L’identité: question métaphysique (6)
Identité et altérité:
Celui qui se donne la peine de suivre le débat actuel sur l’identité ne peut que constater la prédominance de l’étranger, de l’immigré, bref de l’autre supposé différent par rapport à des
présupposés caractéristiques de la référence identitaire. Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui, il est même récurent et revient très souvent dans le débat dit de société. Plusieurs explications
sont avancées à ce phénomène. On peut en citer quelques-unes sans prétendre les épuiser: le nombre soit disant croissant d’étrangers dans le pays, leur visibilité dans le paysage social, la
provenance des immigrés des pays ex colonisés ou non, les croyances religieuses, la formation des communautés sur des bases anciennes géographiques, linguistiques, religieuses ou encore sur la
base de la couleur de peau…
Ce constat sur l’altération de l’identité qui menace la stabilité de cette dernière, qui la met en mouvement et qui brise sa perspective métaphysique, rend possible un ancrage dans l’évolution et
dans la transformation du réel, du concret et du sensible.
Bref, cette constatation, autant elle nous renvoie au passé, autant elle nous oblige à s’interroger sur l’ici et maintenant. De tout temps, l’homme a eu cette attitude un peu bizarre vis-à-vis de
l’autre homme car celui-ci suscite la méfiance, la concurrence, le conflit, le doute, le mystère, le questionnement, etc. Cette attitude que l’on peut qualifier d’instinct de défense et de
survie, l’espèce humaine la partage avec d’autres espèces, sauf que l’homme doté d’intelligence supérieure développe des moyens plus sophistiqués pour se protéger, voire même pour améliorer ses
conditions de vie.
L’histoire nous renseigne que les relations entre les hommes sont souvent conflictuelles bien qu’elles tendent paradoxalement parfois à la stabilité, à la sécurité et à la paix. La tribu, l’Etat,
la culture, la langue, la croyance, le marché et autres institutions sont créés et développés par l’homme pour garantir et sécuriser la vie sans cesse menacée par la mort. Le postulat s’applique
à/et recouvre, l’histoire de l’humanité dans son ensemble. Cela permet la transition du général au particulier, afin de tenter de répondre à la question de la fixation sur
l’étranger.
Il faut souligner que l’attitude à l’égard de l’autre, décrite ci-dessus, s’applique partout. Il est faux de prétendre qu’elle soit le propre de la France ou de certains Français. Elle est à la
base l’attitude la plus partagée par les hommes en général. L’institutionnalisation citée est aussi largement partagée dans le monde d’aujourd’hui qui a tendance à l’uniformalisation et à la
globalisation. Comme tout changement majeur, cela ne se fait pas sans douleur et sans renonciation aux mythes fondateurs du passé. Le présent se construit à la fois avec et contre le passé, avec
et contre l’autre. La notion de l’identité concentre cette tension. Malheureusement, l’histoire récente nous renseigne sur les dérives identitaires qui aboutissent aux massacres de masse sur
l’autel de la pureté de la race, de l’ethnie, de la religion ou de l’appartenance géographique et territoriale. La pureté comme l’identité ont en commun le rejet absolu de
l’altérité.
Il convient de distinguer deux niveaux de relations avec l’altérité :
Dans la vie courante, ordinaire, quotidienne, l’homme est amené par la force des choses à rencontrer l’autre dans le travail, lors de voyages, dans le voisinage, pendant les loisirs, lors de
fêtes; ces différents types de rencontres donnent lieu parfois à des commentaires divers exprimant soit la surprise, soit l’attirance ou au contraire le mépris ou le rejet. On retrouve donc les
mêmes attitudes mentionnées ci-dessus et constatées partout. Dans ce cas, il est difficile d’envisager une ou des normes de comportements applicables et pouvant s’adapter partout.
L’autre niveau de la relation avec l’autre, niveau que je qualifie d’institué est plus important dans le sens où il établit des normes, des «vérités», des modes de comportements généralisables et
imposés par la conviction ou par la force s’il le faut. C’est l’œuvre de l’Etat et de ses appareils répressifs et idéologiques. Œuvre à laquelle participent parfois des intellectuels, des
scientifiques, des théologiens, des philosophes et des écrivains. On sait que l’histoire ne se répète pas, mais on sait aussi que les drames de l’histoire prennent des formes chaque fois
différentes dont l’essentiel est fondé sur la relation instituée avec l’autre retranché dans «la race», la religion, l’ethnie, la langue ou la culture. Il s’agit d’une production étatique et
idéologique, qui se transforme en force matérielle destructive lorsqu’elle est adoptée et incarnée par les masses.
Benyounès Bellagnech
Mis en ligne par Bernadette Bellagnech
http://lesanalyseurs.over-blog.org
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