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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 15:48

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (3)

 

 

Y aurait-il des motifs de regrets ? (2)

 

 

 

Pendant leur XXIlème Congrès (1976), les communistes français décident d'abandonner la dictature du prolétariat. Le philosophe Althusser abomine la langue de bois des camarades et réagit avec une formule digne des temps glorieux : « On n'abandonne pas un concept comme un chien » (apud Le Débat, 1988 : 105).

 

 

Néanmoins, pour les dirigeants du PCF, il ne reste plus beaucoup de concepts à respecter pendant ces années de l’Union de la Gauche,seule issue trouvée pour éviter la défection des partisans repentis. Lerapprochement entre les communistes et leurs anciens adversaires socialistes ne dure pas longtemps : en 1977, à la veille des élections législatives, l'alliance se brise. Les conséquences n'étaient pas encourageantes : toute la gauche était battue, gardant 201 sièges contre 290 à la majorité.

 

 

Mais les revirements du PCF ne sont en rien comparés à ceux des gauchistes. Premier à ouvrir le feu dans La cuisinière et le mangeur d'hommes(1975), Glucksmann met en scène les relations entre le marxisme et l'univers concentrationnaire. Cependant son essai s'insère dans un phénomène plus général. Quand commence la diaspora de l'organisation maoïste Gauche prolétarienne,Jambet est prêt à déclarer : « Je ne suis plus marxiste ». Et d'autres le suivront bientôt, ancrés dans la collection Figuresque B.H. Levy dirige aux éditions Grasset. Apostrophes,une nouvelle émission de télévision fait circuler ses idées avec une vitesse plus grande que celle employée à sa production : ceux qui font leur apparition sur le petit écran deviennent très vite connus, puisque le totalitarisme, le libéralisme et l'individualismesont les thèmes du moment. Le baptême officiel de ces « nouveaux philosophes » se déroule en juin 1976 quand Les Nouvelles Littérairesdonne la parole à B.H.Lévy :


« Nouveaux philosophes qui ont sans doute moins de points de rencontre que de terrains de mésentente. Nouveau courant, si l'on y tient, mais proprement décapité, sans tête, sans chef et sans principe. Pour faire image, « une nouvelle vague » mais qui a ceci de particulier qu'elle balaie sur toutes leurs surfaces les plages désertées de la tradition » (apudLe Débat, 1988 : 106).

 

 

Les nouveaux philosophes renient spécialement la tradition marxistebien qu'ils soient pour la plupart des ex-maoïstes. Peu ou prou, ils s'appuient sur d'autres traditions qui peuvent inclure le judaïsme, le christianisme et/ou les idées des droits de l'homme.

 

 

Cependant, B.H.Lévy est précis en parlant de divergences : exception faite de l'anti-marxisme et de la rapide médiatisation des idées, les différences entre les nouveaux philosophes sont aussi abondantes que leurs ressemblances. Dans L'Ange(1976), Jambet et Lardreau échangent Mao et Marx contre Lacan et Jésus. B.H.Lévy décrète la lin du socialisme dans La barbarie à visage humain(1977) : [« Socialisme : n.m., genre culturel né à Paris en 1848, mort à Paris en l968 ». Glucksmann investit contre Les Maîtres Penseurs(1978) - Fichte, Hegel, Marx, Nietzche - les traitant de matrices du totalitarisme. Dans L'idéologie française(1981), B.H. Lévy accuse la France d'être le laboratoire du fascisme européen.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 16:21

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (2)

 

 

Y aurait-il des motifs de regrets ?

 

 

Le temps que nous dévoilons est celui des lamentations déçues de ceux qui avaient essayé auparavant de faire de mai 68 une sorte de commencement de la Longue marche. La déception de ces prophètes est entretenue par la progression de la crise économique annoncée par le premier choc pétrolier. Contrairement aux crises capitalistes antérieures, celle-ci n'annonce pas de révolution : pratiquement plus personne ne s'attend à des lendemains qui chantent...

 

 

On aurait pu penser à l'époque qu'« un goulag ne vient jamais seul... », En 1975, les vietcongs prennent Saïgon et au Cambodge, presque simultanément, les Khmers Rouges renversent le régime de Lon Nol. A partir de la première négociation sino-américaine, les Vietnamiens prennent leurs distances avec Pékin ; par contre le Cambodge retombe dans la zone d'influence chinoise qui appuyait Pol Pot et Khieu Sanfan dans leur marche vers le contrôle absolu du pouvoir. En 1977, grâce au Cambodge, année zéro, de F. Ponchaud, les Français apprennent qu'un massacre de deux millions de personnes (sur une population de 9 millions) a été perpétré par les révolutionnaires. La consternation est immense dans les milieux de gauche : de nombreux leaders cambodgiens avaient reçu un enseignement marxiste du temps de leurs études.... à Paris !

