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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 09:26

Jacques Ardoino

Pédagogue au fil du temps

 

Christian Verrier

 

Préface de René Barbier

Editions Téraèdre, Paris, mars 2010, 244p.

 

 

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Jacques Ardoino est l’un des théoriciens les plus féconds en sciences humaines et sociales. Très tôt attaché à une certaine idée de l’éducation, il deviendra, dès leur création, l’un des acteurs principaux des sciences de l’éducation, irriguées encore aujourd’hui par nombre de ses concepts. L’importance qu’il donne à la complexité, à la transversalité et à la fonction critique en éducation est plus que jamais capitale. Sous les angles de la pratique universitaire, de l’art de théoriser, de la dimension du vécu, cet ouvrage trace un portrait fidèle de l’inventeur du concept de multiréférentialité, qui fut et demeure par ailleurs un habile pédagogue maniant aussi bien le cours magistral que le psychodrame.

En une biographie originale à la recherche d’une autre façon de dire une vie et une œuvre, l’écriture de cet ouvrage entrecroise des moments importants de l’existence de ce praticien et théoricien de l’éducation de renommée internationale, des éléments de réflexion sur sa pensée épistémologique et le témoignage de ce que l’auteur a pu vivre d’épisodes pédagogiques forts en sa compagnie.


Christian Verrier a été conducteur de trains, formateur d’adultes et maître de conférences en sciences de l’éducation à l’Université Saint-Denis/Paris-8. Outre des recherches portant sur l’autoformation, l’histoire de l’éducation et l’enseignement supérieur en ligne, il travaille actuellement à l’élaboration d’une phénoménologie du voyage à pied.

 

Http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

 

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 09:55

L'accompagnement d'une mère en fin de vie

 

Journal à quatre mains

 

Odile, Geneviève, Benoît, Remi Hess

 

Préface de Yvonne Kniebiehler

 

Editions Téraèdre, Paris, avril 2010, 155p

 

 

 

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A  la mort de leur père, quatre enfants s'organisent pour accompagner leur mère en fin de vie. Dispersés géographiquement, ils se relaient aux côtés de celle-ci qui présente de graves signes d'aphasie. L'écriture d'un journal, dans lequel chacun consigne les moments du quotidien et ses propres réflexions, leur permet de garder le lien et de constituer entre eux une communauté de pratique.

 

Dix ans plus tard, la fratrie relit les huit cents pages du journal et s'interroge : qu'avons-nous appris de cet accompagnement de la vie quotidienne de notre mère? Oeuvre d'émotion et de réflexion, ce retour sur un journal à quatre mains constitue un témoignage rare et une contribution précieuse sur la question de l'accompagnement des personnes en fin de vie et sur ses implications personnelles et interindividuelles.

 

Odile Hess est historienne et infirmière à Martigues, Geneviève Hess psychologue et bibliothécaire au Lycée français de Vienne (Autriche). Benoît Hess juriste et chef d'entreprise à Reims. Remi Hess sociologue et professeur à l'université de Paris 8.

 

Voir la préface publiée sous le lien suivant : http://lesanalyseurs.over-blog.org/article-presentation-l-accompagnement-en-fin-de-vie-le-journal-a-quatre-mains-50417056.html

 

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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 11:04

Lundi 1er septembre 2008

 

 

Kafka, Le procès, Flammarion, 1983.

 

Je termine ce matin la lecture de cet ouvrage. J’apprends des choses dans la présentation sur Kafka : un grand écrivain ayant très peu publié durant sa vie. Il a détruit des textes et le peu qui a été sauvegardé fut publié par son ami Max Bord, lequel est aussi écrivain.

