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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 09:48

3. L'activité politique publique

 

 

Nous n'avons pas cherché à avoir des informations sur la vie interne à Vincennes des organisations politiques et syndicales et pas davantage sur celle des «groupuscules », s'ils se réunissent, s'ils arrêtent collectivement des stratégies, etc.

 

 

Nous n'avons pas davantage fait un relevé systématique de leurs manifestations publiques. On donne ici, par conséquent, des impressions d'ensemble.

 

 

Il y a les activités de routine qui sont celles des partis et organisations :

- Les conférences assez rares, de dirigeants venus de l'extérieur, comme Juquin, pour le P.C.F, ou Ben Said pour la L.C.R. Cela donne à peu près au maximum, une manifestation par an, en amphi, devant un public limité.

- S'y ajoutent naturellement les ventes militantes de journaux (l'Humanité, Rouge, l'Humanité Rouge...) et les tables de vente avec les brochures dans le souk, ainsi que les rares distributions de tracts signés de ces organisations. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer de l'extérieur, l'ensemble forme une vie politique officielle et publique extrêmement ralentie.

- S'y ajoutent encore des manifestations du type: «Journées de la Palestine» avec films, conférences, brochures et chansons, ou dans le même style : «Journée sur l'Albanie».

 

 

Toutes les organisations ont leurs locaux officiels dans l'université.

 

Dans les AG politiques - au sens, cette fois de la politique universitaire, par exemple dans la grève pour l'abrogation de la réforme - les étudiants étrangers sont les plus nombreux. Ce sont des AG, en 1976, où s'affrontent les organisations instituées : UNEF, LCR, Groupes ML, avec les portes paroles habituels et une grande difficulté d'expression pour les inorganisés.

 

 

Cette situation a été caricaturée, en mal, par une AG. périodique des inorganisés avec imitation des ténors d'assemblée selon les tendances ; puis manifestation également périodique dans la fac, avec un pseudo «service d'ordre» pour protéger les marchands sauvages du souk contre les « casseurs ».

 

 

Vers la mi-mai 1976, les AG centrales sont à la fois de plus en plus désertées par les étudiants et de plus en plus déchirées par les affrontements des tendances comme partout ailleurs. On n'arrive même plus à « tenir» jusqu'au moment où l'on pourrait voter la reconduction de la grève. Il n'y a plus de votes, faute de votants, et la grève tient par elle-même, sur sa lancée, par l'absentéisme et par un consentement tacite, mais silencieux, du plus grand nombre d'étudiants.

 

 

On a signalé toutefois que quelques étudiants de Sciences Juridiques ont manifesté pour la reprise au rond-point des Champs-Elysées, et un étudiant a osé déclarer en AG de droit son appartenance à l'UDR ou sa sympathie pour cette organisation.

 

 

Du côté des enseignants, pendant cette grève d'avril-mai, la situation paraissait plus nette. Il s'est trouvé 90 enseignants (sur 800, les autres étant systématiquement absents) pour voter la reconduction de la grève contre l'avis des militants du Snes-Sup qui étaient très peu nombreux dans ces AG (une dizaine environ). Ce qui donne un ordre de grandeur sur les rapports actuels :

 

- Le Conseil continue de fonctionner dans une optique Snes-Sup.

 

- Mais il peut se trouver, à l'occasion d'une crise, une majorité qui soutient localement les positions du SGEN-CFDT et fonctionne ainsi comme ensemble, sinon «majoritaire », du moins hégémonique, sans que le conseil tente d'intervenir pour modifier la situation (en mai, le Snes-Sup propose, non pas la « reprise des cours » sous la forme traditionnelle, mais appelle les «activités pédagogiques »).

 

 

Toutefois, cette majorité de grévistes tend à se diviser sur la question des examens, qui a du mal à émerger comme enjeu politique spécifique et central selon la perspective « institutionnaliste ».

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 11:52

2. Les syndicats

 

Syndicats enseignants

Snes-Sup 1 et Snes-Sup 3L

 

 

Comme on l'a indiqué déjà, la section initiale du Snes-Sup Vincennes a éclaté :

-  l'opposition au bureau national, forte et nombreuse au départ, s'est effritée. Les réunions actuelles de ce qui en reste, le Snes-Sup 1 regroupent une dizaine de membres.