 

 

Avant-même la mort de Mao, en 1976, peu de doutes subsistaient quant à l'intérêt du Grand Timonier pour les bagnes : édité en 1975, Prisonnier de Mao, de J. Pasqualini, s'est vendu à soixante-dix mille exemplaires. Il a rendu ainsi public « les habits neufs du président Mao », déjà connus grâce au livre du sinologue S. Leys (1972) dont la divulgation avait été entravée, à l'époque, par les maoïstes français, défenseurs inconditionnels de la Révolution Culturelle.

 

 

« La Révolution culturelle qui n'eut de révolutionnaire que le nom et de culturelle que le prétexte tactique initial, fut une lutte pour le pouvoir menée au sommet entre une poignée d'individus, derrière le rideau de fumée d'un fictif mouvement de masses (dans la suite de l'événement (...) un courant de masse authentiquement révolutionnaire se développa spontanément à la base, se traduisant par des mutineries militaires et par de vastes grèves ouvrières ; celles-ci, qui n'avaient pas été prévues au programme, furent impitoyablement écrasées) » (Leys, apud Hamon et Rotman, 1988 ; 364).

 

 

La saga, cependant, n'est pas seulement cambodgienne ou chinoise. En URSS, la dissidence devient visible comme les tournesols, à tel point que, sur une proposition du Général Pinochet, Brejnev accepte un échange de prisonniers politiques : l'écrivain soviétique W. Bukovski contre le secrétaire général du PC chilien L. Corvalan. En 1971, Bukovski avait écrit Une nouvelle maladie mentale en URSS : l'opposition, livre publié en plusieurs langues, suivi d'une lettre ouverte aux psychiatres occidentaux leur demandant de donner leur avis sur les expériences en cours dans les pays de l'Est. La même année, réunie au Mexique, la Worl Psychiatrie Association évite de discuter le thème de ce que l'on appelle les « abus » : parce que, bien sûr, comme en psychiatrie, tout est abus, il aurait fallu attendre que la « science » occidentale présente d'abord ses lettres de noblesse. C'est seulement en 1977, au Congrès d'Honolulu que tombera une condamnation en bonne et due forme, séparant cyniquement la « bonne psychiatrie occidentale » des « déviations cruelles » de l'Orient.

 

 

Quand Bukovski est libéré après dix ans de camps de travail, il connaît bien le monde qu'il habite. Pendant que Corvalan est accueilli avec tous les honneurs au Kremlin, lui, se garde soigneusement de poser le pied en territoire chilien. Il en profite en passant pour faire une synthèse ironique du principe d'équivalence en vigueur : « On devrait échanger Brejnev contre Pinochet » (apud Roudinesco, 1988 : 545).

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 19:26

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme

 

 

 

Cet article fait partie d'un petit ensemble d'études à partir desquelles j'ai essayé de reconstruire les liens entre la genèse théorique et la genèse sociale des concepts de l'Analyse Institutionnelle. Dans des travaux antérieurs, nous avons abordé l'Analyse Institutionnelle jusqu'en mai 68 (Rodrigues, 2000), ainsi que la période surnommée mai rampant (Rodrigues, 2003). Ici, nous parlerons surtout de la deuxième moitié des années 1970, où commence (ou du moins quand devient plus évident) ce que l'on a coutume de désigner comme « fin du Welfare State », « économie post-fordienne », «globalisation neo-libérale » et autres expressions analogues. Nous donnerons la priorité à des processus et des événements en France, ce qui ne signifie pas que la dispersion dont nous parlerons s'interrompra aux frontières de ce pays : la genèse sociale abordée implique un kaléidoscope mondialisé (Cf. Veyne, 1982) et c'est seulement notre éventuelle insuffisance socio-historiographique qui nous oblige à faire un arrêt sur les forces et les formes détaillées plus loin.

 

 

Cette période a une importance spéciale pour notre présent : l'intellectualité d'alors entreprend une sorte de bilan dont nous sommes encore tributaires, aussi bien en raison de ses échecs et abandons que de son éventuelle puissance.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 11:20

Merci à Ruben Bag de nous avoir fait parvenir ces photos de Georges Lapassade, Michel Lobrot, Ruben Bag, Salvatore Panu et J. Elmare.


