Le journal de recherche et la nature communautaire de la raison
Introduction
Au moment où j’écris ce texte, avril 2003, je ne peux pas m’empêcher d'évoquer mon indignation à propos des bombardements fascistes anglo-américains qui massacrent la population d’Irak. Ces remarques ont quelque chose à voir avec le thème dont je m’occupe, le journal de recherche. Les dates, l’or pur du diarisme, comme disait R. Lourau, sont quelque chose d’indispensable dans certains textes. Je m’implique[1].
Je m’intéresse à la production d’une pensée – action de la diversité. Je veux donner des moments ( H. Lefebvre, 1962 ) aux forces créatrices, périphériques, communautaires, en les poussant aux centres provisoires certainement, vers un processus d’enchantement du monde (L. M.Ozório, 2001 : 14). Les moments sont des tentatives de réalisation totale d’une possibilité (Lefebvre, 1962).
Le journal de recherche est un dispositif qui peut nous aider à être en contact avec cette diversité, la diversité qu’un terrain de recherche nous offre. C’est une posture implicationniste, bien sûr, qui inclut aussi bien la bataille pour donner visibilité à une pensée-action du co-vivre de la/dans la diversité, avec le multiple, que l’exigence de la nécessaire analyse de nous-mêmes, impliqués dans notre champ de travail. Les intellectuels ou comme dit Chauí (1990), les professionnels de la compétence, ont besoin de faire une analyse critique de leurs implications dans ce processus. Plusieurs d’entre elles ratifient la domination, en considérant les savoirs non scientifiques comme des savoirs mineurs. Il s’agit d’un mode d’être qui fonctionne comme contre-feu à une sorte de confiscation de notre pratique qui nous amène à la reproduction étatique (R. Lourau, 1978), capitalistique, qui cherche la plus-value la plus subreptice, présente plusieurs fois dans nos modes d’agir, dans nos désirs. René Lourau encore, en 1988, disait qu’après Hiroshima et Nagasaki, les intellectuels devaient s’impliquer dans la construction d’un monde moins inégal et moins violent.
Actuellement, l’inflation sémantique du terme implication nous montre un certain processus qui tend à le vider de son approche politique par les sciences de l’homme: nous sommes tous impliqués, ayant de bons rapports avec des pratiques conformistes. Combien de fois, ce que nous faisons, c’est proposer des modèles, stimuler des copies, faire des dénonciations, co-vivant tranquillement avec une théorie critique et une pratique conformiste, ce qui ne nous différencie pas de ceux que nous critiquons.
Le terrain de recherche est un champ de la diversité. Ce sont les différents acteurs sociaux qui participent sur ce terrain-là, y compris nous, les chercheurs. Ce sont les différents savoirs qui s’y transversalisent, qui se nourrissent du vécu. Il est important d'essayer de restituer la parole aux participants, de montrer leurs logiques de réflexion, de garder le vécu, en prenant en compte l’historicité de leurs vies. Le journal du terrain peut nous aider à rendre visible tout ce qui fait partie du terrain, ce qui le traverse. C’est un enregistrement singulier du vécu qui nous aide à avoir une compréhension de la temporalité de nos actes.
D´ailleurs, quand je parle d’essayer, c'est dans le sens dans lequel l’emploie Montaigne, c’est-à-dire d’expérimenter une force, l’accomplir (L. Ozório, 2001). De quelle force s’agit-il ? Il s’agit de rechercher, de vouloir expérimenter la nature communautaire de la raison.
La nature communautaire de la raison et les modes d’actions
En 1993, R. Lourau dans l’article Autoréférentialité, monoréférentialité, multiréférentialité et implication montre l’importance de la genèse sociale et théorique de la production de la connaissance. Il parle de la nature communautaire de la raison, un champ de la diversité. Comme il disait, celle-ci ne privilégie pas la raison, ni ne donne l’autonomie aux rapports sociaux (Lourau, 1993, p. 39). La mettre en marche exige une posture politique-épistémologique qui nous semble encore innovatrice dans le champ de la recherche scientifique. Cela implique de faire un autre mouvement qui n’est pas celui-ci avec lequel nous nous sommes déjà affrontés, qui nous pousse vers sa direction. Nous suivons la ligne du devenir qui nous envoie plus loin que nous ne l'imaginons.