-  ceux qui adoptent la ligne du bureau national ont résolu leurs problèmes d'ex-minoritaires vincennois en se regroupant sur la base des U.E.R., notamment dans les UER et les départements de langues.

 

 

Ils agissent essentiellement au niveau du conseil de I’Université où ils sont cependant une minorité par rapport à l'ensemble de leurs adhérents.

 

 

En effet, les adhérents du Snes-Sup, tendance dite « bureau national » ne sont pas tous, loin de là, des «activistes ». Ce terme ne peut être retenu que pour une petite minorité parmi eux. Leur position consiste à éviter à tout prix l'éclatement de Vincennes en antagonismes trop violents, à rechercher aussi des solutions unitaires: cela était visible, notamment dans l'affaire des diplômes du premier cycle. Dans cette affaire, un certain nombre d'enseignants étaient attirés par l'idée de délivrer le D.E.U.G. à Vincennes. Ils se sont finalement ralliés à la ligne médiane qui consistait à ne délivrer que des «diplômes équivalents ».

 

 

En cette affaire d'ailleurs, comme dans beaucoup d'autres qui se règlent dans les grandes commissions, lieux privilégiés pour la négociation des conflits vincennois, les médiateurs étaient des enseignants, dont un certain nombre sont des anciens du P.C.F., qui assurent un rôle intermédiaire dans la négociation (Debeauvais, Rebeyrioux, Galissot, etc.)

 

 

Les organisations étudiantes

 

 

- Pour le syndicalisme étudiant, c'est l'UNEF ex-Renouveau (la grande presse dit : « proche des communistes ») qui seule est effectivement présente à Vincennes depuis deux ans ou trois ans.

- Il existe, en outre des organisations d'étudiants étrangers AGEA (pour les Algériens) UGET (Tunisiens).

- Minorités nationales : Leurs organisations sont pratiquement absentes, malgré les U.V. de breton, de basque et d'occitan.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 16:13

1. Les partis

 

 

Les Maos

 

 

On va maintenant essayer de faire le point sur la situation politique telle qu'elle se présente aujourd'hui (1976) au niveau des partis, syndicats, groupes et groupuscules :

- D'abord les Maos. La GP est morte et à sa suite la «Cause du peuple ». Certains anciens militants, en petit nombre, de l'organisation se retrouvent dans les services administratifs de Vincennes, ou encore dans les départements en qualité d'enseignants. Les autres ont quitté Vincennes.

 

-Le groupe Foudres, qui est l'expression culturelle à Vincennes, de l'UCF (A. Badiou) s'est manifesté notamment dans l'affaire Macchiochi à propos de son séminaire sur le fascisme (cf. la brochure que le groupe Foudres a publié à propos de cette affaire, en réponse au texte de MA. Macchiochi paru en postface dans l'ouvrage collectif en 10/18 sur le fascisme).

 

-Le petit groupe HR (Humanité Rouge) diffuse des tracts contre les révisionnistes trotskistes, notamment pendant la crise d'avril-mai 1976.

 

- Il y a encore les ML qui se disent individuellement inorganisés, ceux qui sont organisés dans les départements.

 

-Enfin, dans l'administration, le « MFA », ce sont les initiales de trois secrétaires «maoïstes» de départements, particulièrement actifs dans la lutte des travailleurs immigrés de Vincennes.

 

 

 

Les Trotskistes

 

 

Le groupe le plus important est celui de la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) avec des militants enseignants (qu'on retrouve au Snes-Sup 1 ou au SGEN) et des militants étudiants qui ont participé notamment aux coordinations nationales étudiantes (Amiens Toulouse) avant d'être mis en minorité, à Vincennes, par les « maos » de différents groupes alliés pour la circonstance, et soutenus, plus ou moins, par les « inorganisés » (de tendance libertaire parfois).

L'UNEF-AJS est actuellement pratiquement absente à Vincennes.

 

 

Le PSU

 

 

Le P.S.U. a joué un rôle important à l'UNEF en 1968. Depuis, il avait pratiquement abandonné le terrain universitaire (départ des ESU de l'UNEF avant l'éclatement de cette organisation étudiante).