 

J’ai souligné auparavant l’intérêt de Kafka pour l’éducation. Dans Le procès, on a affaire à la loi et à la justice. Chercher la justification, c’est ainsi que certains résument l’œuvre de Kafka. Il est vrai que nous avons affaire au questionnement permanent de l’auteur sur le sens des actes humains. Les chemins empruntés par l’auteur sont tortueux et souvent ne mènent nulle part : A la question de savoir qu’Est-ce qu’on reproche à Joseph K.? De quoi est-t-il l’accusé ou encore pourquoi la justice s’intéresse-t-elle à lui? Nous n’obtenons aucune réponse. Une série de faits et actes qui se terminent par la mort de K. mais qui ne sont pas élucidés.

 

On ne comprend rien, on ne sait rien, et pourtant le lecteur ne peut s’empêcher d’aller au bout des 300 pages.

 

Le style de Kafka me plaît, m’attire, me donne l’impression de lire de la littérature. Ce fut mon but. Il est donc atteint.

 

Je me suis intéressé à la loi et au droit, notamment à la lecture de Hegel et de Derrida. Kafka vient au bon moment m’accrocher à ce thème philosophique.

 

En lisant ce livre de Kafka, je me suis demandé s’il ne fallait pas inscrire cette lecture dans le journal philosophique. En effet, les questions qui donnent lieu à des réponses inachevées ne peuvent être que philosophiques. Kafka s’intéressait à Kierkegaard, mais pas à Nietzsche.

« La logique a beau être inébranlable, elle ne résiste pas à un homme qui veut vivre». Kafka.

 

 

Benyounès Bellagnech

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:47

 

Chers amis

 

Voilà l'adresse du site du Symposium d´Analyse Institucional´ à l´Université Celso Lisboa, Rio.

 

 

Endereço do site : https://sites.google.com/site/institucionalanalise/

 

Je vous embrasse

 

Lucia Ozorio

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:38

Symposium d'analyse institutionnelle

 

Chers amis

 

Je vous envoie le folder du symposium que nous avons organisé à l´Université à Rio il y a deux jours.. Un beau processus d‘autogestion nous a invité à faire attention aux analyseurs qui nous empêchaient de travailler en commun. Les centres ont bougé, des profs. et des étudiants de plusieurs universités sont venus. Beaucoup de travaux ont été présentés.

 

Les étudiants de l´université Celso Lisboa ont présenté des pièces de théâtre où la problématique institutionnaliste était présente. Dans l’une d’elles, ils ont discuté le contrôle qui existe dans les facs.- par rapport à l´analyse institutionnelle, non présente dans tous les curriculums de facs. à Rio. Imaginez - la à Paris 8!!! En les aidant à l´écrire, j´ai suggéré que le personnage qui faisait l´AI récite un beau poème de Cora Coralina, la femme que vous pouvez voir dans le folder. Cette femme a une vie extraordinaire et est devenue poète à 92 ans.

 

Dans ce poème, Cora Coralina - l´AI , parle de sa multiplicité, de ses divers visages-femme du peuple.

 

Les étudiants ont eu l´idée d´une AI - poème. Au début, ils avaient choisi de Fernando Pessoa, un poème dense. Après une discussion collective, ils ont tous été d´accord sur un poème de Cora Coralina. C´est cela le texte de l´AI : un poème de Cora Coralina. Nous avons eu une AI dans un tribunal où les personnages étaient : le biopouvoir, la loi, le commun, le désir, le corps vibrátil - corps qui vibre et l´AI.

 

Tout un processus est en cours. Les IrrAIductibles étaient présents dans les discussions, dans l´histoire de l´AI que nous avons racontée. Quelques profs. qui ont eu leurs travaux publiés soit dans la revue Les IrrAIductibles, soit dans le livre L´Histoire de l´Analyse Institutionnelle, publié dans la collection Transductions coordonnée par Benyounès Bellagnech étaient là : Sonia Pellegrini, Sonia Altoé. Quelques profs. m´ont demandé des nouvelles des IrrAIductibles.

 

Et le Colloque sur René Lourau que nous avons combiné ? Nous pouvons le faire vers fin juin.