G. Althabe (1998 : 30) pose une problématique par rapport à la recherche qui nous intéresse et qui, à mon avis, se connecte avec la pensée de René Lourau. Il dit :
“ Les théorisations et les pratiques constitutives des sciences sociales sont dominées par une tension toujours présente visant à assurer la rupture entre le chercheur et les sujets, ceux-ci étant sans cesse renvoyés à la position d’objet.”
G. Althabe, à mon avis, fait attention aux risques du contrôle présent dans les situations de la recherche scientifique, qui a, d’ailleurs, une histoire pleine d’autoritarisme. R. Lourau contribue à la compréhension d’un autre rapport dans la recherche, plus communautaire. Je ne veux pas oublier aussi le brésilien M. Santos (1997) qui s’intéresse aussi à ce thème qui l’amène à parler d’un caractère “ populaire ” de la science qui n’est pas marqué par celui qui la réalise, mais par les intérêts qu’elle sert.
Nous, chercheurs, avons tendance à oublier qu’une recherche est un processus. En tant que telle, il faut la penser aussi en termes d’acteurs sociaux ( L. Ozorio, 2001). La participation de plusieurs acteurs sur le terrain, c’est une richesse pour qu’on puisse rechercher la nature communautaire de la raison, qui suppose que les acteurs inter-agissent, s’impliquent, que les savoirs y circulent, s’y transversalisent. C’est la pensée en devenir, la pensée qui considère les différences, les tensions, les contradictions sociales (L.Ozório, 2001 : 30-34). La pensée ne veut pas le repos des formes parfaites, la monotonie des modèles positifs qui veulent contenir, éliminer la différence, annuler la richesse du terrain, ses acquis, ses savoirs. J’emploie terrain, un mot sensible aux approches ethnologiques, comme G. Althabe (1998, 2002) les conçoit. Quand il considère sujets les participants du terrain, il refuse les a priori théoriques des chercheurs, comme les a priori des praticiens ou de ceux qui se considèrent les planificateurs du développement.
Quelle est la fonctionnalité du journal de recherche dans notre problématique? R. Lourau disait qu’ “il sert à obtenir des échos, des feed-back dans le cours même de la recherche.”(2000 : 9). Un de ces échos est la quotidienneté. Le quotidien du terrain est compris comme le lieu de transitions et de rencontres, de contradictions, de conflits et de désaccords, de plusieurs interférences (H. Lefebvre, 1962, 1981).
Le journal (ici j’inclus aussi le journal institutionnel, une sorte de journal de recherche sur le terrain pédagogique - R. Hess, 1989) comme un type singulier d´écriture peut être très proche de la quotidienneté du terrain en accompagnant les moments (H. Lefebvre, 1962) qui la tranversalisent. Le quotidien joue un rôle important dans la recherche au fur et à mesure qu’on lui donne la place qu’il a dans la pratique sociale. À partir de lui, nous pouvons avoir une compréhension des modes d’actions des différents acteurs qui sont sur le terrain, comment ils s’agencent à la base, quelles sont leurs contradictions. Le contingent et l'accidentel, quotidiens, liés au terrain, enregistrés dans le journal sont des traces indispensables à prendre en compte, qui montrent la présence de la base matérielle de la production de la connaissance.
Alors, le journal de recherche apporte une contribution à la problématique de la recherche comprise en termes d’acteurs sociaux. Cela veut dire que le journal de recherche est un outil qui permet d’accompagner des modes des acteurs sociaux qui agissent sur le terrain.