On voit réapparaître le PSU à Vincennes en 1975-1976 : diffusion de la presse de l'organisation, mais absence dans les luttes étudiantes de 1976 en tant qu'organisateurs, ou leaders, ou intervenants actifs.

Le MAS (ex-MARC) n'existe pas actuellement à Vincennes, (en 1976, toujours).

 

 

Le PS (parti socialiste)

 

 

Une section PS s'est constituée assez récemment à Vincennes, notamment en milieu enseignant, où elle reste pour l'instant très minoritaire.

 

 

Le PCF

 

 

C'est la force la plus organisée sur le campus : trois cellules, une présence active dans le syndicat et dans le conseil. Entre 1971 et 1976, le président de l'Université, Cl. Frioux, est un communiste. Il a défini sa stratégie par un jeu de balance permanente entre le PCF d'une part et d'autre part l'ensemble qu'on appelle « gauchiste ». Merlin, qui lui succède, sans avoir sa carte au PC, est très proche du clan PC de Vincennes.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 15:20

L'évolution professionnelle des anciens militants

 

 

Autre élément important qui va commander cette évolution surtout à partir de 1971 : la stabilisation progressive des personnels administratifs et enseignants dans l'établissement. Des militants étudiants deviennent chargés de cours, secrétaires de départements, vacataires des services centraux de la ronéo, etc.

 

 

Pour eux, l'activité politique, l'implication ne sera plus étudiante mais professionnelle. Le jeu politique va maintenant passer par ces nouveaux dispositifs.

 

 

De plus, ces militants étudiants devenus chargés de cours ou vacataires conserveront, dans la situation charnière qui est la leur, une fonction « politique » d'animation : c'est dans les secteurs du petit personnel que la vie politico-syndicale concrète aura tendance, progressivement à s'enfermer.

 

 

De plus, on verra des A.G. d'étudiants animés souvent par ces anciens étudiants plutôt que par une relève étudiante nouvelle (mis à part le cas de l'UNEF par exemple, qui va se manifester plus tard).

 

 

C'est ce que S. Mallet appelait : le phénomène des «bars-tabacs de la Sorbonne» (ou des barricades).

 

 

Ainsi en philosophie, les chargés de cours entrent en très grand nombre au département sur des critères militants : on retrouve un dosage assez équilibré d'ex-militants étudiants trotskistes, maoïstes, anarchistes, 22 mars, etc.

 

 

Cette évolution se fait dans l'ensemble sur la base générale d'une stabilisation (normalisation ?) progressive du système avec l'accord des agents, à travers des luttes internes pour la conquête d'un statut (celui des vacataires de service notamment, qui deviennent des mensuels) pour la stabilité de l'emploi, pour le paiement des heures d'enseignement (heures complémentaires). A ce niveau, la politique en tant qu'idéologie se modèle de plus en plus sur le champ organisationnel.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 09:46

Les débuts de Vincennes

 

 

Il faut revenir aux origines de l'établissement Paris VIII, au moment de sa création, après mai 1968.

 

 

A ce moment-là, il s'est produit dans le milieu universitaire de gauche - le seul qui nous concerne à Vincennes - une rupture dont les deux pôles extrêmes sont :

-   Les Maos de la GP qui préconisent la destruction active de l'université, appareil au service de l'Etat de classes.

-   Les Communistes, qui deviennent majoritaires au Snes-Sup au printemps 1969, et qui prônent au contraire la défense de l'institution universitaire. Ils décident de « participer » avec la formule de la «participation critique » dans les conseils de l'université et dans diverses autres instances : CNESER, etc.

 

 

Ce clivage se retrouve à Vincennes de manière particulièrement virulente. S'opposent alors :

- les « gauchistes » avec une forte influence « mao » (M.L., militants de la GP, particulièrement nombreux à Vincennes. C'est une tendance radicalement anti-participationniste, comme l'est également l'AJS ; P. Broué, au Snes-Sup représentait cette tendance là, qui n'est que peu représentée à Vincennes.)

- les militants du PCF. Mais ils ne sont pas les seuls à vouloir participer : des gens comme M. Beaud, qui a publié un livre sur Vincennes, ou M. Rebeyrioux (ex PC) sont au conseil et on parle un moment à Vincennes de «participation de charme ». Côté étudiants, il y a eu report massif à Vincennes des ex-militants gauchistes de Nanterre, et autres.

