Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
  • Contact

Recherche

28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 10:32

II – Sur la dispersion de l’analyse institutionnelle

 

Si on essaie de travailler sur des aspects centraux de la théorie et de la méthode de l'AI, on rencontre de grandes difficultés. Comme lorsqu'on s'intéresse aux sciences de l'éducation françaises, on découvre que l'AI est un mouvement qui n'a pas d'image d'homogénéité ou même d'unité. Mouvance qui refuse l'enfermement, l'analyse institutionnelle semble refuser tout système, toute systématisation... Là où l'AI aurait rompu avec les sciences de l'éducation, ce serait sur cette question du refus du systématisme. En effet, les sciences de l'éducation gardent de leurs racines rationalistes du XIXe siècle une volonté de systématisme. Très souvent, l'observateur extérieur des recherches institutionnalistes pourrait évoquer le modèle de Feyerabend pour qui "le seul principe qui n'empêche pas le progrès est " anything goes " (fais ce que tu veux)" (1). On pourrait avoir l'impression que la tradition du rationalisme encore vivante dans les sciences de l'éducation se trouverait bien bouleversée par l'analyse institutionnelle dans ces nouveaux fondements. Ces remarques nous conduiront à chercher à mieux définir la rationalité d'un " autre type " qui fonctionne dans l'Ai, mais aussi dans certains courants proches comme ceux de la recherche-action...

 

Lorsque les institutionnalistes affirment leur volonté de se démarquer de toutes les formes d"'-isme", de toute forme de pensée qui soit fixée ou systématique, ils ne sont pas seuls. Cette posture se trouve déjà chez les tenants de la recherche-action qui ont tendance à privilégier, non pas leur discipline de départ (la psychologie, la psychosociologie, la sociologie...), mais leur centration - en situation - sur un objet... n'hésitant pas à faire appel aux ressources multiples de différentes disciplines pour comprendre la complexité d'une situation... On aurait donc tort d'identifier cette pensée "éclectique" à une forme de chaos et d'absence totale de projet.

 

Cet effort de l'analyse institutionnelle pour se démarquer des schémas traditionnels et des formes de pensée basées essentiellement sur des formes "objectivantes" a des effets quant à ses objectifs, son objet et ses méthodes. Dans la discussion de l'histoire du marxisme et de ses formes sociales concrètes, R. Lourau, par exemple, se questionne : les formes révolutionnaires ne sont-elles pas glacifiées dans des organisations et des partis ? Les institutionnalistes croient retrouver le danger de l'"isme" qui conduit inéluctablement à l'immobilité, à l'enkystement, à la cristallisation, bref à l'institué. R. Lourau va même jusqu'à suggérer que l'analyse institutionnelle se serait construite contre ce danger d'institutionnalisation inéluctable des formes sociales les plus révolutionnaires (2).

 

A la question de savoir si l'analyse institutionnelle est un outil pour empêcher de se faire "avaler" par l'institutionnalisation, on pourrait répondre par "oui" et par "non". D'abord oui, dans la mesure où l'Ai aide à penser le processus d'institutionnalisation. Mais en même temps, l'Ai n'est pas une solution toute faite, dans la mesure où elle refuse toute instrumentalisation, et donc de devenir une recette que l'on pourrait appliquer en toutes circonstances. L'AI qui se veut ouverte aux pensées, aux modes de pensée, aux situations nouvelles, postule une élaboration dynamique des concepts et des propositions. Cette posture exclut l'idée de remède ou l'idée de technique applicable en toute circonstance, diamétralement opposée à l'optique d'ouverture qui la constitue fondamentalement.

 

(1) Voir P. Feyerabend, Contre la méthode, Paris, Le Seuil, 1979.

 

(2) - R. Lourau, "Analyse institutionnelle et marxisme, ou la sociologie a-t-elle besoin d'une théorie critique?", texte dactylographié, Paris, 1986. Sartre a montré sur le plan théorique que l'élément positiviste du marxisme contient les racines du dogmatisme. Il estime que le manque de réflexion transcendantale et philosophique et d'autre part la seule orientation de la théorie en direction de la pratique sont responsables de la glaciation du marxisme (Sartre, Marxisme et existentialisme, question de méthode).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

Partager cet article
Repost0

commentaires