Mode, modus operandi, façon de faire : quand je parle de modes d’agir, en tant que modes, je considère la diversité des différents modes. Nous sommes en rupture avec la pensée du même, rupture qui nous amène comme chercheurs à avoir une sensibilité ethnologique par rapport au terrain. Les modes essayent de rendre compte des différentes façons de faire et de défaire. Ces modes en tant qu’actes, praxis, affirment une puissance : c’est l’affirmation du devenir. Donc, ce sont des modes qui co-portent des actions (L.Ozório, 2001 : 31). Le mode comporte une critique par rapport à l’autoritarisme de la représentation, aux modèles et à la transcendance.
Nous essayons de toucher la complexité historique, à la fois du collectif et du sujet en tant qu’acteurs du processus de recherche. Toucher cette complexité est se rendre compte du nécessaire co-vivre de la/dans la diversité, du co-vivre avec le multiple. Nous sommes dans une logique dialectique ( et transductive) d’interférence dans le social et de la connaissance de la réalité (H. Lefebvre, 1962 ; R. Hess, 1978 ; R. Lourau, 1978). Alors, en faisant attention à cette dialectique, nous pouvons comprendre les différents modes d’agir[2] des participants de la recherche en considérant leur potentiel instituant, créateur face aux problèmes qu’ils affrontent mais aussi les vicissitudes des médiations qui vont caractériser leurs relations avec d’autres acteurs, ainsi qu’avec la dimension étatique[3].
Ces modes d´agir du quotidien de terrain arrivent à certains moments. Nous pouvons dire que le moment actualise des transversalités sur le terrain et en potentialise d’autres. Le moment est dans le tissu de la quotidienneté, comme le dit Henri Lefebvre, il ne la déchire pas, mais a une tendance à la transformer en utilisant ainsi le contingent et l’immanent qui la traversent (H. Lefebvre, 1962). Nous pouvons dire que le quotidien prend sa place dans le processus de la recherche, au fur et à mesure que ses participants prennent leur force.
Le journal de recherche et la nature communautaire de la raison
La nature communautaire de la raison se nourrit et se construit à partir de plusieurs moments, contradictoires, certes, mais qui évitent l’adoption d’une position antinomique qui nie la dialectique et la singularité du devenir. Elle se réalise à partir de la multiple polyrythmie du socius (H. Lefebvre, 1992).
Je me réfère à F. Guattari (1981 :139) quand il mentionne l’importance de l’ouverture aux nouvelles sensibilités, aux nouvelles intelligences, à une nouvelle douceur. À ce moment-là, je ne peux pas m’empêcher de parler de Maria Amélia, femme guerrière, multiple, créatrice de nouvelles sensibilités, habitante du Parque Royal, une communauté dans le quartier d’Ilha du Governador, à Rio de Janeiro, Brésil[4]. Dans mon journal de recherche sur ce terrain-là, elle est si présente. Grâce à mon journal de recherche, mon compagnon de route, j’ai eu l’opportunité d’avoir enregistré des passages de la vie de cette communauté, y compris de Maria Amélia, qui ont apporté beaucoup à ma recherche, ou mieux, à ce que je comprends comme production de la connaissance, ou mieux encore, à ma compréhension de la vie. Le journal favorise une singulière proximité avec le possible que seul un moment vécu peut apporter.
Maria Amélia est très présente dans mon journal, dans plusieurs citations, dans plusieurs moments de la vie du Parque Royal où elle disait fréquemment:
"Eu quero viver" , “je veux vivre”
“Eu penso com os pés no chão..” , “J´ai les pieds sur terre quand je pense.” (Maria Amélia)[5]
Ces commentaires de Maria Amélia arrivaient si souvent, comme une espèce de soulagement face aux violences étatiques qu'elle affrontait, des effets des inégalités de l’Etat brésilien par rapport à sa population. Maria Amélia parlait de ses implications dans son vécu. Combien de fois cette femme m’a fait comprendre la précarité de mes analyses, de ma façon de comprendre le Parque Royal et aussi le monde. Elle me montrait une simplicité de la vie, dans son devenir, qui me faisait rendre compte de l’insuffisance des rationalités explicatives ou herméneutiques présentes dans les sciences sociales.
