime dans le colloque Chercheurs et praticiens, à Vincennes en 1980, juste avant le déménagement de l'université. En effet, en 1980, a lieu à Vincennes un colloque « Chercheurs et praticiens ». Georges Lapassade organise un atelier sur la question de l'analyse interne. Le compte-rendu qu'il fait de cet atelier montre l'état du débat, tel qu'il se le représente alors. Ce texte montre l'état de la discussion, autour de la question des dispositifs (psychothérapie institutionnelle, pédagogie institutionnelle, etc.).

 

 

Le Chapitre 3, Journal de la réforme des DEUGest un texte totalement inédit. Il a été établi par Véronique Dupont qui a retapé le journal de Georges Lapassade qui avait raturé, corrigé, annoté une version originale. C'est donc la première fois que ce texte est donné à lire dans cette version. On sait qu'à l'époque de l'écriture de ce journal, suivant la méthode que j'avais inauguré dans mon lycée de Drancy en 1982-83 (2), G. Lapassade distribuait au fur et à mesure les pages de son journal aux membres de la communauté universitaire, pour stimuler l'analyse interne. Il restitue dans ce texte les réactions de ses lecteurs...

 

 

Le Chapitre 4, Chronique d'un journalest un texte qui synthétise la démarche de l'auteur dans son journal de 1984 (chapitre 3). Ce texte est paru en 1985 dans Pratiques de formation, avec des extraits du journal, constituant le chapitre 3. Ces extraits ont été choisis par R. Barbier, fin décembre 1984, ou début janvier 1985. Ce texte nous semble étrange, et c'est pour cela que nous le laissons, au risque de faire doublon avec la partie précédente. En effet, R. Barbier fait un choix en supprimant les dates des extraits ! Quelle décision éditoriale bizarre ! Nous, aujourd'hui, nous demandons aux diaristes de toujours noter leurs dates d'entrée... Cet état de la recherche nous permet de mesurer le chemin parcouru sur ce terrain depuis 24 ans.

 

 

 

La démarche d'analyse interne de Georges Lapassade

 

 

Ainsi, la démarche de Georges Lapassade concernant l'analyse interne se poursuit méthodiquement entre 1976 et 1984. On connaît ensuite le livre de P. Boumard, R. Hess, G. Lapassade, L'Université en transe, Paris, Syros, 1987, qui est un classique de l'analyse institutionnelle d'établissement en période d'agitation. Ce livre s'appuie encore sur le terrain de Saint-Denis, et sur des journaux d'étudiants.

 

 

Elle se poursuit d'ailleurs ensuite sous d'autres formes, comme en témoigne son itinéraire, publié parallèlement:Psychosociologie de l'éducation, L'itinéraire de Georges Lapassade, Dar El-Houda, Ain M'iila -Algérie, 2008, livre également sur le site ci-dessous).

 

 

De très beaux morceaux d'analyse interne peuvent être encore lus dans les Journaux de G. Lapassade des années 2000 et 2001. Il est, alors, en position de retraité, mais il suit attentivement les crises qui secouent les groupes institutionnalistes, à la mort de R. Lourau, ce qui détermine le remaniement des institutions universitaires, à l'occasion de la préparation du Quadriénal, etc. Nous allons publier ces journaux dans les semaines qui viennent.

 

 

En effet, nous travaillons à la réédition de livres de G. Lapassade, et à l'édition de ses nombreux inédits. Sont associées avec nous à ce chantier : Lucette Colin, Kareen Illiade et Gabriele Weigand, comme on peut le voir en consultant le site : http://193.54.168.65/docs (une fois sur le site, à droite de l'écran, « rubrique » Remi Hess, puis la « sous-rubrique » Ouvrages à télécharger).

 

 

(1) Pour davantage de détails, voir R. Hess, « Sur la guerre des dispositifs à l'intérieur du courant institutionnaliste », Les irrAIductibles, n°6, p, 27-31.

 

 

(2) Cf. R. Hess. Lelycée au jour le jour, ethnographie d'un établissement d'éducation, Paris, Méridiens Klincksieck, 1989. Une nouvelle version de ce texte, intitulée Une armée au lycée, avec un riche commentaire de G. Weigand sur l'utilité du journal, est rendue public en 2008 sur le site http://193.54.168.65/docs

 

 

 

Remi Hess

Véronique   Dupont,

Bernadette Bellagnech

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 11:28

Préface

 

 

L'analyse interne de Paris 8 est toujours d'actualité!

 

 

On va parler de Vincennes et de Saint-Denis, en 2008 et 2009, à l'occasion de l'anniversaire de cette université de Paris 8 où nous travaillons. Il apparaît donc important de publier les textes que Georges Lapassade a consacré à cette université où il est entré en 1971, et est resté jusqu'à sa retraite en 1992, où il a fait entrer R. Lourau, R. Hess, L. Gavarini, A. Savoye, P. Ville, arrivés de Nanterre en 1973, au lendemain de la thèse de R. Hess, puis A. Coulon et D. Dufour (ses anciens thésards)... En 2008, à la veille de ses 84 ans, Georges Lapassade continue encore, à vivre dans l'université de Paris 8 (il y a son bureau, participe aux réunions des irrAIductibles, la revue planétaire d’analyse institutionnelle, passe du temps à la bibliothèque)...