 

Dans notre Symposium, les travaux-photos de René Lourau, Georges Lapassade, Patrice Ville, Benyounès Bellagnech étaient là. Nos photos - de moi, Marlène, Léonore, Georges, Mostafa, Aziz, Juss ..................... en salle A428 étaient là.

 

Je vous embrasse.

 

Lúcia Ozorio

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 10:51

Jeudi 28 août 2008

 

 

Lu ce matin Kafka, La métamorphose, Librio texte intégral, Flammarion, 1988. Ce texte est suivi de Dans la colonie pénitentiaire. Hier, après avoir terminé Le Journal de Kafka, je me suis dirigé vers la bibliothèque. Je remets le livre à sa place sur l’étagère. Je prends le livre que je suis en train de lire, Le procès de Kafka, Le journal du séducteur et Traité du désespoir de Kierkegaard. Je projette de classer ces deux derniers ouvrages dans la lecture philosophique.

 

Au sujet de Kafka : cette distinction entre texte littéraire et texte philosophique me gêne un peu d’autant plus que j’ai une certaine attirance ou un penchant vers les textes philosophiques écrits sous forme littéraire, c’est le cas de Nietzsche et Kierkegaard.

 

Par ailleurs, Kafka décrit comme l’un des plus grands écrivains du 20ème siècle a aussi un penchant philosophique. J’ai souligné dans le journal son intérêt pour l’éducation, mais pas assez pour la philosophie. Pourtant, le texte que je viens de lire comporte une dimension imaginaire et philosophique. La métamorphose concerne pas uniquement Gregor Samsa,  elle concerne aussi sa famille, son entourage professionnel ou non. Il s’agit en effet d’une méditation profonde sur la vie et la mort.

 

Je vais lire Dans la colonie pénitentiaire.

 

Il est onze heures et quart, je viens de terminer la lecture de ce texte. Il s’agit de la machine de la mort et de la loi. Je vais me reposer.

 

 

Benyounès Bellagnech

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 10:35

Mercredi 27 août 2008

 

 

Lu quelque part dans ce journal que Kafka s’intéressait à l’éducation, il l’affirme lui-même en écrivant que tout ce qui touche à l’éducation lui importait. Confirmation de ce que j’avance dans le dernier chapitre de ce Journal, intitulé Variantes. Si jamais je devais évoquer l’éducation chez Kafka, je proposerais ce texte de six pages à commenter. Kafka reproche tout à l’éducation qu’il a reçue, ainsi qu'à ceux et celles rencontrés dans son enfance et qui ont fait de lui ce qu’il n’est pas et ce qu’il n’a pas voulu devenir.

 

Soulagement ou satisfaction ou encore les deux à la fois. C’est ainsi que je souhaite conclure cette lecture. En lisant ce journal de Kafka de 700 pages, je m’efforce de lutter contre un vice ou un défaut, celui qui consiste à voir ou à avoir des livres chez soi, mais qu’on ne lit pas entièrement. Ce défaut est encore plus manifeste lorsqu’on cite des auteurs pour faire le savant, alors que l’on ne se donne pas le temps, ni les moyens de lire ces auteurs. On se laisse aller à certain intellectualisme formel, nul et qui n’apporte rien.

 

Ecrire mal, c’est une remarque de Gérard Althabe concernant les chercheurs. En effet, lorsqu’ils se mettent à la littérature, ils produisent des textes médiocres. Cela peut ne pas être la règle.

 

Je me suis efforcé à lire ce journal, me disant qu’il va m’apporter quelque chose, mais quoi exactement. Si je n’écrivais pas de journaux, ce livre n’aurait probablement aucun intérêt pour moi. Or, il se trouve que je tiens mon journal et que je suis très intéressé par les journaux. Kafka ne dit pas le contraire. Ce journal est un récit de vie d’un écrivain, c’est aussi son œuvre. L’écrivain devient un être humain qui raconte ce qu’il vit, ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il pense de lui-même et des autres, les proches comme les lointains, ce qu’il sent.