 

 

Le clivage devient spectaculaire avec les élections pour le premier conseil de gestion. On est au bord de l'affrontement physique. Il est évité. A partir de là, la violence politique à Vincennes sera une violence symbolique.

 

 

Le clivage restera une donnée permanente de Vincennes, mais au niveau de l'idéologie. Au plan organisationnel, de plus en plus le Conseil de l'Université sera accepté dans les faits dans la mesure où le gauchisme d'après mai se dissout (établissement en usine de la GP, etc.) ou bien vire au corporatisme (anciens militants centrés dans la petite bureaucratie de Vincennes).

 

 

Du point de vue institutionnaliste, il en reste pourtant une trace : l'oscillation entre une tendance à la normalisation de Vincennes (PC: défense des diplômes nationaux, normalisations relatives des contrôles en tenant compte des dérogations qui impliquent l'absence d'examens terminaux, les non-bacheliers, etc.) et une tendance, faible, à la marginalisation institutionnelle (comme en philosophie, où la perte du diplôme national est due à un accident de parcours, l'affaire J. Miller, plutôt qu'à un choix délibéré. C'est ensuite que la tendance marginale y prend consistance). Au milieu, une position de compromis comme au département de sociologie par exemple.

 

 

Dans la distribution des hégémonies politiques au niveau des départements, un autre clivage se dessine ou plus exactement se confirme :

- forte influence du PCF dans les langues, en psycho...

- mais influence quasi nulle du PCF dans les Sciences Sociales (une montée du PCF finit par être éliminée en Economie Politique en 1972).

 

 

Cela donne une carte politique de Vincennes et par conséquent syndicale, recouvrant la carte pédagogico-universitaire des unités d'enseignement (UER - départements).

 

 

Du point de vue syndical, au début, le Snes-Sup est largement dominant devant le SGEN. C'est un Snes-Sup unifié, organisé pour l'ensemble de l'université, avec une majorité opposée au bureau national en 1969 (quand se produit un renversement de tendances). Mais ensuite les minoritaires Snes-Sup de Vincennes, qui deviennent majoritaires sur le plan national, vont s'organiser sur la base des UER (Snes-Sup Langues) et laisser la formule centrale aux autres (Snes-Sup 1, qui finira par péricliter rapidement).

 

 

Voilà le contexte issu des débuts de Vincennes. Il va évoluer ensuite, ce contexte, pendant huit ans (1968-1976) qui seront caractérisés par le déclin des organisations gauchistes, la stabilisation du PCF, du Snes-Sup avec sa nouvelle majorité, la montée relative de l'UNEF-ex Renouveau du SGEN-CFDT.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 09:33

III La vie politique

 

 

On considère généralement Vincennes comme une université particulièrement « politisée ». C'est un point de vue discutable, dans la phase actuelle de son évolution. Mais on peut partir d'une observation préalable : c'est une université « de gauche ». Ceci délimite un champ d'analyse : ce qui va se passer à l'intérieur de la minorité qui exerce une action politique - et syndicale - sur Vincennes est circonscrit à l'intérieur de ce champ. Il n'y a pas de tendance ouvertement manifestée. De plus, il s'est établi dès l'origine, à Vincennes, une ligne de clivage qui sépare deux forces particulièrement en équilibre aujourd'hui : les forces liées au PCF et à moindre degré au P.S., d'une part, et elles s'exercent à l'intérieur du Conseil de l'Université et des forces extérieures, assez fortement influencées, dans les premières années, par le gauchisme.

 

 

Autre remarque préalable : ceux qui participent explicitement à la vie politique et syndicale de Vincennes, -disons : les « activistes » - sont une minorité, minorité qui est loin d'atteindre les dix pour cent de l'ensemble de la population. Cela n'est pas un fait nouveau : on sait qu'en mai 1968, la participation des étudiants aux grandes manifestations de rue ne dépassait pas les dix pour cent.

 

 

Quelques Indices de participation (et d'abstention) :

 

 

-  Le grand Amphi de Vincennes (l'amphi I) contient 500 places assises. Les plus grandes Assemblées Générales, à la rentrée surtout, et en phase de crise, ne dépassent pas beaucoup cette capacité d'accueil : entre 500 et 800 au maximum de militants et surtout de plus en plus de spectateurs.