R Bag G. Lapassade 17.12.98 U.Paris 8

R.Bag G.Lapassade S.Panu G.Lumare

Lapassade-Bag-Lobrot-78-Paris-copie-1.jpg

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30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 17:18

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (8)

 

 

Expériences dans des internats-prisons (6)

 

 

 

La PI est directement liée aux défis du traitement de la psychose et, en général, s'installe comme manière de fonctionnement quand l'institution est fondée. Faire une proposition de PI dans un établissement déjà existant est toujours plus difficile, car on tombe sur la résistance au changement de la part des fonctionnaires - eux-mêmes subissant l'effet de l’institutionnalisation subi pendant des années de travail dont la dynamique institutionnelle ressemble à celle d'une institution totale, qui engendre de forts stéréotypes de comportement et des conceptions stigmatisantes par rapport au client. De même que l'on dit que le patient devient institutionnalisé, en fonction de longues périodes passées dans ce contexte institutionnel, on peut dire que cela se passe aussi avec les fonctionnaires. « Changer cette mentalité » n'est pas du tout facile (et voire impossible) quand on ne peut pas changer le fonctionnement comme un tout, mieux profiter de quelques personnes et se débarrasser d'autres, injecter du « sang nouveau » - de nouveaux éléments avec une formation théorique adéquate au projet que l'on veut mettre en place. Lorsqu'il n'y a pas de clarté de proposition institutionnelle pour un changement, l’instrument théorique de l'Ai, par ses dispositifs d'analyse, peut être très utile, comme je l'ai démontré dans les exemples décrits ci-dessus, dont l'expression la plus riche se trouve dans le livre Infâncias perdidas (Altoé, 1990). L'AI permet de l'innovation technique, à condition qu'on n'oublie pas que l'analyse que l'on cherche est celle de l'institution, car ceci permet de garder une certaine «inquiétude d'investigation »,  comme le disait Lapassade (1977).

 

 

Lorsqu'on    vit    une   expérience   en psychothérapie institutionnelle,  on n'a pas l'intention de faire une analyse institutionnelle, au sens strict de ce courant théorique. En réalité, l'analyse institutionnelle, dans un autre sens, est déjà faite tout le temps. Autrement, comment pourrait-on travailler avec le concept d'institutionnalisation,   selon la formulation de G. Michaud, « comment expliquer la constante réinvention, l'évolution permanente en fonction des changements, des demandes et une telle opposition à l'«institution » entendue comme la cristallisation des réponses et des fonctionnements, n'assurant pas la possibilité d'échanges» (Vertzman et al., 1992) ? Pour confirmer cette hypothèse que j'ai soulevée, je cite la fin d'un entretien de J. Oury, invité à parler des concepts fondamentaux de la PI : « Ceci n'est réalisable que par une analyse permanente, diacritique, qu'on peut regrouper sous le terme d'analyse institutionnelle, laquelle n'est qu'une forme concrète d'analyse de l'aliénation sociale ». (Oury, 1995, p. 69).

 

 

Bien que, dans de rares occasions, on ait cité des publications rapportées à l'Ai (Michaud, 2000), ou qu'on ait déclaré explicitement « ne pas faire de l'analyse institutionnelle » (Polo, 1993, p. 388), je dirais, avec Lapassade (1977, p. 204), que l'important dans ces différents courants, c'est que, soit la PI, soit l'Ai, révèlent de la précarité institutionnelle quand on montre que l'institution n'est pas nature, et qu'elle porte en elle sa décadence.

 

 

 

Bibliographie

 

ALTOÉ, S. Infâncias perdidas - O cotidiano nos internatos-prisão. 2a éd. Rio de Janeiro : Xénon, 1990.

 

ALTOÉ, S. Analyse institutionnelle d'une institution d'enfants handicapés. Dissertação de D. E. A. - Mimeo. Université Paris VIII. Paris, 1980.

 

ALTOÉ, S. (org.). René Lourau - analista institucional em tempo intégral. São Paulo : Hucitec, 2003.

 

DONZELOT, J. A policia das familias. Rio de Janeiro : Graal, 1980.

 

FEEM - Uma proposta de mudança. Rio de Janeiro, setembro de 1985.

 

GOFFMAN, E. Manicômios, prisões e conventos. São Paulo : Perspective, 1961.

 

HESS, R. Le Temps des médiateurs - Le Socianalyste dans le travail social. Paris : Anthropos, 1981.

 

LAPASSADE, G. Groupes, organisations, institutions. Paris : Gauthier- Villars/3ème Edition, 1974.

 

LAPASSADE, G. «El encuentro institucional». In : Análisis Institucional y socioanálisis. Mexico : Nuevalmagem, 1977.

 

MICHAUD, G. « Inventivité institutionnelle et institutionalisation ». Journal Français de Psychiatrie. 2° trimestre de 2000, n° 10. Paris.

 

OURY, J., « Les Concepts fondamentaux », In : MARIN, P. (org.). Pratiques institutionnelles et théorie des psychoses - Actualité de la psychothérapie institutionnelle. Paris : L'Harmattan, 1995.

