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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 11:13

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (11)

 

La gauche et le triomphe de la rose

 

 

Après   l'échec   des   élections   législatives   de 1978, communistes et socialistes préservent chacun leur unité en rejetant sur l'allié de la veille la responsabilité de la débâcle. Au PCF, les partisans d'un strict marxisme (comme L.Althusser) et d'un aggiornamento (comme John Ellenstein) s'allient provisoirement en demandant une liberté de critique à l'intérieur de l'organisation. Au PS, prend corps une « deuxième gauche » liée à la militance de la CFDT - adversaire de la vieille CGT communiste - qui s'efforce de donner une forme partisane aux aspirations autogestionnaires. La contestation face au totalitarisme continue à fréquenter ce qui reste de voix et de peines, faisant parfois appel aux blagues en provenance d'Europe de l'Est : «Quelle est l'histoire la plus courte ? Le socialisme. Et la plus longue ? Le chemin vers le socialisme ».

 

 

De cet Est, arrivent bientôt des choses moins drôles : en août 1980, dix-sept mille ouvriers des chantiers navals de Gdansk entrent en grève, créant un comité inter-entreprises qui revendique, entre autres mesures, la reconnaissance de syndicats indépendants. La réaction de la CGT française ne se fait pas attendre : G. Séguy déclare ne pas être informé d'aspirations d'ouvriers polonais autres que celles des syndicats en place ! Le gouvernement polonais, lui, se révèle mieux informé : à la fin du mois, il signe les accords de Gdansk. Les ouvriers ne souffrent pas non plus de cécité (partisane) congénitale : d'abord le titre d'un bulletin d'information, Solidarité est le nom adopté par 36 syndicats libres de toute tutelle. Dénomination-événement, il apparaîtra bientôt sur les bottons épinglées près du cœur, montrant le chemin vers une alternative politique : peut-être que ce n'est pas le totalitarisme qui est le phénomène a constater (et à consommer), mais il faudrait regarder de plus près les effets étatiques de la « fonction parti », en tant que vecteur à analyser (Foucault, apud Eribon, 1990: 285). Une simple comparaison entre l'appareillé Séguy et l'indépendantiste Walesa sert d'évidence. Et d'autres suivent qui s'accumulent : en octobre, une grève générale d'une durée d'une heure est massivement suivie en Pologne. Au même moment, le maire communiste de Vitry empêche l'installation de travailleurs immigrés en détruisant au bulldozer leur foyer d'accueil : c'est la politique de la terre rasée version partisane (de gauche ?).

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 11:05

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (11)

 

 

L'Analyse   Institutionnelle   à    l'Université : capitulation ou résistance ? (4)

 

 

 

En dépit des divergences, aucun des socioanalystes nie que la période soit d'institutionnalisation : Lourau la dénonce dans des livres et des articles, bien que continuant à être un formateur à Paris VIII ; Lapassade l'incorpore comme moindre mal. Cependant, les deux sont d'accord sur le fait que le reflux politique, l'incertitude économique et l'opprobre aux interventions déstabilisatrices mènent le concept d'implication au centre de la scène institutionnaliste. Lapassade associe sa tendance à parler de ses implications, à l'écart qu'il observe en ce qui concerne les idéologies théoriques liées à récriture universitaire. Il juge que L'autobiographe et Joyeux tropiques (publiés en 1978), tous les deux de style autobiographique, représentent un aspect scriptural libertaire. A son tour, Lourau essaiera, à partir de là, de faire de l’analyse des implications du chercheur, une base pour la constitution d'une nouvelle épistémologie. Dans Lexique de l'Analyse Institutionnelle, Remi Hess synthétise les deux tendances :

 


« Toute écriture, dans la production institutionnaliste, est en même temps une écriture autobiographique. En parlant des institutions, je parle aussi de moi, de mon rapport avec les institutions. Paradoxalement, toutes nos productions théoriques deviennent autobiographiques au moment où l'autobiographie dans son sens traditionnel devient impossible... (Hess, 1978 : 23).

