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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 10:39

Chapitre 7 :

 

L'écriture impliquée : le journal

 

Ecrire a toujours eu une place décisive dans la pratique de l'analyse institutionnelle. Cependant, dans les années 1963-1973, l'écriture semble survenir après l'action. L'action institutionnaliste, au départ, c'est l'intervention socianalytique. Il s'agit d'une "action micro sociale" dans laquelle se réfracte un champ d'analyse. Ainsi, une crise dans une paroisse, observée par deux socianalystes, devient l'analyseur de l'Eglise toute entière (1). Le travail d'élaboration de l'analyse intervient donc après une action microsociale, pour expliciter ce qu'a pu révéler l'action ou l'intervention. Dans le premier temps de l'analyse institutionnelle, à côté d'ouvrages théoriques où l'on explicite les concepts, l'écriture qui s'impose est donc celle des monographies. Par contre, même si les institutionnalistes ont pu écrire leur journal à cette époque, ils n'ont pas établi le lien entre cette pratique d'écriture et l'analyse institutionnelle elle-même, l'exploration de l'implication, etc. Ainsi, R. Lourau a-t-il pu écrire en 1972 : "...Le plaisir procuré par le remue-ménage d'idées et de faits atteint le délice. Comment mettre de l'ordre dans ces pensées? Comme dirait Pascal, est-ce que leur désordre ne serait pas plus significatif ? Mais de qui, et pour qui? Voilà que je retombe dans la littérature du genre "journal de bord", dont j'ai fait mes délices pendant toute mon adolescence et au-delà (de nombreux cahiers remplis, dans quel but?)" (2).

 

La place que va prendre le journal comme outil privilégié de l'analyse institutionnelle correspond à un processus qui s'amorce en 1974. Cette année-là, R. Lourau invite Raymond Fonvieille à venir présenter l'autogestion pédagogique à un groupe d'étudiants vincennois. Ce jour-là, il explique qu'il a tenu des journaux d'analyse de sa pratique professionnelle depuis vingt ans. Il est instituteur. Chaque année, en entrant dans la classe, il décide d'un "objet d'observation". Ces journaux lui servent ensuite pour élaborer les articles qu'il écrit dans L'éducateur d'Ile-de-France ou autres journaux pédagogiques. Remi Hess, qui assiste à cette présentation, est très intéressé par ce témoignage. Lui-même a tenu des journaux. L'un d'entre eux tenu sur sa vie d'étudiant (1968-69) lui a d'ailleurs valu le premier prix d'un concours littéraire en 1969. On sait que R. Hess hérite de cette technique par sa famille. Aussi bien son grand-père paternel que sa mère, sont de grands diaristes. R. Hess publiera même les journaux de son grand-père et de sa mère ultérieurement. Il comprend l'intérêt de la pratique de R. Fonvieille et propose à celui-ci de publier ses journaux. R. Fonvieille qui est sur le point de prendre sa retraite promet de travailler à ce chantier. On sait que ces livres paraîtront entre 1989 et 2000, date de la disparition de Raymond Fonvieille.

 

L'exploration de l'implication dans l'écriture institutionnaliste s'est également développée dans ce que l'on pourrait nommer l'histoire de vie.

 

Dès 1978, G. Lapassade avait réfléchi sur l'autobiographie, mais il voyait, à l'époque, cette forme comme une impasse.

 

En 1988, R. Hess et Antoine Savoye rééditaient La somme et le reste (écrite en 1957), d'Henri Lefebvre, forme réussie d'autobiographie intellectuelle, rigoureuse et porteuse de fervents.

 

Vers 1996, Ahmed Lamihi créa une collection « Itinéraires », chez Ivan Davy, dans laquelle il projetait de publier les itinéraires des institutionnalistes. La collection s'arrêta rapidement, mais elle publia trois titres (Fonvielle, Hess, Lapassade).

 

C'est en 2000 que l'institutionnaliste Christine Delory-Momberger reprit à son compte le projet des histoires de vie en formation, lancé par Jean-Louis Le Grand et Gaston Pineau en sciences de l'éducation. Elle publia toute une série d'ouvrages importants sur la méthode. Et elle produisit avec R. Hess deux ouvrages importants: Le sens de l'histoire et Produire son œuvre.

 

Ainsi, les histoires de vie, ont-elles trouvé leur place dans le mouvement de l'analyse institutionnelle. On pourrait encore parler de la place de la correspondance, mais en dehors d'une correspondance entre R. Hess et Hubert de Luze, les correspondances institutionnalistes ne sont pas encore éditées. On peut penser qu'elles le seront un jour. Ainsi, les échanges de lettres entre Remi Hess et Gaby Weigand, R. Hess et R. Lourau, etc. sont conservés.

 

L'écriture impliquée (journaux, autobiographies, correspondances, monographies) est donc une ressource pour travailler la congruence. Ces techniques d'écriture réflexive sont toujours un outil d'auto-évaluation du chercheur. Le critère qui fonctionne dans ces pratiques, c'est la question de la congruence. Les auteurs de beaux textes, totalement décalés par rapport à ce qu'ils sont ou font, n'utilisent pas ce type de contrôle. L'écriture impliquée capte, au jour le jour, les perceptions, les événements vécus, les entretiens, mais aussi les bribes du conçu qui émergent. Avec un peu de recul, la relecture de ces écrits est un mode de réflexivité dont le critère est toujours la question de la congruence (voir lexique).

 

Pour monter plus en détail le travail de l'implication dans l'écriture, nous faisons le choix, ici, d'illustrer notre propos en développant quelque peu la technique du journal, qui a eu beaucoup de succès auprès des étudiants de Paris 8 depuis 1976.

 

(1) R. Lourau, Les analyseurs de l'Eglise, Paris, Anthropos, 1972.

(2) R. Lourau, "Travailleurs du négatif, unissez-vous!", in F et F. Basaglia, Les criminels de paix, Einaudi, 1973, trad. fr. PUF, 1980, p. 192.

 

Mis en ligne par Benyounès et Bernadette Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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