 

Pour se faire une idée sur Kafka, sur son époque, sur la littérature et l’art en général, sur la vie de l’artiste, il faut lire ce journal. C’est ce que je viens de faire.

 

 

Benyounès Bellagnech

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 10:35

Mardi 26 août 2008

 

 

«Un homme qui ne tient pas de journal est dans une situation fausse à l’égard du journal d’un autre. Quand il lit, dans le journal de Goethe par exemple, que celui-ci est resté chez lui toute la journée du 11 janvier 1797 ‘occupé de diverses dispositions à prendre’, il lui semble, quant à lui, n’avoir jamais fait aussi peu de choses» p613.

 

Remarque : une constatation de Kafka sur le rapport des Français à leur langue. Ils cherchent tout le temps à corriger les fautes de français parlé par un étranger. Rencontré cela à deux reprises, la seconde fois à la page 614.

 

 

Benyounès Bellagnech

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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 12:59

Dimanche 24 août 2008

 

 

Le rythme de cette lecture ne me satisfait pas. Je peine à avancer tout en étant préoccupé par l’article que je dois rédiger pour la revue.

 

« Quand je dis quelque chose, cette chose perd immédiatement et définitivement son importance, quand je la note, elle la perd toujours aussi, mais en gagne parfois une autre» p278.

 

Page 332. Arrête la lecture, envie de me reposer et boire un verre.

 

 

Tiens à lire le journal de Kafka jusqu’au bout. Cela commence à me plaire. Puis-je envisager de lire d’autres journaux consistants tels que celui de Goethe, de Kierkegaard ou d’autres écrivains importants? Bref, je n’ai pas l’intention d’écrire aujourd’hui, mais de continuer à lire.

 

Lu ce matin un passage sur une expérience russe de Kafka. Il interrompt le récit et je ne sais s’il va le reprendre ou non. Il privilégie son travail sur le Procès.

 

« Compris une fois de plus que tout ce qui est écrit par bouts et non d’affilée au cours d’une grande partie de la nuit (voire de la nuit entière) est médiocre, et que je suis condamné à cette médiocrité par mes conditions de vie» p409.

 

Il est midi. Interromps la lecture. Bois un verre de vin, le temps d’attendre le repas de midi. Il ne se passe rien. Reprends la lecture bien que je sois sûr qu’elle ne sera pas de qualité. J’ai commencé à lire depuis sept heures du matin. Mon rythme ne me permet pas de faire davantage au risque de m’endormir en lisant. Pourtant et faute d’autre chose, je vais tenter le coup.

 

«1919, 27 juin

Nouveau journal, je ne le commence à vrai dire que parce que j’ai lu l’ancien. Un certain nombre de motifs et d’intentions que je ne peux plus retrouver maintenant (il est minuit moins le quart)» p909.

 

 

Benyounès Bellagnech

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 16:13

Odile Hess, Geneviève Hess, Benoît Hess &Remi Hess viennent de publier L'accompagnement en fin de vie, le journal à quatre mains, Paris, Téraèdre, 2010, coll. «Autobiographie et éducation» (dirigée par Christine Delory-Momberger), 155 p., 18 euros. Le livre sera en librairie début juin.

Il nous semble intéressant d’en faire ici lire la préface écrite par Yvonne Kniebiehler, historienne des professions féminines.

 

 

Préface

Ce Journal à quatre mains est une œuvre tout à fait innovante et attachante, tant par sa forme que par son contenu.