Cette femme avait une capacité unique d´érotiser la pensée qui se chargeait toujours de signifiés de sa quotidienneté. Celle-là tournait constamment autour des conditions de vie difficiles dans lesquelles elle se débattait ; elle gagnait en consistance en fonction de son investissement personnel et des limites qu'elle s'imposait et avec lesquelles elle se confrontait, provoquant immédiatement un autre mouvement, une autre activité (L. Ozório, 2001: 310). Sa pensée-action apprenait avec la vie et moi avec sa pensée-action. D’ailleurs, cette capacité, Maria Amélia la partageait avec René Lourau[6], quand ce dernier se rendait au Parque Royal et c'est probablement ce lien qui les a rapprochés, dès leur première rencontre.
La nature communautaire de la raison érotise la pensée en établissant des alliances avec la différence, le multiple. Les modes d’agir de Maria Amélia, je les ai enregistrés dans mon journal de recherche, en essayant de contribuer à la construction d’une épistémologie communautaire. Le journal de recherche peut contribuer à la construction de cette épistémologie qui prend en compte le vécu, les bases matérielles des pratiques sociales, la genèse sociale d’une pensée qui fait des alliances avec la praxis. Ces pratiques, leur contingence et immanence ont des rapports avec les conditions d’existence, avec des investissements dans le vécu, dans un vivre où il y a la puissance de l’affirmation face aux obstacles. Je comprends ce communautaire dans l’affirmation que Milton Santos[7] a fait dans une conférence à l’académie :
“que a experiência de prazer seja maior que a dor humana", “… que l’expérience de plaisir soit plus grande que la douleur humaine.”
Milton Santos affirmait l’existence de meilleurs modes de conduite des aspects de la vie méconnus par la démarche scientifique qui avait tendance à chercher à construire un savoir absolu, coupé de la vie. Milton Santos essaie de trouver d’autres modes de donner des formes au commun.
Quand j’écris dans mon journal sur Maria Amélia, je m´implique en tant que chercheuse. Je m’expose et je l’expose dans son quotidien, avec ses modes d’agir. Je peux dire que ce vécu, ainsi que d’autres sur le terrain, sont l’inspiration initiale de la recherche, une impulsion vitale qui suscite le travail. Je comprends G. Althabe (1998) quand il parle de chercheur et de sujets de recherche. Je connecte sa pensée avec celle de H. Lefebvre (1980) qui dit : c’est la production de l’œuvre qui produit le sujet. Lefebvre fait attention au processus de la production du sujet qui se constitue à travers l’action poïetique de la production d’une oeuvre. La compréhension d’Althabe par rapport à la recherche est de toute beauté. C’est poïetique. Le chercheur, en tant qu’étranger, voit l’autre, comme des sujets, comme des producteurs d’œuvres. Lui aussi cherche la production d’une oeuvre qui considère les oeuvres sur le terrain. C’est une rencontre singulière, communautaire, c’est-à-dire, une rencontre qui cherche le commun.
Quand je parle du communautaire, je ne veux pas tomber dans une mystification ou dans une opacité idéologique communautaire de laquelle une raison aimante de l’homogénéisation sait bien se servir.
Le terme communauté sert à plusieurs sens, mais comme dit Jean-Claude Nancy, “L'appropriation de ce sens ne peut avoir lieu, elle-même, que dans la communauté, et comme la communauté.” Comment la communauté va s’approprier le sens qu'elle est – il s´interroge. C’est une problématique dont nous nous occupons depuis longtemps.