 

POLO, M. « Bonneuil : un cadre pour le traitement des psychoses » In : L'enfant et la psychanalyse. Paris : Editions Esquisses Psychanalytiques - C.F.R.P., 1993.

 

VERTZMAN, J. et al. « Psicoterapia institucional : uma revisão ». In : BEZERRA Jr., Benilton e AMARANTE, Paulo (orgs). Psiquiatria sem hospicio - Contribuiçães ao estudo da reforma psiquiátrica. Rio de Janeiro : Relumé-Dumará, 1992.

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 14:21

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (7)

 

 

Expériences dans des internats-prisons (5)

 

 

 

Après une longue période de découragement et de fatigue, j'ai repris la rédaction de ma thèse de doctorat (dont la recherche à la Fondation philanthropique avait été réalisée avant le travail à la FEEM), En fait, je n'ai jamais laissé tomber mes cours à l'université, même en n'étant responsable que d'une seule discipline, toujours de l'analyse institutionnelle, ce qui favorisait une réflexion constante, de l'étude et de la recherche. Après l'UFF (Université Fédérale Fluminense), j'ai travaillé à l'USU (Université Santa Ursula), à l'UFRJ (Université Fédérale de Rio de Janeiro (travaillant dans le cours de Maîtrise en Théorie et Pratique en Communauté) et, après avoir passé un concours, j'ai été admise à l'UERJ (Université de l'Etat de Rio de Janeiro), en 1992. En commun avec les analystes Institutionnels de Paris VIII, je peux dire que j'ai toujours été attachée au travail universitaire.

 

 

Mon  travail  d'analyse  institutionnelle  s'est toutefois distingué, vu que j'avais toujours agi en régime de contrat de travail. Dans ce sens, j'estime que je n'ai pas fait d'analyse institutionnelle au sens strict du terme, quoique les concepts de l'Ai aient été le support théorique le plus important dans ma pratique. Dans les travaux que j'ai réalisés et qui avaient comme problématique la ségrégation et l'exclusion sociale, l'éducation, la délinquance, le handicap mental et la psychose, en plus de provoquer l'analyse de l'institution, j'avais aussi une autre demande : celle d'être psychologue, d'être attentive aux problèmes émotionnels des enfants et des adolescents. C'est ainsi que ma formation psychanalytique a favorisé une réflexion attachée au mouvement de psychothérapie institutionnelle qui tient compte de la théorie psychanalytique, en particulier de la théorie lacanienne.

 

 

Si dans les situations décrites ici, il n'y a pas eu de demande explicite d'AI on a tout de même accepté - dans les négociations avec les autorités - le fait qu'il serait important de développer une réflexion auprès des personnes qui font le travail, à travers les dispositif des groupes institutionnels et des AG. En général, ces personnes ne réalisaient certainement pas ce que ce moyen d'agir pourrait produire comme « perturbation ». Ayant une vision institutionnaliste, il me serait impossible de proposer un travail éminemment « technique », comme on a l'habitude d'appeler le travail du psychologue faisant de l'assistance, aux groupes de parents ou aux professeurs, émettant des avis psychologiques, etc. Si l'on considère l'interne comme un sujet, comment faire le travail sans prendre en compte l'institution et la façon dont celle-ci touche les personnes auxquelles elle offre de l'assistance, de l'éducation, de la santé dans les cas cités ou similaires? Parler de mes implications avec l'Ai et la PI signifie montrer l'effort fait dans le but d'éviter de devenir une «technicienne en police de famille », possibilité qui m'a beaucoup frappée et inquiétée quand j'ai lu le fameux livre de Donzelot (1980).

 

 

Dans un travail fondé sur l'Ai, j'ai cherché à mobiliser les forces instituantes, en provoquant une analyse de l'institution par des dispositifs créés et des analyseurs qui surgissaient. J'ai considéré qu'en ayant pour base l'autogestion, les personnes qui vivent le quotidien institutionnel pouvaient offrir les éléments pour l'analyse et l'élucidation des structures de son fonctionnement interne, et aussi proposer des solutions aux impasses qui se présenteraient. En tant qu'analyste institutionnelle, j'ai cherché à jouer le rôle d'un tiers, de quelqu'un d'extérieur qui favorise le débat, la révélation du non-dit institutionnel à la recherche d'une nouvelle institutionnalisation. Comme l'écrit Lapassade, j'entendais que l'objectif de l'Ai n'était pas une thérapie sociale, mais la subversion de l'institué et que « (...) le projet fondamental de l'Ai est plutôt du côté de la vérité que de celui de l'efficacité » (Lapassade, 1977, p. 206).