 

 

Curieusement, au moment où ils considèrent que leur pouvoir d'intervention dans leur domaine préférentiel (les institutions sociales) s'est réduit, c'est l'institution de l'écriture - articulée à l'Etat, à l'argent, aux éditions, à la scientificité, à l'école, etc. - qui relance les socianalystes sur le terrain : le terrain... de nouvelles analyses.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 11:00

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (10)

 

 

L'Analyse   Institutionnelle   à    l'Université : capitulation ou résistance ? (3)

 

 

On saisit la teneur de la réponse de Lapassade par l'article médiateur d'Ardoino, Barbier et Copet, auteurs qui prétendent se tenir raisonnablement à l'écart des «familles» en lice. Le travail met en exergue l'ostracisme auquel l'ordre établi des sciences sociales avait soumis l'Ai, la contraignant à faire le choix entre deux options comportant les mêmes risques : soutenir l'extrême gauche (« famille Lourau») ou l'appui à la direction ouverte par les nouveaux philosophes (« famille Lapassade »). Le premier choix consiste à réactiver les luttes au moyen d'une sociologie militante (analyse institutionnelle généralisée) ; le deuxième accepte de s'installer dans un consensus démocratique moyennant une professionnalisation de l'intervention (analyse institutionnelle psychosociologique). Nous aurions par conséquent :

«... analyses sociales critiques, mais condamnées à la marginalité ou budgets à gérer avec possibilités d'expérimentations. C'est, vue d'un côté, l'alternative du héros ou du salaud, de l'autre, celle de l'irréalisme ou du bon sens » (Ardoino, Barbier et Copet, 1978 : 118).

 

 

La réplique de Lapassade est stratégique. Dans Des socio-barbares aux nouveaux philosophes : la dérive de l'analyse institutionnelle, il s'adresse explicitement à ceux qu'il surnomme, par une ironique disqualification, « auteurs ABC ». Au début, aucun mot sur le clan rival, mais une volée sur les nouveaux bâtards qui «l'observent de l'extérieur, en pleurant » (Lapassade, 1978 : 126). Lapassade ne voit pas de motif à ces pleurs parce que dans sa façon de voir : le gauchisme de 68 est mort : la gauche instituée est en crise et il faut lui offrir une aide critique ; l'analyseur AES peut apporter des lumières sur la dégradation bureaucratique de Vincennes ; l'institutionnalisme doit mourir en tant qu'idéologie parce qu'il se résume à une psychosociologie critique et à un embryon (avorté) de philosophie sociale libertaire ; l'institution du capitalisme, comme l'avaient toujours soutenu Sartre et Castoriadis, continue à être la bureaucratie et la « nouvelle philosophie »  a le mérite de démythifier sa présence dans l'idéologie gauchiste.

 

 

La conclusion du travail est un cours sur le maniement de la tactique de l'alliance-duel. Lapassade affirme que, pendant que le texte ABC fait peu avancer les choses, ceux de Lourau établissent un « bilan rigoureux ». En même temps, il confine le patriarche rival à une idéologie, réduisant l'idée d'analyse institutionnelle généralisée à rien de plus qu'un replâtrage hâtif de quelques idées libertaires dont l'ancienne forme s'était retournée en oppression. Le thème du lien entre pureté et totalitarisme, cher aux nouveaux philosophes est alors lancé sur le compagnon :

«... malgré d'autres analyses très judicieuses, il [René Lourau] semble persuadé que je suis par- excellence le Renégat. En essayant de le montrer, il abandonne (...) son habituelle subtilité analytique : il se drape dans sa morale de la pureté, il jette son sur-moi - qui est très fort - dans la balance ; il se fait juge et se montre prêt à réunir des tribunaux - « populaires » bien sûr ! » (Lapassade, 1978 : 128).

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 17:51

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (9)

 

 

L'Analyse   Institutionnelle   à    l'Université : capitulation ou résistance ? (2)

 

 

 

Installé à Vincennes, Lapassade se voit devant une situation semblable à celles des premières expériences de l'Analyse Institutionnelle : il n'y a pas de demande d'intervention, mais il semble nécessaire de soumettre à l'analyse les contradictions d'un établissement dont on fait partie. Partant sur cette base d'évaluation, il développe deux stratégies principales : il enseigne l'Analyse Institutionnelle en essayant de monter un département qui s'y consacrerait ; il essaie d'intervenir dans divers espaces dans le but de collectiviser l'analyse. Ces formes d'« intervention interne » impliquent la mise en place de l'activisme dans lequel il excelle : grand nombre d'heures dédiées à l'université, responsabilités assumées au niveau de l'administration, etc.

 

 

Si ce mode d'action avait toujours provoqué de l'inquiétude chez les compagnons, à partir de 1976, les objections, auparavant simplement murmurées, se transforment soudain en conflit ouvert. En tant que centre expérimental, Paris VIII a un délai de douze ans, avec une échéance en 1980, pour s'adapter au statut commun aux autres universités. Quand est mise en discussion la création d'une filière d'administration économique et sociale (AES) déjà soumise aux normes officielles, Lapassade assume la direction du projet soutenant que celui-ci pourra se constituer en dispositif pour devenir analyste (non demandé) de l'établissement.