-  L'une des manifestations les plus importantes de Vincennes a été celle qui a suivi la publication d'un arrêté mettant en danger le statut acquis des étudiants non-bacheliers. L'estimation optimum était de 5000 étudiants pour 20 000 inscrits.

-  La participation aux élections universitaires pour le renouvellement du Conseil d'université est toujours très faible chez les étudiants (1000 à 1500), un peu moins faible chez les enseignants, où plus de la moitié ne vote pas.

-  En 1976 (avril-mai), il y a environ 200 vincennois (sur 30000 à la manifestation de soutien aux travailleurs immigrés habitant les foyers de la Sonacotra...

 

 

La vie politique de Vincennes va donc se jouer à l'intérieur d'une minorité comprenant :

-  des étudiants militants d'organisations diverses,

-  une minorité d'enseignants, surtout des chargés de cours dont 30 à 40 (sur 200 chargés de cours) se mobilisent, et des enseignants titulaires beaucoup moins nombreux,

-  cependant, on peut considérer comme « politique » l'activisme de ceux qui à Vincennes, participent aux commissions et les animent : cela fait autour de cent personnes (il y a donc absentéisme politique aux AG, manifs, comme il y a absentéisme pédagogique aux cours).

 

 

Un autre indice à considérer : pendant la grève d'avril-mai, et en période de grève en général, il reste cent à deux cents personnes actives, au niveau central des activités sur le campus, (on ne prend pas en compte ici les étudiants qui viennent « aux nouvelles » dans les AG de leurs départements ou qui traversent le campus, viennent au restaurant, jettent un coup d'oeil aux AG centrales.)

 

 

Dans cette minorité active, les étrangers sont majoritaires, alors qu'ils représentent par ailleurs un tiers de la population de Vincennes.

 

 

Cela ne signifie pas qu'une minorité fait la loi. Au contraire, la grève de mai a bien montré que cette grève reposait sur un consentement tacite, un large consensus.

 

 

De plus, il existe, à Vincennes un accord assez général sur des systèmes de normes et de valeurs sociales (contre la répression, contre le racisme...) pratiquement partagé à l'unanimité et qui peut fonctionner à tout instant.

 

 

Cela dit en préalable, on s'occupera surtout de la politique instituée telle qu'elle existe à Vincennes dans les organisations politiques et les syndicats.

 

 

A Vincennes, comme ailleurs en effet, la loi d'orientation a introduit une politisation au moins relative dans les universités en y créant de nouveaux enjeux (élections aux conseils, majorités syndicales). Un récent « Appel aux Universitaires » déplore cette politisation plus nocive, pour les signataires de cet Appel que les «désordres épisodiques», c'est-à-dire les crises à chaud. Naturellement, cet appel même est très politique. Il traduit la nostalgie d'une université paisible parce que soumise au silence et au pouvoir politique des anciens mandarins.

 

 

Il y a donc « politisation » quasi-officielle de quasi toutes les universités et bien entendu de Vincennes. Et quand une minorité forte refuse la politisation majoritaire, on crée une autre université, comme à Clermont-Ferrand, de bord opposé.

 

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 10:46

La dégradation matérielle de la condition d'enseignant

 

En plus de tous ces malheurs, on peut voir dans le tableau précédent que le nombre d'enseignants en poste n'augmente plus guère depuis 5 ans, malgré le fait que les effectifs étudiants soient passés de 7 000 à 32000, en 1969 et 1976.

 

 

Cela veut dire que les responsabilités et les charges pédagogiques sont assumées par les chargés de cours. On constate donc à Vincennes, une très nette sur-qualification des enseignants par rapport aux postes occupés. Ainsi, est-il possible qu'un chargé de cours «état 2 » (un enseignant du secondaire par exemple) vienne faire 3 heures à Vincennes en plus de son service normal en lycée. Pour ce travail, il va être payé 75 heures sur l'année (c'est-à-dire environ 5 400 Francs). S'il vient de province, ses frais de déplacement ne sont évidemment pas remboursés...