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 19:18

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (6)

 

 

Expériences dans des internats-prisons (4)

 

 

 

Mangabeira Unger, très conscient de l'importance des médias - qu'il considérait comme un instrument important permettant d'atteindre les objectifs du projet -, a répondu lorsqu'on lui a demandé pourquoi les jeunes filles s'étaient enfuies, qu'elles ne s'étaient pas enfuies, car il ne s'agissait pas d'une prison, mais d'une école, et que comme on était en train de tout changer, il y avait des conflits inhérents à ce changement. Sa réponse a donné une autre orientation à l'intervention des médias, qui, dans ces occasions-là, tendaient à renforcer la stigmatisation sociale des internes.

 

 

Après avoir évalué la situation existante, on a fait un projet de changement important dans les services d'appui (FEEM, 1985), mais malheureusement l'appui du gouvernement Brizola nous a fait défaut, ce qui a fini par rendre inutiles les efforts de l'équipe et la présence de Roberto Mangabeira Unger au poste de président. Celui-ci avait d'ailleurs prévenu l'équipe dès le départ, déclarant que si l'on ne lui donnait pas de bonnes conditions de travail, il ne garderait pas le poste juste pour « chauffer le siège » jusqu'à la fin du mandat. C'est exactement ce qui est arrivé. Pendant ce travail qui n'a duré qu'un peu plus d'un an, j'ai beaucoup appris sur le fonctionnement de l'Etat, sur les luttes de pouvoir, y compris partisanes, et en particulier sur les contradictions internes, associées au manque de mobilité et de souplesse pour licencier et embaucher du personnel, ce qui rendait en général le travail inadéquat et nuisible à l'enfant. En quelque sorte, l'assistance offerte niait ses propres principes et objectifs institutionnels, ce que René Lourau a nommé effet Muhlmann.

 

 

Il  s'agissait  en fait d'un ensemble d'établissements éparpillés dans la ville de Rio de Janeiro, à l'intérieur de l'Etat, ayant un fonctionnement semblable à celui d'une institution totale, ségréguant des enfants et adolescents, les séparant de leurs familles, leur offrant un logement, de la nourriture et une école formelle de mauvaise   qualité, créant d'innombrables problèmes d'ordre émotionnel, social et éducationnel. Le centre de sélection appelé « Edson Arantes do Nascimento », à Niterói, mélangeait toutes sortes d'enfants. Le temps de présence qui devait être en principe court, suffisant pour orienter l'interne vers un établissement qui l'accueillerait, se prolongeait sur une période de plus d'un an. L'inefficacité régnait partout. Tout le système marchait mal et demandait un grand travail d'aménagement. Malgré les difficultés, on avait réalisé un travail de grande portée en peu de temps ; et pourtant nous avons été battus par une difficulté extérieure à la FEEM, mais directement attachée à l'Etat - le manque d'appui du gouverneur. Et le motif, bien qu'il ne soit pas déclaré, je l'ai compris, provenait des conflits politiques et partisans.

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 10:56

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (5)

 

 

Expériences dans des internats-prisons (3)

 

 

 

Alors que j'étais en train de terminer la transcription des cassettes de ma recherche de doctorat, j'ai été invitée par le scientifique politique Roberto Mangabeira Unger, à participer à la nouvelle équipe qu'il montait à Rio à la FEEM (Fondation de l'Etat à l'Education du Mineur). C'était pendant le deuxième mandat du gouvernement Leonel Brizola (Parti Démocratique Travailliste). Le projet de travail devait comporter une question de grande importance pour l'Etat, associant trois dimensions : institutionnelle (FEEM -assistance aux enfants et aux jeunes provenant des couches plus pauvres de la population), politique et communautaire. Cette invitation à un travail de transformation de la FEEM me mettait face à un grand défi : c'était l'occasion de travailler auprès des établissements de l'Etat et dans la machine de l'Etat. J'ai trouvé que cela valait la peine d'ajourner mon projet personnel -je ne l'ai repris qu'à la fin de l'année 1986, réussissant à le conclure au début de l'année 1988 - et j'ai accepté l'enjeu, étant donné que cette proposition venait à un moment d'ouverture politique important pour le pays, de retour à un régime démocratique.

 

 

Le travail à la FEEM a été très intéressant. Roberto Mangabeira était d'une grande sensibilité pour traiter aussi bien des questions macro et micro-sociales que les questions institutionnelles. Outre sa bonne coordination générale, il faisait les AG avec nous dans l'établissement, laissant à l'équipe d'assistants la suite du travail auprès des équipes locales. L'intervention la plus difficile a eu lieu dans l'école Santos Dumont, à Ilha do Governador, qui abritait des jeunes filles considérées comme « délinquantes ». J'ai été chargée de cette tâche : je discutais mes décisions avec l'équipe d'adjoints, mais l'intervention locale m'était surtout réservée. On a procédé à un changement de directrice, car l'expérience précédente de cette dernière avait été celle d'une directrice d'une prison et qu'elle dirigeait l'école de la même manière. On a fait un travail auprès des groupes institutionnels ; on a cherché l'appui des spécialistes en éducation.

