En lisant ce journal de Remi Hess, plusieurs souvenirs m’envahissent.
Je relève le Colloque Paris 8 40 ans dont Remi parle. Je le considère un dispositif multi-faces – en même temps politique, esthétique, interculturel – qui a réussi à inventer de nouvelles
coordonnées d´énonciation d´un commun dans un temps de dispersion des peuples. Entre les espaces temps – les symposiums – inventés pour réfléchir sur l´université au temps de la
mondialisation/globalisation et de la compétitivité à l’excellence et les espaces communs du Colloque, quelque chose est arrivée.
Je suis venue à Paris 8, invitée à participer à ce Colloque Paris 8 40 ans. Je
peux dire que j´ai vécu au Colloque Paris 8 40 ans une insistance – résistance pour que la lutte continue, malgré tout. La formidable libido sciendi de Paris 8 était là. Malgré la grève, les
temps sarkozystes, un mouvement intergénérationnel à Paris 8 montrait cet indispensable échange d´énergie entre générations, entre universités, entre les mondes. Plusieurs de ceux qui ont vécu
Mai 68 étaient là, avec leurs joies, leurs utopies, actives, instituantes, leurs idées se connectant avec l´énergie des jeunes étudiants également présents, travaillant pour le retour de
l´université au politique. L´université s´est présentée comme une formidable machine à penser autrement (Sans Accents - décembre/2008).
C´est dans cette ambiance que j´ai retrouvé Annie Couëdel, Maurice Courtois,
Guy Berger, Benyounès Bellagnech, Remi Hess, Lucette Colin, Patrice Ville, Jean Louis Le Grand, Marlène Seror, Augustin Mutuale, Leonore, Saida, Nicolas Fasseur, Christian Lemeunier, Ridha et
bien d´autres au Colloque.
Remi, Lucette, Patrice, Jean-Louis, je les ai retrouvés ensuite, mardi 12 mai, dans le séminaire Pensée critique et éducation. Je participais aussi à un autre séminaire:
Inter-pluridisciplinarité. Mais en sachant que ces compagnons étaient là, je suis allée les rencontrer. Quand je suis entrée dans la salle, j´ai senti l´amitié entre nous. Les gestes entre nous,
se rapprocher malgré la séance qui se déroulait, m´ont fait du bien. Remi était au fond de la salle et avec un geste qui m´a sensibilisé il est venu vers moi et m´a offert sa dernière
oeuvre:Henri Lefebvre et la pensée du possible (Hess, 2009).
A la fin de la séance j´ai parlé un peu avec Remi et Patrice. Je leur ai proposé de faire une réunion des IrrAIductibles. J`ai partagé avec eux ma préoccupation concernant le mouvement, sa
dispersion, la nécessité de discuter ensemble.
Les échanges vécus nous ont permis d'approfondir une réflexion sur la praxis de
l´inter/multidisciplinarité comme ressource éducative. Cette praxis a intégré avec profit l´hybridité en travaillant la problématique des frontières : comme toute problématique, la complexité l´a
traversée. Nous avons pu constater que ce sont plus difficultés et incertitudes que clartés et réponses. Constatation d´ailleurs quelque peu provocante dans le monde actuel stimulant de la
société de résultats.
Cet événement Colloque Paris 8 40 ans a prolongé dans l´histoire de Paris 8, la
splendeur de l´événement, l´université-monde, comme condition pour l´expérimentation de quelque chose qui nous met de façon courageuse face au débat: Comment ne pas perdre le monde? On nous l´a
dépossédé ....
Voilà, une des questions de la problématique des frontières, de la dé-territorialisation, du nomadisme. Et de l´interculturalité comme une ressource qui donne accès à la praxis de la non
conformité : le désir de connaître et de se faire connaître.
Nous avons expérimenté pendant ce symposium une critique aux propositions
identitaires, disciplinaires qui pourraient cloisonner, non pas simplement le savoir, mais aussi l´existence.
Dans cette perspective, nous avons bien analysé la puissance de l´expérience
comme matrice d´un savoir créatif. Nous avons bien perçu que le savoir ne peut être séparé de l´existence-expérience pour trouver des réponses aux impositions néo-libérales, des sorties face aux
demandes contemporaines de communauté.
Le commun : mot quelque peu provocant dans le monde actuel qui dénotait un processus d´inclusion complexe des différences en les accueillant sans hiérarchies, en intensifiant la puissance d´une
chaleur vive que sa praxis provoquait.
Les participants au Colloque étaient de différents pays, diversité qui peut être comprise comme un analyseur du possible de l´interculturel. Les soi-disant Nord et Sud étaient là pour une belle
expérience de vivre ensemble. Nous avons expérimenté l´université, mais aussi la rencontre comme une machine à penser-aimer-faire autrement.
Je souhaite à tous les lecteurs de ce blog, beaucoup de rencontres, des ponts,
comme ceux qu´on a réussi à construire au Colloque Paris 8, 40 ans.
Lúcia Ozório
Http://lesanalyseurs.over-blog.org
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