 

La forme évoque à la fois celle dun livre de raison et celle dun journal intime (1). Le livre de raison, à lâge préindustriel, conservait la mémoire familiale. Le chef de famille y inscrivait les événements marquants - naissances, mariages, décès, gestion du patrimoine - à lintention de ses héritiers ; les nouvelles générations poursuivaient fidèlement la recension ; ce recueil constituait une pièce maîtresse de lidentité et de la dignité dune lignée. Le journal intime marque laffirmation de lindividu, qui saisit au quotidien ses réactions intimes, souvent avec le désir de mieux contrôler sa conduite et ses relations. Loriginalité du Journal à quatre mains, cest quil est écrit par quatre frères et sœurs, qui se relaient au chevet de leur mère. Remi, Odile, Geneviève et Benoît ont promis à leur père, André, décédé le 18 janvier 1997, de veiller sur leur mère, Claire Hamel Hess, âgée de 84 ans. Claire réside à Reims. Seul, Benoît vit dans une commune proche de cette ville ; Remi habite à Paris, Odile à Martigues (B.-du-Rh.), Geneviève à Vienne (Autriche). Quà cela ne tienne : la fratrie sorganise, chacun réussit, non sans difficultés, à dégager du temps pour que la mère ait toujours auprès delle lun ou lautre de ses enfants. Cest pour assurer la continuité et lefficacité de cette garde quils décident de tenir un journal détaillé : celui ou celle qui arrive est ainsi bien mis au fait des dernières nouvelles, et, à son tour, il, elle informe avec le maximum de précisions celui ou celle qui lui succèdera. Si des amis interviennent auprès de Claire, ils sont invités à prendre la plume eux aussi, et quelques-uns le font ; de même pour certains soignants. Claire quitte ce monde le 31 octobre 1998. A cette date, le Journal à quatre mains atteint huit cents pages.

 

Dix ans après, ses auteurs le reprennent en main et décident den tirer une publication. Entre temps, ils ont trouvé, dans les affaires de leurs parents, le journal personnel de Claire, celui dAndré, ainsi que dautres récits rédigés par les grands parents et par dautres proches. Ils ont également relu leurs propres écrits diaristes. En effet, dans cette famille, « lécriture domestique » est un usage ancien et vivace. Les jeunes prennent tôt lhabitude de faire un bilan quasi quotidien de leur vécu : cet effort leur est conseillé comme prolongement de lexamen de conscience, comme instrument pour mieux assurer la maîtrise de soi. Le Journal à quatre mains confirme et prolonge cette habitude, mais avec les caractéristiques tout à fait exceptionnelles déjà signalées : il est écrit par quatre adultes en collaboration, son objectif bien particulier étant daccompagner les dernières années dune personne proche et très chère.

 

En vérité, soulignons-le, il sagit de bien autre chose que dune chronique de soins. Les enfants de Claire échangent entre eux et avec leur mère, sur toutes sortes de sujets : les relations sont riches daffection, certes, mais aussi de réflexion, individuelle et collective ; chacun livre ses réactions et ses émotions, en les commentant avec perspicacité. On trouve là des personnalités affirmées, très différentes, douées pour le dialogue. Remi est un universitaire, historien et anthropologue ; Odile est infirmière (après des études dhistoire) ; Geneviève est enseignante (après des expériences soixante-huitardes de vie communautaire) ; Benoît travaille dans la formation et le conseil en entreprise ; Claire était mère au foyer. Tous lisent beaucoup, discutent passionnément.

 

Le Journal à quatre mains est une source inépuisable qui pourrait alimenter des recherches multiples et variées. Nous nous bornons ici à saisir deux thèmes très actuels : le vieillissement, la transmission.

 

Le vieillissement  

Une médicalisation triomphante a permis en Occident le vieillissement de la population. Cest un grand progrès, certes, mais qui commence à poser des problèmes inédits. La charge que représentent les personnes âgées, de plus en plus nombreuses, souvent dépendantes, préoccupe les nouvelles générations. La doctrine officielle veut quon les maintienne à leur domicile le plus longtemps possible, parce que la plupart le souhaitent, et aussi parce que cest plus économique pour la collectivité. Mais à quelles conditions est-ce possible ? Qui décide que ce nest plus possible ? Et que faire après ? Lexpérience de Benoît, Geneviève, Odile et Remi Hess, témoins sensibles et sincères, se révèle fort instructive.