Communauté “... est une praxis, ou processus, qui est toujours en train de se saisir, saisir son concept, mais qui cherche, s’efforce, en même temps, de dépasser tout concept donné, ou fixé déjà de lui-même, de son réel et de sa réalité. Même si c'était par lui-même. C'est-à-dire que "communauté" est un processus qui ne se fige pas dans une image quelconque qu’il se donne à lui-même. C'est un réel privé, plutôt, de sa vérité, selon une réalité abstraite qui ne sait rien d'autre que fixer sur son dos un concept vide, ou cadavérique. C'est pour cela que communauté est le nom exact de lutte commune ou existence en commun. Lutte : d'un peuple sans concept, sans rien non plus du matériel, même dans un corps, ou lui-même comme un corps, sauf son trait unique de surgissement, donc de manifestation. Lutte, donc, d'un peuple comme manifestation de son vouloir commun. Son vouloir commun est : faire venir, justement, le commun d’une revendication, et la déclarer dans un espace ouvert, sans qualité particulière; commune. La manifester. Ou la laisser se manifester. Pas seulement se dire, ou se dire comme purement et simplement discours; mais la réaliser, cette revendication. Réaliser le vouloir commun, qui ne pouvait même pas se dire, auparavant. Coincé par une réalité qui ne savait et qui ne sait encore ni ne connaît rien d'autre que de fixer des concepts caducs, vides, morts, et de les maintenir comme des lois infranchissables. Communauté est une lutte réelle, si j'ose dire, contre une réalité prétendument donnée. Pas seulement prétendument donnée mais encore et beaucoup plus douloureusement, séparatrice.” Hussain Agah
Ce texte du philosophe iraquien Hussain Agah contribue à notre thématique. Il a été élaboré dans un moment où lui et moi, essayions de penser communautairement sur la communauté. Nous discutions de ma pratique au Parque Royal, de l’intensité et de la quantité de luttes communes de ses habitants qui nous faisaient comprendre ce que Doimo disait sur la ré-élaboration de la « communauté », dans l’espace urbain, au Brésil (A.M. Doimo, 1995 : 73-94)[8].
Hussain me donne ce beau texte avec un geste qui montre un mode communautaire de vivre la raison. En tant que penseur oriental, il cherche avec ses différences à comprendre un vouloir commun. Dans ce moment de la culture où on stimule les impositions aux modèles et au vol des idées, des actions qui ratifient la propriété privée, Hussain propose l´idée de la culture au bénéfice de l’humanité. La nature communautaire de la raison qu'il affirme favorise des approches entre l’Orient et l’Occident, un mode de vivre la raison qui n’est pas basé sur les thèmes d’horreur à la Bush, le violent président des États-Unis[9]. Son geste, un témoignage qui ouvre un peuple à un autre peuple, montre que le communautaire n’accepte pas les fermetures. Comme il dit “...communauté est un peuple quelconque. Elle est la communauté qui vient, dont parlait Agamben. Et puisqu'elle est quelconque, comme une lutte commune, elle est donc tous les peuples”.
Hussain nous montre un mode communautaire de vivre qui intervient dans une réalité qui substantifie tout, qui n’a aucun réel, qui sépare avant tout le privé du commun, l'individuel du collectif, le tout et les parties. Si la communauté est comme dans le sens que nous donnons ici, identifiable au réel, elle sera aussi identifiable à la praxis commune et ouverte de l’existence en s’opposant au concept substantifié donc privé et dépourvu du mouvement de la réalité. Celle-là comme propriété est toujours privée..”Il est important de dire aussi que la lutte commune ou la communauté, parce que celle-ci n'a pas d'autre définition ou d'autre "signification" que la lutte commune.” (Hussain Agah).
La communauté se manifeste dans des situations, ou laisse, ou fait que les situations se manifestent. Ce communautaire, j´ai eu l’occasion de l'enregistrer dans mon journal de recherche. Je remarquais la force de la communauté vécue au Parque Royal qui affirmait ce vouloir commun contre des forces qui voulaient son dépérissement. En même temps, j’ai pu comprendre qu’une communauté n’est pas une substance ou une structure. Elle est peut-être un effet d’un mouvement qui se manifeste dans un espace-temps formé à partir de la /dans le co-vivre avec la diversité, avec des multiplicités infinies, des rapports infinis qui amplifient le partage ou sa possibilité d’arriver.