 

 

Je conduisais les assemblées, avec les internes, les fonctionnaires, avec la nouvelle directrice, mais notre tentative de rendre l'ambiance institutionnelle plus humaine, et de traiter les internes comme des sujets, n'a pas du tout été facile. En arrivant, nous avons été frappées par la condition apathique des jeunes. C'est pourquoi, outre les dispositifs d'analyse, on a cherché à multiplier les activités offertes aux internes, afin de recréer une ambiance de vie. Par exemple : on a invité la célèbre joueuse de volley-ball Isabel qui, malgré sa grossesse, a donné des cours - ce qui a déclenché une série de discussions enrichissantes ; on a embauché un professeur de natation (du club Botafogo, étant donné que ces professeurs étaient très motivés ) pour que les internes profitent de la piscine, hors d'usage à cette époque-là ; on a organisé des bals - pas avec les garçons de l'école d'à côté, qui se trouvaient dans la même situation de ségrégation et d'exclusion, comme c'était l'habitude, mais en invitant des garçons des communautés.

 

 

En faisant ce travail de rendre la parole aux internes, les filles sont devenues actives, questionneuses et, souvent, avec la complicité des fonctionnaires, nous affrontaient beaucoup. Nous avons rencontré des situations très difficiles : bagarres avec tentatives d'effraction et destruction de matériel, incendie ou tentative d'incendie de l'établissement, fugues des jeunes filles... Les médias nous tombaient dessus sans relâche. Une fois, je me suis trouvée dans une situation curieuse : je ramenais tendrement à l'intérieur de l'immeuble quelques filles, quand les reporters leur ont demandé pourquoi une telle rébellion si elles acceptaient si gentiment de rentrer avec moi dans la cour ; elles ont répondu qu'elles voulaient tout simplement aller à la plage, comme il en avait été question dans une réunion, mais comme elles n'en avaient pas obtenu la permission, elles avaient fait le mur. Comme le changement institutionnel ne se passait pas au rythme qu'elles souhaitaient, elles se sont mises à revendiquer.

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 13:34

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (4)

 

 

Expériences dans des internats-prisons (2)

 

 

 

En 1981, je me suis inscrite en Doctorat (à l'Université de Paris VIII, sous la direction de René Lourau, bien que je sois restée presque pendant tout ce temps-là à Rio), ayant pour objet de recherche la Fondation philanthropique. Pour les raisons implicites qui avaient entraîné mon licenciement, j'avais des doutes quant à une éventuelle permission d'effectuer la recherche. Je me suis adressée au père de la collègue qui m'avait suggéré d'accepter le poste et celui-ci a trouvé très intéressant que l'Association soit objet d'une thèse de doctorat à Paris (3) ; et, à ma grande surprise, les portes m'ont été ouvertes pour que la recherche soit faite. J'y suis donc revenue, six mois après être renvoyée, et j'y suis restée pendant plus de 14 mois, comptant sur la collaboration des internes, qui étaient contents de mon retour. J'ai compté aussi sur quelques fonctionnaires qui se sentaient plus à l'aise pour me parler maintenant que je n'avais plus aucun lien d'emploi (peut-être se sentaient-ils moins menacés, ce qui n'a pas empêché certains de me demander si je travaillais pour la CIA).

 

 

La recherche a été extrêmement révélatrice : non seulement elle m'a permis de mieux comprendre le quotidien et la dynamique institutionnelle avec ses micro-pouvoirs, mais elle m'a aussi permis de saisir la difficulté qui se pose quand on fait une analyse institutionnelle sous forme d'intervention interne, c'est à dire la difficulté d'effectuer un travail d'analyse institutionnelle à long terme, tout en étant un fonctionnaire régulier... Utiliser le dispositif des groupes institutionnels et celui de l'assemblée générale (AG), en ce qui concerne les difficultés créées au travail qu'on envisage de concrétiser, c'est un être « dedans » et «dehors » constant, mais en même temps, la relation d'emploi engendre de la résistance ; dans ce cas, l'analyse institutionnelle est un « plus » de travail, comme l'a écrit G. Lapassade.

