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  • : Le blog de Benyounès Bellagnech
  • : Analyse institutionnelle : Théorie et pratique au sein des institutions politiques, éducatives et de recherche. L'implication des individus et des groupes dans la vie politique et sociale.
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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 10:46

Moment

 

Concept qui nous vient de Hegel. Voir la définition dans le chapitre 7.

 

Organisation

 

La notion d'organisation est d'abord militaire. Elle considère un groupe social comme "organisme", ayant des fonctions à assurer collectivement. Elle s'est étendue ensuite au niveau de l'entreprise, puis a gagné les institutions publiques. L'organisation est devenue un objet sociologique au XX siècle. Les premiers théoriciens de la logique organisationnelle (Taylor, Fayol, Lénine), se sont appuyés sur un modèle d'organisation militaire de l'entreprise. Ensuite, avec l'introduction de la notion de système, l'analyse s'est complexisée. Dans le monde de la formation, on oppose la dimension organisationnelle à la dimension groupale ou institutionnelle (G. Lapassade, J. Ardoino (1).

 

Napoléon avait déjà développé une critique de l'inefficacité de certains groupes d'action, comme les pompiers, par exemple. A l'occasion d'un incendie dans une ambassade qui avait causé une centaine de morts de personnalités de l'Europe entière, Napoléon avait remarqué que, faute d'organisation et de discipline, les pompiers arrivaient, après que le feu se soit éteint de lui-même, souvent pour ramasser les morts. Pour dépasser cette contradiction, il avait organisé le corps des pompiers sur le modèle de l'armée. Dans ce modèle, ce que l'on demande, c'est d'obéir. La cohérence de l'action est concentrée sur le chef qui domine la pyramide organisationnelle. La congruence (voir ce mot) n'est plus alors une question individuelle mais une affaire de collectif. Est assurée la mission d'éteindre le feu, lorsque le groupe des pompiers éteint effectivement le feu. Dans cette logique, des chefs donnent des instructions qui se trouvent transmises à tous les échelons de l'organisation pour atteindre collectivement l'efficacité la plus grande, dans le délai le plus court.

 

F. Taylor (2) conçoit la division des tâches au niveau de l'entreprise de production. Il part de l'observation que si un ouvrier fait toujours la même tâche, sa productivité sera plus grande que s'il doit exécuter de multiples tâches. L'ouvrier est donc placé dans une division sociale du travail qui organise une succession de tâches simples, et décomposées au niveau des gestes qui sont exécutées à la suite. Le "taylorisme" permet à Ford, dès 1913, de produire des automobiles en série, et donc de les mettre sur le marché à un prix si bas que tout ouvrier de l'entreprise peut en acheter une. Ce modèle s'est généralisé à tout le monde industriel entre 1860 et 1920. Il faudra attendre les années 1920-30 pour qu'une critique des effets pervers de cette organisation (sous-estimation du groupe) puisse se développer.

 

Au niveau des fonctions de l'entreprise, Fayol a montré qu'une bonne organisation supposait que soient assurées les fonctions de production, d'administration, du personnel, de financement, de distribution (vente), chaque fonction étant assurée par un service ou une structure autonome, réalisant les apports nécessaires au bon fonctionnement de l'ensemble.

 

Quant à Lénine, dans Que faire? (1902), il a montré que l'efficacité politique supposait que les observations de Taylor soient transposées au niveau de l'organisation du parti. Ce dernier doit être structuré selon un modèle pyramidal. Chacun doit avoir à répondre à un seul chef.

 

On peut remarquer que la psychosociologie industrielle, dès sa naissance, définit l'entreprise comme une organisation, c'est-à-dire un système de réseaux, de statuts et de rôles. Ce qui est à la fois un progrès et un risque : le risque est de fermer le groupe-entreprise sur lui-même, sans voir qu'il est situé dans un système social. Ce progrès et ce risque vont se préciser avec le développement de la sociométrie.

 

A partir des années 1930, une critique de la bureaucratie s'est amorcée. La bureaucratie est une forme de l'effet pervers d'une organisation trop poussée. Quand on fait du moment organisation un absolu, on tombe dans le travers bureaucratique. La bureaucratie a tendance à objectiver les acteurs, et à leur faire oublier leur responsabilité. On applique les instructions, mais sans toujours en comprendre la signification. Léon Trotski a fait une critique du système bureaucratique en Russie, après la Révolution bolchevique. Sur le plan de l'entreprise, à partir d'Elton Mayo jusqu'à Michel Crozier (3), une description du phénomène bureaucratique s'est développée de manière méthodique.