 

 

L'acte se heurte à des incompréhensions : on dénonce la « normalisation de Lapassade qui organise des examens écrits... » (Hess, 1981 : 180). Néanmoins, une expérience sociale de Réforme Universitaire (1) s'installe de fait, provoquant le débat à tous les niveaux de pouvoir. En 1980, estimant que le travail était achevé, Lapassade ne revendiquera pas le renouvellement de son mandat de doyen de l'UER.

 

 

Au moment de la publication du numéro de Pour sur l'Analyse Institutionnelle, l’Affaire Lapassade en est à son moment fort. Marquant sa présence avec deux articles, René Lourau donne comme titre Les nouveaux champs magnétiques à l'une de ses contributions et, sans citer de noms, dénonce comme révisionnistes certaines procédures en vigueur :


« Cette volonté d'institutionnaliser un corpus (...) cache une volonté (...) de mettre derrière « structuration », mot neutre, technocratique et bureaucratique, le désir de contrôle, d'évaluations et de validations selon les modèles les plus éculés. Le contexte politique général de reflux et d'opportunisme (...) est ce qui «explique» ce soudain retournement de veste théorique, politique et pédagogique. L'institué est bizarrement promu au statut d'instituant, et l'adhésion de plus en plus réactionnaire à la légalité institutionnelle est proposée, comiquement, comme « analyseur ». Analyseur, certes, mais du revirement politique de ceux qui invoquent cette nouvelle analyse... » (Lourau, 1978 : 109).

 

 

(1) Il faut se souvenir que, durant son séjour à Belo Honzonte en 1972, Lapassade a encouragé le Secteur de Psychologie Sociale de 1 Université Fédérale de Minas Gérais à participer au processus de Réforme Universitaire quand bien même celui-ci avait été décrété par le régime dictatorial (Cf. Lapassade, 1974). 

 

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 17:50

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (9)

 

 

L'Analyse   Institutionnelle   à    l'Université : capitulation ou résistance ?

 

 

D'autres penseurs que nous aimons surnommer jeunes analystes sont à Paris VIII. Certains ne sont plus très jeunes - en 1975, Lapassade a cinquante ans et Lourau quarante-deux -; cependant, plus attaché aux virtualités qu'au poids des contraintes de la réalité, Henri Lefebvre définissait la jeunesse comme « une relation au monde» (apud Hess, 1988 : 253). Outre cela, une deuxième génération - Remi Hess, Antoine Savoye et Patrice Ville, entre autres - s'établit aussi à Vincennes. Bien que ces analystes institutionnels dits socianalytiques, organisent des colloques et publient dans des revues comme Les Temps Modernes, Connexions et L'homme et la société, la « cité savante » les ignore complètement : ni la Revue Française de Sociologie, ni Actes de la Recherche en Sciences Sociales ne font aucune sorte de référence à l'Analyse Institutionnelle. Donc raisonnablement   marginale, l'insertion universitaire de l'AI n'échappe pas pour autant à l'appellation durable et devra être justifiée par les fameux contestataires de l'institué : en 1978, la revue Pour invite l'Ecole de Vincennes à « s'expliquer ».

 

 

Une rencontre internationale d'institutionnalistes se déroule alors à Paris. Mais René Lourau ne comparait pas et Georges Lapassade qui arrive avec des travaux déjà commencés, suscite des agressions verbales en réunion plénière et des agressions non-verbales dans les couloirs : un enseignant licencié de Paris VIII le prend pour cible, lui et Remi Hess, qui l'accompagnait, en leur lançant six oeufs. Quatre pour le maître et deux pour le disciple pour respecter la hiérarchie instituée...