 

 

A l'époque où j'exerçais la fonction de psychologue sous contrat de travail, je répondais à la demande d'assistance psychologique aux internes, faite par les autorités de chaque établissement, aussi bien qu'à la demande des internes eux-mêmes. Etant donné le contexte et mes premières consultations, j'avais estimé que je devais limiter le nombre de séances à dix, pour que cela ne devienne pas un traitement trop long, vu qu'il arrivait que les internes soient mutés et aussi parce que le travail devait être prioritairement institutionnel. Je travaillais de manière individuelle ou en groupe, si cela me semblait le plus adéquat (plus difficile pour moi, mais moins harcelant pour eux). Ce fut le cas, par exemple, pour 10 jeunes considérés comme «les pires», que j'avais reçus à la demande du directeur. Cependant, dans ce cas, je me suis dérobée à mes obligations de faire des diagnostics psychologiques, en suggérant que les internes soient envoyés au service de psychologie de FUNABEM : accepter une telle demande de la part des autorités locales ou extérieures (un juge, par exemple) me semblait compromettre un peu trop le travail que je faisais, non seulement quant au temps nécessaire pour sa réalisation, mais surtout quant au diagnostic psychologique lui-même - l'interne sait qu'il est en train d'être évalué et cela aura forcément des effets sur lui, car l'enfant supposera, en général, qu'ils seront négatifs. Dans ce sens, il se peut qu'il y ait des conséquences désastreuses sur le reste du travail dans ma relation avec les internes, et aussi sur l'expectative engendrée chez les fonctionnaires - de solution magique et de culpabilisation de l'interne par les difficultés. Les occasions où il m'a été impossible d'éviter d'émettre un avis psychologique - avis qu'on m'avait  demandé -, je l'ai fait sans perdre de vue l'ensemble du parcours Institutionnel de l'interne : je ne me suis jamais limitée aux entretiens que nous avions eu ; je recherchais son histoire personnelle et institutionnelle dans son dossier et j'en parlais aux adultes avec lesquels il développait une activité quelconque. - avec un style très différent de tous ces avis que j'avais déjà lus sur les élèves. J'attirais l'attention sur les défaillances institutionnelles, en ne laissant pas d'espace pour qu'on se serve de mon « avis » pour culpabiliser l'interne, c'est-à-dire, pour qu'on l'envoie dans un établissement à régime fermé, semblable à une prison.

 

 

Quelque temps plus tard, alors que j'étais en visite pour deux jours dans une école à l'intérieur de l'Etat, j'ai appris que j'avais été renvoyée par une lettre qui est arrivée chez moi. Je peux supposer que mon comportement professionnel, cité ci-dessus, ait déplu aux autorités. A l'époque, la Fondation était sous l'orientation de l'institution extérieure, la FUNABEM, par rapport à laquelle elle avait peu d'autonomie, car la FUNABEM, en plus de l'aide financière, dictait les règles concernant la prestation de services qui devrait être offerte à l'interne, y compris l'assistance psychologique !

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

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25 juillet 2013 4 25 /07 /juillet /2013 10:02

 

Une psychologue et ses pratiques institutionnalistes à Rio de Janeiro (3)

 

 

Expériences dans des internats-prisons

 

 

Le Brésil s'engageait dans l'ouverture politique et les manifestations en faveur de l'amnistie animaient le débat, tout en apportant de l'énergie nouvelle. Je n'ai pas milité politiquement quand j'étais étudiante. Je trouvais que mon champ de lutte politique était dans les institutions.

 

 

De plus, l'année 1979 a été considérée par l'ONU comme l'Année internationale des Droits de l'Enfant, ce qui a facilité l'apparition de nombreux questionnements concernant les enfants brésiliens. Le journal Folha de São Paulo a joué un rôle très important à ce moment-là, notamment par des critiques contre ces institutions à régime fermé qui abritaient des enfants pauvres et où l'on envoyait les soi-disant « délinquants». De nombreuses offres d'emploi furent proposées par ces établissements aux psychologues. Malgré mon engagement dans la clinique infantile et malgré mon désir de me servir de l'apprentissage construit en assistance à l'enfant psychotique, j'ai choisi de travailler avec les enfants défavorisés, « carente » (c'est comme cela que l'on appelait ces enfants qui, en raison des difficultés de leurs parents à leur offrir des conditions de logement et d'étude, étaient mis en pension dans des établissements de la Fondation Nationale du Bien-Être du Mineur (FUNABEM), Fondation de l'Etat à l'Education du Mineur (FEEM), ou dans des institutions similaires). J'ai fait ce choix pour les raisons suivantes : j’ai estimé que s'il existait un plus grand nombre d'enfants démunis que d'enfants psychotiques, l'option en faveur des « démunis » rendait la question plus importante ; en outre, pour produire un travailde qualité et faire des recherches avec des enfants psychotiques, il fallait un investissement important de l'Etat, ce qui ne me semblait absolument pas réalisable à cette époque-là. Une autre raison était que le fait de travailler avec les enfants pauvres me rapprochait de mon rêve juvénile.