 

 

Mais si sa sur-qualification le lui permet (il sera titulaire d'un doctorat, inscrit sur les listes d'aptitude...), il va se voir attribuer des responsabilités de maître de conférence (direction de mémoires de maîtrise, jury de thèse de 3e cycle..,). Inutile de dire que ce travail non rémunéré qui permet à Vincennes de continuer à fonctionner, sera très mal vu au niveau du lycée dans lequel enseignera un tel « état 2 » ! Son recteur ne lui fera aucun cadeau en ce qui concerne les demandes de congés... ce qui l’amènera, pour être jury de thèse, par exemple, à demander une autorisation d'absence comme s'il allait passer un examen...

 

 

Cette sur-qualification se trouve dans tous les départements. Pour donner deux exemples, on peut citer le département anglo-américain où il y a 5 postes de maîtres-assistants pour 15 enseignants inscrits sur la LAFMA.

 

 

Georges Lapassade

 

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 09:21

Des conflits désamorcés

 

 

Jusqu'à ce jour, pendant cinq ans, Claude Frioux a pratiquement réussi à régler ces conflits d'intendance. Il n'y a pas que l'affaire des chargés de cours et des heures complémentaires, avec des manifestations chaque année, pour obtenir une « rallonge ». Il a encore, par exemple, l'arriéré pour le paiement des fluides : eau, gaz, électricité, le retard pour le paiement des créances...

 

 

Mais grosso-modo, la machine continue de tourner dans sa base matérielle. On a l'impression que le Secrétariat d'Etat sans faire de cadeaux (on n'est plus aux temps de l'abondance), est toujours prêt à lâcher le minimum, juste le minimum, pour empêcher l'asphyxie et la fermeture... Ce jeu ne permet plus le développement et l'innovation ; il permet seulement de survivre.

 

 

Pour revenir aux enseignants, il peut être intéressant de dire qu'il n'y a plus que 168 chargés de cours « état H », aujourd'hui. Le nombre des chargés de cours « état 2 », ceux qui assurent une U.V., compte tenu des 47 533 heures qu'ils ont fait à Vincennes en 1975-76, doit tourner autour de 630.

 

On voit donc qu'à Vincennes : 


- les enseignants titulaires de rang A (obligation de service : 1 U.V.) assurent 126 U.V.

- les assistants et maîtres-assistants assurent 590 U.V.

- les chargés de cours « états 3 » assurent 340 U.V.

- les chargés de cours « états 2 » assurent 630 U.V.

 

 

Si l'on fait la somme, on obtient : 1686 U.V.

 

 

De ces chiffres, on peut tirer une moyenne de fréquentation des enseignements. Puisqu'en principe, chaque étudiant doit suivre 5 à 6 U.V. annuelles, on doit compter une moyenne de 100 étudiants par U.V. (on trouve ce nombre en multipliant par 5 la fraction 32000/1686).

 

 

Ce chiffre de 1976 est 4 fois supérieur à celui de 1969 qui était approximativement de 25 étudiants par U.V. Un tel chiffre qui doit « parler » aux enseignants du secondaire : comment faire cours à un groupe de plus de trente élèves ? semble être méconnu en « haut lieu ».

 

 

Ce nombre permet d'évaluer la dégradation des conditions actuelles du travail pédagogique à Vincennes... et explique, dans une certaine mesure, la désertion massive que l'on peut observer chez les étudiants, 2 ou 3 mois après la rentrée. Quand un groupe-U.V. atteint 100 à 150 étudiants dans une salle prévue pour 25 ou 30 personnes, cela est tout à fait ridicule et impossible à assumer ; d'où une sélection qui s'opère d'elle-même.

 

 

Georges Lapassade

 

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 10:37

Les chargés de cours

 

A Vincennes, on distingue trois catégories de chargés de cours.

 

1) Les « états 1 » sont les enseignants titulaires en poste à Vincennes et qui font par ailleurs, toujours à Vincennes, des heures en plus de leur service normal. Ces heures leur sont payées au tarif des heures complémentaires.

 

Les « états 1 » sont assez rares, semble-t-il, à Vincennes. Cette pratique a même été violemment critiquée dans certains départements d'avant-garde. On nous a cependant cité tel enseignant titulaire dans son département de Langues qui doublait ou même triplait, par ajout de ces heures complémentaires, son salaire de maître-assistant.