 

 

Circonscrit à des groupes autonomes de formation/intervention et prisonnier des mannes de la petite principauté universitaire, l’institutionnalisme socianalytique se fragmente. Tout est en question : enseigner ou non l'analyse institutionnelle ; s'approcher ou non du marxisme et de la psychanalyse ; s'identifier à la psychosociologie ou à la sociologie ; transformer la socianalyse en formation professionnelle ou soutenir le projet d'une analyse institutionnelle généralisée, etc. Les positions assumées sont multiples, mais le conflit devient visible en tant que coupure entre le «champ Lourau» (allié au GAI de Paris) et le « champ Lapassade » (allié au CRI - Centre de Recherche Institutionnelle). Chacun est responsable d'un bulletin, dont les titres - Les lapins de Cronstadt et le Cri du cri, respectivement - sont des indices de la position plus sociologique-critique ou plus psychosociologique-clinique des participants.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 14:55

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (8)

 

 

De plus en plus d'espaces de liberté (4)

 

 

 

Cartographe des alliances rhizomatiques, Guattari participe encore, à la fin des années 1970 à la création du CINEL (Centre d'Initiative pour de Nouveaux Espaces de Liberté), organisme informel qui rassemble des intellectuels, des militants, des travailleurs et des artistes autour d'une intense activité théorique et politique : priorités pour des radios libres ; analyse des micro-fascismes dans la pensée et l'action ; lutte contre les actions ouvertement répressives et les mises au pas voilées ; défense des immigrés, des minorités nationales, des langues bâillonnées, etc.

 

 

Pour les oeuvres, on attend la « suite » de L'Anti-Oedipe, Cependant, Deleuze et Guattari échappent aux écoles : Mille Plateaux a le mérite d'indiquer mille chemins philosophiques. Il n'y a pas de chapitres chronologiquement linéaires, mais quinze événements datés, réels ou fictifs : 1914 (la guerre et la psychanalyse de l'homme aux loups), 1227 (mort de Gengis Khan), 7000 av. J.C. (appareil de capture de l'Etat), etc. Pour les assoiffés d'empirisme, chaque plateau est une carte de circonstances ou heccéité : un climat, une tonalité, un espace-temps du paysage. Pour ceux qui apprécient les concepts, le livre les invente (ou réinvente), à l'instar de personnages qui parcourraient une scène : ritournelle, trou noir, machine de guerre, régime de signes, plan de consistance, diagramme, ligne de fuite, cartographie, devenir, capture, visage, corps sans organes, machine abstraite, etc.

 

 

Cette boite à outils multi-peuplée rend visibles et énonçables des réalités bien distinctes du vieux dualisme sujet-monde, si important dans ces années de recherche d'un (néo)libéralisme conformiste. Le contenu de cette boite à outils a pour origine l'affection réciproque entre un Guattari-globe-trotter et un Deleuze-nomade qui se meut très peu, continuant simplement à donner ses cours de philosophie. Les classes deleuziennes cependant peuvent être comparées à des concerts de rock : on y retrouve des étudiants et non-étudiants, jeunes et vieux, français et non-français, philosophes et   surtout  non-philosophes.   Parce   que  pour   Deleuze, la compréhension philosophique (faite à partir de concepts) a besoin d'être agencée à une autre, non-philosophique (faite de percepts et d'affects). Pas pour communiquer - et ici on reprend la querelle contre les nouveaux philosophes -, mais pour résister, en inventant des avenirs encore sans langage et sans lumière. Pendant une période où tant d'ex-marxistes se tournent vers la religion, les tables de la loi ou le maître Lacan, les encore-marxistes Deleuze et Guattari élaborent des odes à la vie contre la transcendance, des processus contre les Etats, des hétérogenèses contre les hiérarchisations.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 14:46

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (7)

 

 

De plus en plus d'espaces de liberté (3)

 

 

A partir de 1975, la France emboîte le pas à ses voisins sur les nouvelles ondes du pays des merveilles et Guattari se trouve parmi les pionniers de la constitution de radios libres dans le pays. Un jour, surnommé passeur, il se fait aussi pirate : d'abord sur Radio Bleue et ensuite sur Radio Tomate - exercices de création de conditions paroxysmiques d'énonciation pour les marginaux, lieux de rassemblement et d'organisation pour les autonomistes.

 

 

La collaboration avec Deleuze ne s'interrompt pas. Deleuze en arrive même à se mêler de polémiques qu'il disait mépriser auparavant pour défendre la «philosophie » contre les « nouveaux philosophes » qu'il qualifie de « simples animateurs d'émissions de télévision » (Deleuze, 1977). Mais, comme d'habitude, l'agencement avec Guattari lui permet de pratiquer le multiple au lieu de simplement clamer pour lui. En 1975, c'est la littérature qui devient minoritaire : « Autant dire que « mineur » ne qualifie plus certaines littératures, mais les conditions révolutionnaires de toute littérature au sein de celle qu'on appelle grande (ou établie) (...) Écrire comme un chien qui fait son trou, un rat qui fait son terrier. Et, pour cela, trouver son propre point de sous-développement, son propre patois, son tiers monde à soi, son désert à soi » (Deleuze et Guattari, 1977: 28-29).