 

Dès avant le décès de son mari, Claire souffrait de la maladie de Parkinson et dune aphasie épisodique : le journal décrit la progression de ces deux pathologies. Mais ses enfants témoignent unanimement quelle reste présente avec toute sa lucidité, pour une vie active et intéressante : faire des courses, et des randonnées, voir des amis, lire des ouvrages de qualité, écouter de la musique, participer pieusement aux offices religieux, exprimer sa tendresse. Lorsquil lui est difficile de parler, la communication passe par les gestes, les caresses, lémotion partagée. Par souci defficacité, les auteurs simposent une sincérité absolue : rien nest tabou. La nudité est évoquée avec infiniment de pudeur et de respect. Odile, à la fois infirmière et fille, a une relation particulièrement intime avec sa mère : elle aide ses frères et sœurs à trouver les mots et les manières. Dans tous les cas, les commentaires sont bienveillants, valorisants : lorsque sa mère assigne aux objets des places inattendues, Remi évoque lonirisme des surréalistes….. Dautres problèmes sont abordés avec autant de sincérité que de discrétion : à propos des démarches administratives, toujours si complexes ; et à propos des ressources matérielles : le budget salourdit à mesure que simpose un recours croissant à des aides salariées. En effet, les quatre responsables ne tardent pas à ressentir une fatigue physique et psychique de plus en plus difficile à endurer. Claire dort mal et prive de sommeil ceux qui la gardent ; dans la journée, il faut veiller sur elle en permanence, pour réparer les conséquences de gestes imprévisibles. Elle nest pas vraiment invalide. Mais ses enfants avouent humblement quils nen peuvent plus, ils arrivent au bout de leurs forces, il faut trouver une autre solution. Claire a bien du mal à sy résoudre : elle croit toujours que tout peut sarranger. On lui laisse le temps de comprendre et daccepter. 

 

Elle entre dans une maison de retraite médicalisée le 21 novembre 1997. Elle y dispose dune pièce assez vaste, où elle peut sentourer des quelques meubles et objets qui lui sont chers. Ses enfants ont lesprit en repos car ils la savent entourée de soins, ce qui leur permet de construire avec elle une nouvelle relation, plus détendue. Ils passent toujours beaucoup de temps auprès delle, en se relayant, parfois tous ensemble, et elle leur manifeste vivement sa joie et sa tendresse. Aucun ne formule de critiques à légard du personnel de létablissement, ils préfèrent coopérer : sils observent quelque difficulté, ils en cherchent la raison initiale, en vue daider à lamélioration du service. Ainsi quand le recrutement de jeunes soignants perturbe les résidents, Odile suggère dorganiser des équipes mixtes, où les anciens encadreront plus étroitement les nouvelles recrues. Autre exemple, Claire fait une chute et se casse le col du fémur : elle attend cinq jours avant dêtre opérée. Pourquoi ce retard ? Nest-elle, pour les chirurgiens, que « la vieille de la maison de retraite » ? Odile et ses frères et sœur se mobilisent, sinforment, mais ils ne peuvent que constater linsuffisance en nombre du personnel hospitalier. Les dernières semaines de Claire sont très pénibles : son corps et son esprit se dégradent cruellement. « Comment, pourquoi tient-elle si longtemps ? » Remi, Odile, Geneviève, Benoît sont très éprouvés. Pourtant leur texte reste sobre : aucun pathos, aucun raisonnement philosophique. La vérité nue et la piété filiale suffisent à poser, implicitement, les questions éthiques.