Communauté
porte alors une désignation libératrice, non substantielle. Elle est quelque chose qui reste ouverte. Dans notre discussion, dans la rencontre chercheurs-sujets, que partageons-nous? C’est une
puissance existentielle ou mieux, le commun. C’est le commun se faisant, se donnant, en arrivant. Le commun est un processus. En tant que tel, il a l’opportunité de se sortir de lui-même, d’avoir
un excès sur lui-même. Cette rencontre chercheurs-sujets essaie de réaliser ce vouloir commun, qui se nourrit du partage des vicissitudes de la diversité, ces multiples de multiples, en
paraphrasant Alain Badiou. La cohérence de ce commun à partager n’est pas que dans son devenir perpétuel.
Lucia Ozorio
http://lesanalyseurs.over-blog.org/
Publié in Les IrrAIductibles n°3
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[1]Je comprends l’implication selon les contributions de l’analyse institutionnelle. Il s’agit de l’ensemble des rapports dans le réel qui veulent rendre compte de nos appartenances idéologiques, libidinales et institutionnelles. L’analyse de l’implication propose l’analyse de ces appartenances. Sur le concept de l’implication, plusieurs auteurs du courant institutionnaliste. Parmi eux, je cite H. Lefebvre : 1978 ; R. Lourau : 1980 ; 1981 ; 1988 ; 1994 ; 1996 ; 1997 ; R. Hess : 1981 ; 1989 ; 1993 ; G. Lapassade : 1971 ; 1997. Les journaux de recherche vont enrichir la proposition implicationniste (M. Leiris : 1934 ; Favret-Saada : 1981 ; Malinovski :1985 ; M. Mead : 1980) .
[2] Au fait, ce que H. Lefebvre, R. Lourau, G. Lapassade, R. Hess, P. Ville, Benyounès Bellagnech et moi-même comprenons comme “ analyse institutionnelle ” met en relief l’importance de ce courant dans les apports que je présente ici.
[3] Je me réfère aux contributions de H. Lefebvre (1977) et de R. Lourau (1978). Celui-ci parle de l´Etat Inconscient, l´Etat en nous, qui nous amène à reproduire les plus différents modes de domination.
[4] J´ai travaillé dans cette communauté de 1991 à 1999. Sur la base de ce travail, j´ai écrit la thèse: Les Politiques Participatives de Santé. Une Analyse Institutionnelle du Parque Royal, thèse présentée pour l’obtention du diplôme de Docteur en Sciences de l’Éducation, Université de Paris VIII Vincennes-Saint Denis, 2001.
[5] L. Ozório, 2001 : 310. M. Amélia : 1991-1999.
[6] René Lourau, en tant que mon directeur de recherche, quand il venait au Brésil, aimait beaucoup aller au Parque Royal, profitant toujours de ces moments-là pour rencontrer Maria Amélia.
[7] Milton Santos, conférence à l’ “ Instituto de Medicina Social ”, “ Institut de Médecine Sociale, Universidade do Estado do Rio de Janeiro, en 1994.
[8] La ré-élaboration de la « communauté », dans l’espace urbain (A.M. Doimo, 1995 : 73-94), surgit au Brésil en 1975, l’année aussi de l’apparition de la communauté Parque Royal. L’Acte Institutionnel n°5, instrument discrétionnaire de la dictature, était encore en vigueur. À cette époque, autant la valorisation du quotidien, que le rejet de n'importe quel genre de rationalité organisatrice (« foram parar na bôca do pov », « ont été adoptés par le peuple »[8]. Plusieurs mouvements revendicatifs surgissent désormais et continuent pendant les années 80. Nous pouvons dire que le quotidien se montrait comme l’unique alternative devant la fermeture par la dictature des voies institutionnalisées de participation. Mais par contre, ces chemins choisis ont continué pendant les années 80.
[9] Selon M. Klare, "Les vrais desseins de M. George Bush", Le Monde Diplomatique, novembre, 2002.
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