 

2) Les « états 2 » sont des chargés de cours, qui touchent un salaire à l'extérieur de Vincennes, soit cornme enseignants, soit dans une autre profession. Nous avons des médecins, des psychanalystes, des éducateurs, des architectes, des comédiens, des informaticiens...

 

Ils viennent compléter l'équipe enseignante en poste à Vincennes. Ils assurent en général 3 heures de cours hebdomadaires pendant toute l'année universitaire, c'est-à-dire pendant 25 semaines. Ils sont strictement payés pour les 75 heures annuelles d'enseignement effectuées au tarif de 80 Francs de l'heure environ.

 

3) Les « états 3 ». Les chargés de cours de l'état 3 devenus « état H » ont à Vincennes, un statut particulier qui leur est assuré au terme de 4 ou 5 années de luttes et de négociations. Ils assurent 6 heures hebdomadaires, soit 1 heures annuelles effectives. Us doivent être payés par décision du Conseil, au moins 330 heures pour l'année, ce qui correspond à un salaire de 2000 Francs mensuel.

 

 

Le conseil de l'université justifie cette décision de la manière suivante :

 

- Ces enseignants qui, en principe, n'ont pas d'autre rémunération que leur salaire de Vincennes, font un service équivalent, en temps d'enseignement, à celui des assistants Leur salaire n'atteindrait pas la moitié de celui des assistants s'ils étaient payés à l'heure effective d'enseignement.

 

- Pour rétablir une certaine égalité salariale entre assistants non agrégés, le plus bas degré de l'échelle des salaires à l'université, et chargés de cours état H, il faut payer ces derniers, non pas 150 heures, mais un minimum de 330 heures annuelles pour un service effectif de 150 heures d'enseignement.

 

- Les 180 heures de complément correspondent au temps passé par ces chargés de cours à recevoir les étudiants, à leur donner des conseils, à les orienter, à assister aux collectifs d'enseignants, à représenter les départements dans les commissions...

 

De fait, on compte traditionnellement dans les salaires des enseignants d'université non seulement les heures de cours, mais les heures de préparation, de direction de travaux (thèses, mémoires...), de réception des étudiants...

 

 

La « circulaire Salomon »

 

Cette décision du Conseil de Vincennes risque de provoquer des conflits avec le Secrétariat d'Etat aux universités, à la rentrée d'octobre 1976, et surtout en 1977.

 

En effet, une circulaire signée J.C. Salomon, stipule qu'à partir de la rentrée d'octobre, les chargés de cours devront être payés au tarif maximum de 200 heures annuelles. Ceci doit encore diminuer dans les années suivantes.

 

Le bureau du conseil a donc prévu une procédure qui rentre dans le cadre actuel des modalités de gestion :

 

 

1) Les états de paiement à 300 heures annuelles de ces états H seront adressés à l'agent comptable de Paris VIII.

2) L'agent comptable refusera, et cela est normal dans le système puisqu'il est personnellement responsable sur le plan financier,

3) Le président de l'université décide alors de réquisitionner l'agent comptable, et celui-ci transmet au rectorat, aux ministères intéressés (Finances, Education…)
l'annonce de cette réquisition.

4) On peut alors faire opposition « en haut lieu » à cette réquisition. Ceci ouvre une crise ; le président de Vincennes entre en conflit avec le Secrétariat d'Etat aux Universités : manifestations, délégations, pressions... Mais on ne peut faire ici que des suppositions sur l'avenir.

 

Georges Lapassade

 

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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 14:15

II Les enseignants

 

 

Pour la plupart des étudiants, l'enseignant est quelqu'un d'autre, qui appartient à une autre catégorie, à la limite à un autre milieu social. L'étudiant moyen voit dans le prof, à Vincennes et ailleurs, un être appartenant à un corps social cohérent. En fait, c'est loin d'être le cas.

 

 

En effet, les enseignants de l'université, (encore plus que dans le secondaire), ont des différences de statut impressionnantes. Pour un même travail, pour ne prendre que la dimension du salaire, entre un professeur en fin de carrière et un chargé de cours, il peut y avoir un écart dans le traitement annuel qui varie de 1 à 20.