 

On peut remarquer que la psychosociologie industrielle, dès sa naissance, définit l'entreprise comme une organisation, c'est-à-dire un système de réseaux, de statuts et de rôles. Ce qui est à la fois un progrès et un risque : le risque est de fermer l'entreprise sur elle-même, sans voir qu'elle est située dans un système social. Ce progrès et ce risque vont se préciser avec le développement de la sociométrie (voir groupe).

 

Suite à la critique de la bureaucratisation des organisations, la notion d'organisation s'est alors développée dans le sens de "système social". Dans cette perspective, l'organisation n'est plus seulement un ensemble de moyens techniques et humains mis au service d'objectifs de production de biens ou services, mais devient un ensemble de personnes et de groupes réunis afin de développer et d'instituer entre eux des rapports de coopération. Selon les théoriciens de l'organisation, une convergence existe entre les objectifs d'efficacité et de performance d'une part, et ceux de cohésion sociale et de satisfaction des besoins individuels, d'autre part. Il est possible de gérer les conflits en améliorant la communication, à condition de penser à mettre en place des structures de négociation et de régulation entre les différents acteurs du système. Ces instances permettent la réduction des écarts entre les attentes divergentes. Les modes d'autorité et de commandement doivent évoluer dans le sens d'une meilleure participation de tous aux objectifs de l'entreprise.

 

Dans les situations de formation, l'instance groupale est déterminante. Cependant, celle-ci ne peut se mettre en place que dans un contexte organisationnel bien pensé : en quel lieu seretrouve-t-on ? Quand ? La gestion de l'espace et du temps, du contenu des stages, etc. relève du travail organisationnel qui est préalable au travail groupai. Dans tout dispositif de formation, le moment organisationnel est essentiel. A l'intérieur même des dynamiques de groupes, la prise en compte du moment organisationnel est essentielle. Dans une logique d'autogestion pédagogique, le moment organisationnel est pris en charge, en partie, par les groupes qui gèrent collectivement le rapport au temps, à l'espace, à l'argent (gestion d'un budget pédagogique, par exemple). Cette posture a été expérimentée dans le cadre des pédagogies actives (Reform Pâdagogik, éducation nouvelle, pédagogie Freinet, pédagogie institutionnelle). L'idée qu'il n'est pas possible d'oublier la dimension organisationnelle pour la rendre congruente avec les objectifs collectifs est bien formulée par François Tosquelles, lorsqu'il dit, à propos de l'hôpital psychiatrique, que s'il veut atteindre ses objectifs, il faut d'abord soigner l'institution de soin. En effet, il n'est pas possible de développer une pratique de soin mental dans une institution qui produirait des structures de folie. Il faut que l'organisation pédagogique soit pédagogique, que l'institution de soin soit saine, etc. Cet objectif a un rapport avec la notion de congruence (voir ce mot).

 

Dans les groupes interculturels, le rapport à l'organisation est un nœud de conflit possible. Chaque groupe culturel a des rapports différents à l'organisation. Le rapport à l'heure, par exemple, n'est pas vécu de la même manière dans toutes les cultures. Dans les groupes franco-allemands, les horaires ne sont pas vécus de la même manière, par les uns et les autres. Pour certains, ils sont contraignants. On les respecte. Pour d'autres, ils sont susceptibles d'interprétation et donc de souplesse. Plus le moment organisationnel est analysé collectivement, plus une organisation collective est susceptible de se mettre en place comme norme pour tous. Cependant, des transgressions aux rythmes organisationnels sont toujours susceptibles de provoquer des crises (4).

 

(1) Ardoino (Jacques), Education et politique, Paris, Anthropos, 2 éd. 2000.

(2) Taylor (F), The Principles of Scientific Management, New York, 1913.

 (3) Crozier (Michel),Le phénomène bureaucratique, Paris, Le Seuil, 1963.

(4) Argyris, Integrating the Individual and the Organization, New York, Wiley, 1964; Levy (André), Sciences cliniques et organisation sociale, Paris, PUF, 1997; Pages (Max) et al., L'emprise de l'organisation, Paris, PUF, 1979.

 

Mis en ligne par Benyounès Bellagnech

http://lesanalyseurs.over-blog.org 

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