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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 09:11

Les formes générales du journal (suite) 

 

Accumulation. Même en n'écrivant qu'une page par jour, le journal est un outil rapide d'accumulation de données. A raison d'une page par jour, au bout d'un an, le journal compte 365 pages. Si un diariste écrit davantage, et sur une plus longue période, se pose alors la question de l'accès aux données accumulées. Une solution à ce problème se trouve dans l'indexicalisation du journal.

 

Indexicalisation. Le philosophe John Locke, grand diariste, pratiquait déjà cette forme de table analytique qui lui permet de retrouver ses réflexions rapidement. Chaque fragment reçoit un titre en fonction de son thème. A la fin du journal, chaque thème renvoie à tous les jours où on a traité ce thème.

 

Epistémologie. L'écriture du journal est-elle scientifique? Parfois, sans vraiment y réfléchir d'ailleurs, les sociologues positivistes critiquent le subjectivisme du journal comme outil de recherche... En fait, le journal n'est qu'un outil. L'archéologue s'interroge-t-il pour savoir si un marteau est scientifique? Non. Il l'utilise intelligemment ou pas, dans son travail de fouille. En matière de journal, la science se trouve dans le rapport adéquat que l'on construit à cette technique de recueil de données. Et une dimension de ce rapport se trouve dans la distance que l'on construit au journal, lors de la relecture, et à l'exploitation que l'on fait des données recueillies dans des écrits plus élaborés.

 

Lecture ou relecture. On a vu que dans cette pratique d'écriture, on accepte que le recul survienne plus tard. Nous pouvons distinguer le moment de la lecture du moment de la relecture du journal. La lecture survient au cours de l'écriture même du journal. Alors que je suis en train d'écrire mon journal, je me souviens avoir écrit quelque chose antérieurement sur le même thème. En recherchant ce fragment, je suis conduit à relire plusieurs passages. Que je retrouve ou non le fragment recherché, je retrouve des notations passées qui influent sur mon écriture d'aujourd'hui. Plus le journal est volumineux, moins j'ai un souvenir actualisé de son contenu. La lecture permet donc de jouer dans l'écriture même sur une élaboration d'un thème ou d'un autre. Dans la relecture, il y a une volonté de faire un travail de distanciation plus systématique. Alors que l'on a lu des passages du journal, la relecture prend en compte le tout du journal, lorsque celui-ci est terminé. Il est pris comme un ensemble. L'approche peut être thématique, en s'appuyant sur l'indexicalisation. Une approche multiréférentielle permet de lire le journal sous des angles différents (individuel, inter-individuel, groupai, organisationnel, institutionnel, par exemple, pour reprendre les niveaux de l'analyse multiréférentielle de Jacques Ardoino). Ainsi, si le journal de terrain capte, au jour le jour, les perceptions, les événements vécus, les entretiens, mais aussi les bribes de conçu qui émergent, avec un peu de recul, la relecture du journal est un mode de réflexivité sur la pratique. La relecture du journal permet donc une démarche régressive-progressive autorisant à se projeter dans l'advenir (voir Méthode régressive-progressive). Comme les autres formes d'écriture impliquée (autobiographies, correspondances, monographies), le journal est une ressource pour travailler la congruence (voir ce terme) entre théorie et pratique (voir ces termes).

 

Supervision. Dans sa méthode de 1808, Marc-Antoine Jullien conseille de faire des bilans hebdomadaires, mensuels des acquis du journal et de donner ces bilans à un adulte distancé qui permet d'aider à l'évaluation du travail d'écriture. Faire lire son journal à l'autre aide ainsi à progresser dans sa recherche.

 

Dimension historique. Lorsqu'un journal est découvert ou lu, avec le recul du temps, il devient une banque de données intéressante pour l'historien. De ce point de vue, dans la mesure où il prend souvent pour objet un vécu qui ne passe pas dans d'autres sources écrites, elles-mêmes plus élaborées ou plus médiatisées, donc plus construites, le journal est d'un intérêt immense pour l'anthropologie historique (voir P. Hess, 1998).

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org

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