 

 

Dans cette littérature-philosophie, il n'y a pas de place pour les martyrs : si le Tiers-Monde révolutionnaire est terreur et mort, il faut flexibiliser les lignes, inventer une éthique singulière tiers-mondiste dans les relations à soi et aux autres. Ceci parce qu'au temps des arborescences - racine, feuillage et branches, en une tranquille hiérarchie -, il est urgent de poser ce qui s'oppose aux binarismes du type « ou...ou ». En 1977, l'essai Rhizome, repris plus tard dans Mille Plateaux, définit un domaine original :

 

 

« Un rhizome ne commence et n'aboutit pas, il est toujours au milieu, entre les choses, inter-être, intermezzo. L'arbre est filiation, mais le rhizome est alliance, uniquement d'alliance. L'arbre impose le verbe « être », mais le rhizome a pour tissu la conjonction «et... et... et... ». Il y a dans cette conjonction assez de force pour secouer et déraciner le verbe être. Où allez-vous ? ; d'où partez vous ?; où voulez-vous en venir ? sont des questions bien inutiles. Faire table rase, partir ou repartir à zéro, chercher un commencement, ou un fondement, impliquent une fausse conception du voyage et du mouvement (méthodique, pédagogique, initiatique, symbolique...) » (Deleuze et Guattari, 1980 : 36).

 

 

 

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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 14:28

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (6)

 

 

De plus en plus d'espaces de liberté (2)

 

 

 

En 1975, le psychiatre marocain Mony Elkaim convoque une réunion à Bruxelles pour mettre en place un Réseau international d'alternatives à la psychiatrie, auquel Guattari souscrit sans hésitation. La trame de ce réseau prétend s'opposer à une autre chose qui se trame aussi en réseau : la sectorisation-miniaturisation du contrôle social, les murs diaphanes d'une psychiatrie dépourvue de frontières visibles. A l'époque, quelques expériences de résistance étaient entreprises aussi bien par Elkaim - South Bronx (New-York) et à Bruxelles - que par Giovanni Gervis - à Reggio Emilia (Italie) -, au moyen de travaux caractérisés par une ligne transversaliste, autonomiste et autogestionnaire. Selon ce que dit Guattari (1981 : 125), « on essaie de faire en sorte que les choses bougent à partir des intéressés eux-mêmes» pour qu'ils se dé-sectorisent en lançant des millions et des millions de révolutions moléculaires.

 

 

En parlant de réseaux de production de subjectivité, rien de mieux que d'évaluer le mode d'information dominante. Dans la France d'alors, la médiatocratie propage le remords libéral avec son insidieuse statique proto-fasciste. Fin analyste de la parenté fascisme-nationalisme, Guattari  devient  italien,   fasciné  par quelques expériences innovatrices du pays voisin. On sait dans quelle mesure dans les années 1970, les gauchismes passent par un processus de spécialisation, chacun (fou, homosexuel, femme, prisonnier, immigrant, etc.) a sa place ou son ghetto. Néanmoins, une radio comme Alice (fondée à Bologne, 1974) a du succès en transversalisant renonciation de multiples autonomies - dénomination italienne pour les minorités -, dépassant le caractère purement sociologique des radios indépendantes qui prolifèrent après la fin du monopole de l'Etat sur les communications.

 

 

Le mouvement Alice conteste toutes les séparations hiérarchisantes au point de s'inventer et de pratiquer une économie singulière : il répudie le travail discipliné, encourage l'absentéisme, met en scène l'auto-réduction de l'exploitation capitaliste (par l'échange des étiquettes de prix et/ou le vol de produits dans le commerce). Comme Bologne est traditionnellement un fief communiste, son maire n'admet pas de perdre le contrôle d'une aussi précieuse infrastructure : il accuse les Aliciens de conspirer et donne l'ordre d'occuper la ville par les blindés. Alice répond : « Conspirer, c'est respirer ensemble, et c'est ce dont on nous accuse ; ils veulent nous empêcher de respirer... » (Guattari, 1981a : 59).

