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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 11:00

Les formes particulières de journal

 

Le journal intime ou personnel est celui que tient l'adolescent ou l'homme de lettres. Il a fait l'objet de nombreuses études (Michelle Leleu, Alain Girard, Béatrice Didier, Philippe Lejeune). Le journal intime prend comme objet le vécu personnel d'une personne. Henri-Frédéric Amiel a passé sa vie à écrire un Journal intime, dont le volume est considérable (16 000 pages). Il écrit "Une idée qui me frappa est celle-ci : Chaque jour nous laissons une partie de nous-mêmes en chemin... Cette pensée est d'une mélancolie sans égale. Elle rappelle le mot du prince de Ligne : Si l'on se souvenait de tout ce que l'on a observé ou appris dans sa vie, on serait bien savant. - Cette pensée suffirait à faire tenir un journal assidu." (Amiel, Journal intime, 8 octobre 1840). La lecture du journal d'Amiel montre que l'objet du journal intime est l'exploration" de la construction du "moi", du "Je". C'est un tâtonnement quotidien pour débusquer toutes les facettes de la personnalité. De ce point de vue, c'est un "journal total", dont les limites temporelles ne sont pas fixées a priori. Le journal intime qui fut à la mode au XIX siècle, continue à être massivement pratiqué, comme en témoigne les travaux de Philippe Lejeune.

 

Le journal de voyage. Le journal de voyage ne cherche pas à rendre compte de toute la vie du sujet. Il se limite à la période d'un ou de plusieurs voyages. Une forme particulière de ce journal est le journal de bord que l'on a tenu sur les navires qui partaient à la découverte du nouveau monde. Patrick Berthier, dans "Les origines navales du journal de bord", (Pratiques de formation n°10, Université de Paris 8, déc. 1985) analyse tout particulièrement le Journal d'un voyage aux Indes, de Robert Challe, une expédition de 1690. A cette époque, cette pratique était courante. Le journal de bord est intéressant, car il raconte le vécu d'un groupe. Il est destiné à être lu par d'autres. Il prend souvent la forme du "journal total". Par sa dimension sociale, le journal de bord se différencie nettement du journal intime. Le journal de voyage se combine avec l'anthropologie, chez Leiris, par exemple, ou avec la littérature (chez Albert Camus). Il existe aussi des formes de voyage sur place. On explore un voyage intérieur. C'est le cas du "journal d'itinérance", proposé par René Barbier (Pratiques de formation n°9, Université de Paris 8, juin 1985).

 

Le journal philosophique. "Il n'y a presque rien d'aussi nécessaire pour le progrès des connaissances, pour la commodité de la vie et l'expédition des affaires, que de pouvoir disposer de ses propres idées; et il n'y a peut-être rien de plus difficile dans toute la conduite de l'intelligence, que de pouvoir s'en rendre tout-à-fait le maître", écrit John Locke (1632-1704), dans son Traité sur l'Entendement humain, (vol. 3, Londres, 1714, p. 425). Ce philosophe a tenu un journal toute sa vie qu'il a indexicalisé. Ses écrits philosophiques ne sont que la mise en forme organisée de ses médiations au jour le jour. Le philosophe Maine de Biran a également utilisé cet outil au début du XIX siècle.


Le journal de recherche. Ce type de journal s'organise autour d'une recherche. Dans le journal de recherche, le chercheur pointe ses hypothèses et ses trouvailles, à propos d'un "objet" qu'il s'est préalablement donné, sur un terrain spécifique, et au fur et à mesure de leur apparition. Souvent, cette forme de journal visent à rassembler des informations que l'auteur ou ses commanditaires imaginent voir exploiter ou traiter d'une manière ou d'une autre dans un temps ultérieur. René Lourau (1988) défend l'idée que le journal de recherche, c'est déjà la recherche. On peut rapprocher de ce type de journal, le journal de terrain de l'anthropologue ou de l'ethnologue, celui qui cherche à ordonner un contenu déterminé à l'avance, celui qui gère un ou plusieurs objets de recherche. Marcel Mauss invitait ses disciples à tenir un tel journal. 

 

Le journal de formation. L'espagnol Miguel Zabalza a consacré de nombreux travaux au journal dans la formation d'enseignants. A Saint-Jacques de Compostelle, M. Zabalza propose aux élèves-professeurs de tenir au jour le jour un journal de leurs difficultés tant didactiques, que psychosociologiques (relation pédagogique, rapports à la classe). La description de leurs difficultés vécues en classe (premiers stages) sont lues tant par des formateurs spécialistes des disciplines que des psychopédagogues, qui interviennent alors pour aider le futur enseignant à répondre aux dilemmes du métier qu'il découvre. Ce travail est commenté par Remi Hess (Hess, 1989) qui montre que dans tout type de formation professionnelle ou personnelle, on doit utiliser cet outil. 


Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

 

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