 

 

Dans ces internats-prisons, deux questions surgissaient simultanément : celle de l'éducation et celle de la santé que l'institution se devait de promouvoir. Je m'y suis plongée à part entière ! J'ai posé ma candidature à un poste (encouragée par une psychologue membre du groupe d'études sur AI dont j'étais coordinatrice) et j'ai été embauchée par une grande fondation philanthropique pour développer un travail. Cette fondation comprenait sept établissements. Au total, cela concernait une population de deux mille enfants de tranches d'âge différentes, allant des nouveaux-nés aux adolescents de 18 ans. Ces établissements étaient situés dans la périphérie de Rio de Janeiro, ainsi qu'à l'intérieur de l'Etat.

 

 

Face à la demande de promouvoir « un changement de mentalité » chez les fonctionnaires qui travaillaient directement avec les enfants internes - de manière à ce que ceux-ci deviennent « des éducateurs » au lieu de simples surveillants, responsables de l'ordre et de la discipline - et étant donné mon intention de rendre la prestation de service institutionnelle plus adéquate aux nouveaux questionnements qui apparaissaient, j'ai proposé un travail fondé sur l'analyse institutionnelle, et ce sans pour autant cesser de répondre aux demandes d'appui psychologique de l'enfant interne et sans cesser d'offrir aux professeurs de l'orientation en développement infantile ou sur d'autres thèmes sollicités par eux. En proposant un travail au travers de groupes institutionnels et à travers des assemblées générales (AG), je me laissais, en fait, aussi influencer par la maxime de la PI - « soigner l'institution de cure » -, ayant comme axe de réflexion ce que ces institutions offraient aux internes, permettant ou ne permettant pas à ces derniers une croissance saine. De plus, en me fondant sur la Pédagogie institutionnelle, j'ai organisé un «courrier» interscolaire, afin que les élèves s'intéressent à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture et afin que le maintien des liens affectifs soit facilité. Ce dernier dispositif est devenu un analysateur de la dynamique institutionnelle et de la circulation des lettres. Et étant moi-même la messagère, ceci a permis un rapport plus étroit avec un plus grand nombre d'internes et une plus grande confiance dans la figure de la psychologue.

 

 

Mon emploi dans ces institutions à régime fermé - travail que l'on devait, à mon avis, mener très soigneusement, c'est-à-dire, en gardant la ligne de travail d'analyse institutionnelle et en évitant des motifs qui empêcheraient sa suite - a pris fin 13 mois plus tard, avec mon « expulsion » - terme utilisé par les internes -, sous le prétexte assez fragile de « manque de ressources ».

 

 

Une première tentative pour me renvoyer avait eu lieu quelques mois auparavant, quand on m'avait appelée pour me « tirer les oreilles ». A cette occasion, j'avais réussi à me défendre, à montrer l’importance de mon travail et à faire de telle sorte qu'ils reviennent en arrière dans leur décision de me licencier. Le lendemain, lorsque j'ai demandé au directeur - à qui je devais obéir et rendre compte des activités développées, à travers des rapports -, j'ai reçu par erreur une enveloppe qui contenait des rapports secrets de tous les directeurs de l'école, me reprochant mon travail. J'avais sans doute un style d'agir qui dérangeait le fonctionnement institutionnel, car ces écoles, outre le fait de ressembler à un modèle d'institution totale (Goffman, 1961), étaient dirigées par des ex-­internes qui avaient eu un comportement « modèle », qui avaient été élevés pour obéir et donner des ordres : ils n'avaient pas l'habitude de réfléchir à des problèmes. Au contraire, les dirigeants rejetaient toujours la responsabilité sur l'interne, en qualifiant l'élève avec des adjectifs négatifs.

 

 

Je trouve important de dire qu'il était clair pour moi, à l'époque, que militer politiquement n’était pas la même chose qu'effectuer un travail d'analyse institutionnelle, confusion qui me semblait exister chez quelques pratiquants d'AI au début des années 1980. En fait, l'analyse institutionnelle est toujours politique, car toute institution se réfère à l'Etat ; la dimension politique doit donc toujours être considérée. Mais, faire de l'analyse institutionnelle ne veut pas dire militer politiquement, dans le sens d'un attachement à des idéologies partisanes. Comme j'avais du mal à accepter l'interruption de mon travail, dans lequel j'étais surimpliquée - comme l'a écrit plus tard René Lourau, dans la belle introduction faite pour le livre Infâncias perdidas (2)  (Altoé, 1990) -, je me suis rendue compte que j'avais besoin de réunir des forces pour mieux affronter les obstacles.

 

 

(2) Ce livre a été le produit de la thèse de doctorat terminée en 1988, dont le récit sera exposé ici.

 

 

 

Sonia Altoé

 

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

 

 

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