 

 

Si R. Lourau pratique une analyse institutionnelle différée, en résonances morphiques, G. Lapassade pratique une analyse interne concrète. En effet, dans L'Etat inconscient, René Lourau explique qu'il étudie la Réforme de Luther et Calvin parce que cette scène est une métaphore des conflits de 1974-1978, dans lesquels R. Lourau est (trop) impliqué, pour pouvoir en parler. La démarche de R. Lourau fait le détour par la métaphore, pour échapper à un réel, trop dur à décrire.

 

 

Sur ce terrain de l'analyse institutionnelle, Georges Lapassade, lui, va droit aux faits. Dès 1973, il s'attache à analyser l'institution telle qu'elle se vit au quotidien. C'est le projet de l'analyse interne. Son disciple et collaborateur, R.Hess, conduit le même chantier sur le terrain du lycée où il est professeur en 1982-83. Tous les deux découvrent un outil efficace pour l'analyse institutionnelle interne : le journal.

 

 

De Vincennes à Saint-Denis rassemble des textes écrits, par Georges Lapassade, entre 1976 et 1985. Leur unité vient du terrain : l'université de Paris 8, d'abord à Vincennes, ensuite à Saint-Denis, à partir de 1980.

 

 

Pour nous aujourd'hui, en 2008, l'analyse interne est toujours à l'ordre du jour. Notre département des sciences de l'éducation a été l'espace, durant l'année universitaire 2005-2006, d'un conflit analyseur de l'institution : la dévaluation de certains étudiants, par un jury de DEA, systématiquement. hostile aux enseignants et étudiants de l'analyse institutionnelle. Etant en congé de maladie, j'ai suivi de loin cette lutte qui a été décidée par E. Bautier et A. Savoye lors du jury du 7 novembre 2005 (invalidation de Kareen Illiade) poursuivie lors du jury du 14 décembre (invalidation de Boumarta et de quelques autres). Dès le 17 novembre 2005, R.Hess envoie une lettre ouverte au Président, dénonçant les pratiques discriminatoires de ce jury partisan, par rapport aux étudiants engagés.

 

 

Il faudra attendre le jury d'appel du 27 mars 2006 pour que Kareen Illiade soit rétablie dans sa mention très bien…

 

 

Cette lutte a été une réactivation de celle de 1999-2000, qui fut tellement violente qu'elle joua un rôle non négligeable dans la mort de René Lourau, dans le collimateur des réactionnaires.

 

Cette lutte de 2005-2006 entraîna une vraie analyse interne, car, entre novembre 2005 et mars 2006, l'Université, prenant en compte cette maltraitance systématique d'un groupe contre un autre groupe, décida de constituer deux jurys pour le nouveau master. D'un côté, les « civilisés », de l'autre les «harmoniques», pour reprendre l'évocation de Charles Fourier, que R. Hess fait dans sa lettre du 17 novembre 2005. On sait que Kareen Illiade allait devenir élue au Conseil scientifique de l'Université, sur une liste « analyse institutionnelle », puis ATER, et qu'elle est, à son tour, dans le mouvement de l'analyse interne !...

 

 

L'analyse interne est donc un outil de la réforme. C'est même la dimension réformiste de l'analyse institutionnelle. Nous remercions Georges Lapassade de nous avoir autorisé à éditer ce livre. Nous remercions également Bernadette Bellagnech, Véronique Dupont et Remi Hess, pour le travail d'établissement de ces quatre chapitres.

 

 

Je viens moi-même de rendre public le travail de suivi du séminaire d'analyse institutionnelle de 1999 à 2007, dans un ouvrage de 830 pages : Dialectique et pédagogie du possible (2 vol.), publié aux Presses Universitaires de Sainte Gemme, en mars 2008, et qui prolonge, d'une certaine manière, le travail du journal d'analyse interne proposé par R. Hess et Georges Lapassade.

 

 

Rétrospectivement, on peut regretter que le mouvement institutionnaliste se soit déchiré sur le mode du « ou bien l'analyse interne, ou bien la socianalyse ». Pour sa part, R. Hess a toujours été partisan du fait que l'analyse institutionnelle interne est complémentaire de la posture socianalytique, deux «moments» de la pratique institutionnaliste. En 1999, René Lourau, Patrice Ville, lancés à ses côtés dans une bataille interne aux sciences de l'éducation de Paris 8, à l'occasion de la défense d'étudiants maltraités par une bande de collègues réactionnaires, l'ont découvert, malheureusement un peu tard...

 

 

Benyounès Bellagnech, le 25 février 2008 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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