 

 

C'est pourquoi il nous semble intéressant de présenter le « corps enseignant » vincennois et à travers lui les problèmes institutionnels qui se posent plus généralement à l'heure actuelle chez ceux que l'on regroupe sous le brillant label d'« universitaires ».

 

 

Alors que dans le secondaire, les enseignants se recrutent sur concours (CAPES, Agrégation), au niveau de la licence ou de la maîtrise, dans l'enseignement supérieur, les profs se recrutent en fonction des besoins (postes créés). Pour avoir un poste de titulaire, il faut être inscrit sur une liste d'aptitude. Cette inscription s'obtient auprès du C.C.U. (comité consultatif des universités) qui est formé de professeurs élus. L'inscription s'obtient, ou ne s'obtient pas (1), en fonction des travaux des candidats. A l'heure actuelle, on peut dire que la LAFMA (liste d'aptitude aux fonctions de maître-assistant) peut être obtenue lorsque l'on est agrégé du secondaire ou docteur de 3e cycle et que l'on a enseigné 2 ou 3 ans comme enseignant non-titulaire dans une université. La plupart du temps, le C.C.U. demande d'ailleurs d'avoir publié quelques travaux dont la valeur scientifique soit reconnue (!). Cette inscription permet d'être candidat à un poste de maître-assistant (premier niveau de titularisation de l'enseignement supérieur).

 

 

Ensuite, la LAES (liste d'aptitude à l'enseignement supérieur appelée « liste large »), permet d'être candidat au poste de chargé d'enseignement ; cela permet de diriger des thèses par dérogation.

 

 

Il faut être docteur d'état pour pouvoir être inscrit sur la liste d'aptitude aux fonctions de maître de conférence. L'ancienneté permet de devenir Professeur d'université. Les maîtres de conférence et les professeurs (titulaires de rang A) sont ceux que l'on a coutume d'appeler les mandarins. C'est eux qui détiennent le « pouvoir » universitaire.

 

 

Il nous a semblé intéressant de présenter les effectifs des enseignants titulaires à Vincennes (voir tableau, annexe 3). Nous avons ajouté à la liste précédente les assistants. Ceux-ci ne sont pas titulaires. Pourtant, contrairement aux autres non-titulaires, ils ont certains avantages appréciables. Ils sont mensualisés, et sont assurés d'une nomination pour plusieurs années (6, voir même 8 ans), surtout s'ils obtiennent pendant leur assistanat leur thèse de 3 cycle et leur LAFMA.

 

 

A Vincennes, les obligations de service des différentes catégories d'enseignement varient, en fonction des départements. Sans augmentation de salaire, certains « mandarins » sont amenés à faire 2 U.V. au lieu d'une prévue dans les textes. Cette initiative de certains départements « gauchistes » voulait rétablir (en fait fictivement) une certaine égalité entre les différentes catégories d'enseignement. Les assistants et les maîtres-assistants font en effet 6 heures.

 

 

(1) Daniel Prieto, assistant depuis sept ans à l'université de Lyon II nous a montré à travers l'analyse de ses échecs pour obtenir son inscription sur la LAFMA de sociologie certaines dimensions de cette super-Institution de sélection (voir Daniel Prieto « Le meurtrier universitaire »)…

Althusser n'a pas eu besoin de faire cette analyse. Le Monde l'a faite pour lui ! (juin 1976).

 

 

Tableau

Les enseignants en poste à Vincennes Entre 1968 et 1975

 

Octobre  

 1968

1969

1970

1971

1972

1973

1974

1975

Professeurs

 30

35

35

35

35

30

35

35

Maître de conférences

 60

70

83

83

83

90

89

91

Maître assistant

 71

86

106*

108

109

116

124

130

Assistant

 113

134

152

170

170

168

164

160

Total

 274

 325**

376

396

397

404

412

416

 

*Ce chiffre s'explique par le rattachement en 1970 de 14 postes de maîtres auxiliaires transformés en postes d'assistants.

 

**Ce total ne prend pas en compte les « lecteurs ». 9 en 1969, 13 en 1970 et 71, 16 en 1972. Depuis 1973, Vincennes compte 17 lecteurs

 

Georges Lapassade

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

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