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 15:05

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (5)

 

 

De plus en plus d'espaces de liberté

 

 

 

Il y a longtemps que certains privilégient dans leurs travaux l'appréciation critique de ce que véhicule l'intellectuel : jamais sujet a priori, il constitue (et est constitué par) ce qui illumine (ou obscurcit) et vocalise (ou tait), Foucault le dit très bien dans la préface de l'édition américaine de L'Anti-Oedipe, quand il fait allusion à ce regain d'intérêt pour le sujet souverain, l'illuminisme et les droits de l'homme :

 

 

« N'exigez pas de la politique qu'elle rétablisse les «droits» de l'individu tels que la philosophie les a définis. L'individu est le produit du pouvoir. Ce qu'il faut, c'est «désindividualiser», par la multiplication et le déplacement, les divers agencements » (Foucault, 1991:84).

 

 

Foucault ne répudie pas l'avènement d'une éthique, mais plutôt celui d'une morale pré-codifiée, contractuelle et représentative dont Foucault même venait d'élaborer quelques généalogies avec Surveiller et punir et La volonté de savoir. Ici, on ne part pas du ressentiment : on affirme la positivité d'une construction de soi au moyen d'une éthique non fasciste ou, pour utiliser une expression chère à Merleau-Ponty, d'une morale de l'inconfort.

 

 

Dans cette deuxième moitié des années 1970, l'intellectuel n'est plus autorisé à se percevoir au service d'une classe et ne peut non plus être simplement évalué par le degré de scientificité de ses recherches. Pour savoir cela, Guattari n'a pas eu besoin d'attendre le Goulag. II s'inquiète depuis longtemps de l'intellectuel constructeur de subjectivités.

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:18

 

Analyse Institutionnelle, Etat et Droits de l’homme (4)

 

 

Y aurait-il des motifs de regrets ? (3)

 

 

 

Les processus politiques en cours continuent à leur fournir de bonnes (?!?) causes : la gauche (militaire) portugaise ne tarde pas à devenir une déception ; les Vietnamiens deviennent des boat-people ;la révolution iranienne crée un vent de panique en commençant les arrestations et les exécutions. Dans de telles circonstances, la victoire des sandinistes au Nicaragua (1979) n'arrive même pas à redonner un brin d'espérance à ces héritiers du tiers-mondisme. Et pour parachever l'ensemble, à la fin de cette même année, les Soviétiques interviennent en Afghanistan.

 

 

Pendant que des périodiques, sympathisants de gauche, comme Espritet Les Temps Moderness'amendent d'éventuelles fautes, en dénonçant les phénomènes du totalitarisme et de la dissidence ou en s'unissant aux libéraux dans la défense de populations immolées, la droite aspire à transformer le passé à la façon du 1984d'Orwell : les chambres à gaz nazies, eh bien...elles n'ont jamais existées ! En 1978, R. Faurisson déclare, d'abord dans Le Matinet ensuite dans Le Mondequ'il n'y a jamais eu de chambres à gaz dans les camps de concentration allemands. C'est là que commence l’Affaire Faurissonqui mobilise des historiens anti­révisionnistes (P. Vidal-Naquet, M. Perrot, J. le Goff, etc.) pour lesquels l'extermination sur le papierreprésente une nouvelle tentative de rendre invisible l'extermination réelle. 

 

 

L'argument utilisé par ceux qui nient l'existence des chambres à gaz - absence de preuve empirique -nous invite à évoquer des détails précis de la configuration intellectuelle de l'époque. Dosse, par exemple, fait coïncider le déclin du structuralisme d'alors avec les illusions perdues de la gauche :

 

 

« Ce que révèle l'effet Goulag, c'est qu'il suffit d'entendre, de lire, de voir pour comprendre, à l'inverse d'une certaine spéculation conceptuelle à prétention scientifique qui avait joué le rôle d'écran de fumée, et empêche de saisir les vrais enjeux de la tragédie en cours, et la complicité objective de ceux qui soutenaient les tortionnaires » (Dosse, 1992 : 341).

 

 

Nous ne doutons pas que le thème ait contribué à un tracé des régimes de vérité de cette période : au lieu de penser sans sujet pour accéder à la science, nombreux sont ceux qui maintenant veulent partir du sujet pour sauver une éthique humanitaire. La question des chambres à gaz, cependant, indique que cet ingénu (?!) empirisme est plus complexe que veulent bien nous le faire croire les repentis post­-goulag. Assurément, il y a lumière et l'on voit quelque chose ; sans pouvoir le nier, il y a un langage, on parle, on entend ou on lit. Mais à chaque instant, le visible et l’énonçable passent par une construction d'expériences et de savoirs dont il faut sans faute entreprendre l'analyse.

 

 

 

 

Heliana de Barros Conde Rodrigues

 

 

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