 

La transmission

André et Claire ont été des chrétiens fervents, ils se sont connus et épousés en tant que tels : foi « vivante », pratique assidue, militantisme infatigable. Ils ont choisi des écoles privées confessionnelles pour linstruction de leurs enfants. Toute leur vie, ils ont servi bénévolement dans des associations et des mouvements daction catholique. Durant les dernières années de Claire, les moments les plus intenses de sa vie sont les dévotions : assistance aux offices, lectures pieuses, chants religieux, et surtout célébration des fêtes, à léglise et à la maison. Rien daustère : Claire est une femme gaie, affectueuse, chaleureuse, qui a beaucoup damis. Elle aime chanter, danser, faire fête : elle applaudit lorsque Remi, venu célébrer lEpiphanie avec elle, présente une démonstration de tango. Aussi longtemps quelle a pu, elle sest dévouée sans compter, en toute occasion, avec élan et enthousiasme.

 

Telle est lambiance dans laquelle ses enfants ont grandi : elle les a profondément «façonnés», disent-ils. Adultes, quont-ils retenu dune telle formation ? Leurs écrits révèlent que trois se sont totalement détachés du christianisme, ils ont perdu la foi et renoncé à la pratique, ils nont pas reproduit le modèle de famille quils avaient reçu. Seul Benoît a fondé un couple stable avec Françoise, son épouse, ils ont quatre enfants, élevés chrétiennement. Les trois autres ont expérimenté, au moins dans leur jeunesse, la liberté sexuelle et le divorce. La grande bourrasque de 1968 semble être la principale responsable de cette mutation culturelle entre deux générations. Si la modernité, aux XIXe et XXe siècles, se caractérise par une sécularisation des mœurs et des représentations, à coup sûr « 68 » a marqué sur cette voie une étape décisive. Malgré la blessure, quils ont subie, André et Claire ont toujours maintenu fermement les liens familiaux, acceptant lévolution de leur progéniture non sans chagrin, mais sans reproches. Claire, à la fin de ses jours, avoue sa nostalgie : elle aimerait «convertir» ses enfants, mais elle le leur dit sans la moindre amertume, en manifestant fortement que leur présence et leur affection comptent pour elle avant tout. Le Journal à quatre mains ne dit pas si cette croyante a reçu les derniers sacrements.

 

Sils ne sont plus chrétiens à la manière de leurs parents, les auteurs du Journal ont conservé de leur éducation des éléments sans doute essentiels. Dabord ils « font famille ». Quand André leur demande de prendre leur mère en charge, ils répondent présent sans la moindre réserve, et ils sexécutent avec une rare abnégation : le lien parent-enfant est pour eux quasiment sacré, et ils donnent cet exemple à leurs propres enfants. Le lien fraternel est tout aussi puissant, le Journal en témoigne à chaque page. Certes, ils se reconnaissent très différents, mais les « incompatibilités » pèsent moins que les affinités. Dabord, tout comme leurs parents, ils aiment la vie, la joie, ils sont éminemment toniques et sociables, leur table est toujours ouverte, ils se plaisent à réunir leurs nombreux amis. Autre ressemblance, plus exceptionnelle : ils gardent lhabitude de tenir leur journal, sans doute pour ressaisir leurs sentiments intimes et pour maîtriser leurs activités sociales, les deux étant dailleurs souvent indissociables Enfin, ils ont aussi reçu pleinement, chacun à sa manière, le message du militantisme parental. Tous les quatre sinvestissent bénévolement dans diverses associations ; ils donnent leur temps, leurs forces, leurs idées aux causes qui leur sont chères, avec lintention de rendre la vie collective plus cordiale et plus solidaire. Frères et sœurs par le sang et par le cœur, Benoît, Geneviève, Odile, Remi veulent donner à la fraternité sa dimension universelle. 

 

Yvonne KNIEBIEHLER

Aix-en-Provence, le 18 mai 2009.

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(1) Sur ces deux sortes de documents, outre les ouvrages de Remi Hess lui-même, on peut lire, de Philippe Lejeune et Catherine Bogaert, Le journal intime. Histoire et anthologie, Editions Textuel, 2006. 

 

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